Chilly Gonzales manque de sel

Publié le par Guillaume Lagrée

Maison de la Radio. Studio 104. France Culture. Emission de Laure Adler.

Paris. Vendredi 16 avril 2010. 22h15 – 0h.

 

 

Chilly Gonzales : piano, clavecin, orgue Hammond

 

Le gars joue comme à la maison, en pyjama de soie vert, robe de chambre à carreaux rouges et pantoufles. Ca commence comme une ballade impressionniste (Debussy, Satie). Il dérive lentement avec des trilles dans l’aigu en maintenant un rythme lent à la main gauche. L’homme en pyjama semble avoir décidé de nous endormir. Puis il attaque en force, au centre du piano, avant de finir en douceur.

 

Jeu très inspiré par le classique. Le piano romantique version 2010. Sauf que ce n’est ni Franz Lizst ni Frédéric Chopin au piano et que ça s’entend, malheureusement. Il joue funky et rapide sur un clavecin. Ca, c’est original.

 

Passage du piano au clavecin dans le même morceau. « Eye of the tiger », la chanson de Rocky Balboa au clavecin,  c’est amusant mais est-ce bien nécessaire ?

 

Retour au piano et à un swing léger. Puis il matraque joyeusement les mediums entraînant le public dans la danse. Il souffle dans un engin bizarre avec un tuyau d’arrosage relié à un clavier. Ca sonne comme un gros harmonica.

 

Retour au piano romantique. C’est joli, c’est mignon mais c’est maladroit et ça ne m’émeut pas. Pour jouer une heure en piano solo devant un public, il faut une technique que Chilly Gonzales ne possède pas. Comme Prince, il a fui les leçons de piano parce qu’on voulait lui imposer trop de choses. Sauf que Prince joue du piano sans se prétendre pianiste et pas en solo pendant une heure. Pianiste, c’est un métier, un dur métier qui nécessite beaucoup de travail additionné à beaucoup de talent pour sortir du lot. Chilly Gonzales a la chance de bénéficier d’un gros soutien médiatique, d’être associé à de gros vendeurs dans des genres différents ( Philippe Katerine, Feist, Charles Aznavour).

 

Pour en revenir au piano, à des créateurs dignes de ce nom, Martial Solal continue de jouer en solo avec humour et élégance, Tigran Hamasyan est en train de changer la face de la musique et Lucas Gillet a concocté un écrin pop classieux pour Elise Caron. Sans compter quelques superbes chevaliers des touches créatifs, ludiques, émouvants: Bruno Angelini, Olivier Calmel, Benjamin Moussay

 

Quant à Gonzales, je concluerai avec une citation de M. Croche (alias Claude Debussy), « Le public a beaucoup aimé. Il était bien le seul. ».

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Gigandmix 22/04/2010 18:42


On remarque une belle ouverture d'esprit, continuez et je vous mets dans mes favoris.


Yoann 22/04/2010 15:39


Chilly Gonzales ne se prend pas au sérieux. Il n'a pas besoin de "support" pour trouver son public, et celui que vous mentionnez n'est pas forcément le plus influent.
Chilly réuni 2 mondes qui à priori s'oppose de par ses relations : l'electro et le piano. Il suffit de voir ses collaborations avec des artistes comme A-Trak, Erol Alkan, Boys Noize pour se
convaincre de son talent.
Son univers est volontairement cheap et cabaret.

Sa dernière mixtape, "Pianist Envie" est très suprenante puisque cette fois ci il s'associe au hip/hop.

Mr Lagrée, votre analyse manque de sel, de poivre, de maturité. Elle manque de profondeur et de recul.Elle manque d'ouverture d'esprit aussi.
En tous les cas, elle a beaucoup fait rire l'intéressé ...