Christophe Marguet entre en résistance poétique aux Arènes du Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Montmartre. Festival des Arènes du Jazz.

Samedi 24 juillet 2010. 21h.

 

Christophe Marguet Quartet. " Résistance Poétique "

 

Christophe Marguet: batterie

Mauro Gargano: contrebasse

Bruno Angelini: piano

Sébastien Texier: saxophones, clarinettes

 

 

Christophe-Marguet.jpg

 

 

 

 

La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Dynamique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Sauf indication contraire, les compositions sont de Christophe Marguet.

 

Ca ressemble bigrement à du  Henri Texier. II est vrai que Christophe Marguet est le batteur de M. Henri et qu'il emploie son fils Sébastien. En tout cas, c'est dans le même style ce qui est gage de qualité. Belle pulsation de la rythmique. Bruno est lancé. Sébastien déroule le thème puis passe au premier plan.Il joue une sorte de clarinette entre la clarinette et la clarinette basse. Le solo de clarinette s'arrête. Brunon installe une ambiance mystérieuse. La contrebasse vibre, la batterie ponctue légèrement. Pas de demoiselle à sa fenêtre ce soir. Elle ne doit aimer le Jazz que made in USA. Bruno prend la main tout doucement en travaillant le thème. Ca monte en puissance. Un peu trop car le batteur couvre la clarinette.

 

Sax alto. Un petit morceau vif. La rythmique est au travail. Ca swingue sévère. La fenêtre est ouverte mais il n'y a ni lumière, ni belle blonde. Déception. Pendant ce temps là, la rythmique s'agite, bruisse. bruno donne le signal du retour au calme. Ils changent tout. Duo agité sax alto/batterie. Le batteur pousse si fort que le saxophoniste n'a plus qu'à poursuivre sur sa lancée. La contrebasse vient ajouter une vibration qui s'ancre dans le ventre. Citation d'Ornette Coleman au sax. Retour au calme avec un duo contrebasse/batterie aux balais. Ca ressemble bien à un thème Ornettologique. C'étaient deux compositions de Christophe Marguet " Two hands for eternity " en hommage au pianiste Mac Coy Tyner puis " Ohona ".

 

" Les Paradis ". Sax soprano. Intro piano/contrebasse douce, élégiaque. Ces paradis sont-ils perdus ou retrouvés? Sax soprano tout en douceur lui aussi. Le batteur vient s'ajouter, tricoter aux balais. Il tapote les tambours de ses mains pour ajouter encore plus de douceur, de chaleur. Bruno mène la danse superbement soutenu par contrebasse et batterie. Christophe joue vite et ferme aux balais.Sébastien est passé à la clarinette. Le public est très attentif ce soir. Il n'applaudit pas les soli. Il écoute. Tiens, ça sonne comme la douleur de la rupture. C'est très beau. Je peux pas mieux dire. C'est très beau.

 

Réveil en fanfare. La batterie est attaquée à pleines baguettes. Les 3 autres laissent le leader faire son show chaud. La batterie résiste aux assauts. Elle ne s'écroule pas. Elle sonne et elle tonne. Du calme, la contrebasse arrive. Bruno s'ajoute et la rythmique déploie ses ailes. Le sax alto vient voler avec eux. Ca crie, ça s'énerve mais avec lyrisme. Le thème se poursuit mezza voce. Avec moins d'effets, ils touchent plus. Decrescendo final jusqu'au silence.

 

Mauro fait gémir la contrebasse sous l'archet. dialogue tout en finesse avec le piano. Malheureusement, au loin, quelques voitures et surtout les mauvais musiciens de la butte Montmartre viennent troubler notre dégustation sonore. Mauro lâche l'archet, fait vibrer, gronder la grand-mère sous ses doigts.Bruno distille les notes comme un " nez " les essences chez un parfumeur de Grâce. Belle conversation intimiste, presque trop pour le cadre. A nous de faire abstraction des quelques nuisances sonores environnantes. C'est un exercice spirituel auquel nous sommes conviés. Solo de piano cristallin. Quoiqu'appliqué sur sa partition, Bruno Angelini est léger comme son nom. Retour de la rythmique avec les balais sur la batterie. Pas d'applaudissement. Le public reste concentré sur la musique. Le sax alto vient ajouter sa touche d'acidité à ce coquetèle enivrant. Les Arènes de Montmartre sont entourées d'arbres qui forment un chapiteau vert aux bords. Cela ajoute au charme, à l'intimité du lieu. La rythmique déménage mais toujours avec lyrisme. Si c'est pas la classe, ça? Final tout en douceur à quatre. C'était " Deep Soul " suivi de " Il est là " puis " What a glorious day ".

 

" Enfin ". Enfin, Christophe Marguet avait réussi à écrire un morceau sur tempo rapide. D'où le titre. En effet, le tempo est rapide. Le sax alto semble même dire " enfin " à la fin de sa phrase.Un petit garçon de 7-8 ans prend des photographies. Un nouvel abonné au Jazz et à l'électricité. Duo batterie/sax alto assez Free Jazz dans l'esprit. Le quartette repart à fond les manettes. Au tour de la rythmique de décoller. Puis, Bruno, seui aux commandes du piano, fait vibrer mediums et graves. Il se déchaîne, parcourant à grandes enjambées toute la largeur du clavier. La rythmique redémarre tranquillement, impulsée par la contrebasse. Solo de batterie. Le chef se fait et nous fait plaisir. Le quartet repart sur le thème, rapide en effet.

 

Très beau thème qui balance doucement. Sax alto. Ca donne envie de valser avec une princesse ou un prince, selon le point de vue. Dieux, quelle élégance dans ce thème! Ca donne envie de siffler, chanter, danser. Ca élève le coeur et l'âme. Le sax alto vient se briser, crier sur la rythmique, sonnant presque comme un ténor. Après une séance bien agitée de la rythmique, retour au thème piano/contrebasse. Ca touche juste au coeur et à l'âme, inquiétant et rassurant en même temps. Bruno joue le thème, Mauro improvise. L'inverse de l'habitude et c'est bon de bouleverser les habitudes. Retour au thème en quartette. Cette musique vient chercher vos émotions au fond de vous et vous projette hors de vous même. Quels beaux transports en commun! C'était " Itrane " (les étoiles en berbère).

 

" Petite Danse " pour finir. Duo percussions/sax alto. Ca sonne très oriental. Travail des tambours aux maillets, en dialogue avec le sax alto. La contrebasse vient ajouter sa pulsation sous la main droite passante de Mauro Gargano. Elle est bien jolie cette petite danse. Bruno danse sur son tabouret, attendant son tour. Sébastien s'efface. A Bruno de jouer. Ce soir, des nuages mais pas de pluie. Quel plaisir d'écouter de la bonne musique en plein air, au sec! Christophe a repris ses baguettes. La rythmique est lancée comme une belle voiture de sport, rosso vivace. Le sax alto revient sur le devant de la scène. Fin avec le thème decrescendo. Doux et gentil.

 

RAPPEL

 

Il est 22h45. Personne ne se plaint de tapage nocturne semble t-il. La musique continue. Un morceau swinguant, toujours au sax alto. Sébastien Texier s'est tellement lâché qu'il en a enlevé ses lunettes de jeune homme sage.

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JeanLuc 30/07/2010 14:56


Le groupe se met en place et le moins qu’on puisse dire est ça groove d’entrée. Ces gens là ne semblent pas connaitre le sens de l’expression « tour de chauffe ».
Le quatuor est de facture classique : piano, contrebasse, cuivre et batterie. On se doute que ce cher Monsieur Marguet va très vite rappeler qu’il est le maitre du combo de ce soir.

La relative fraicheur de la soirée est rapidement reléguée aux oubliettes et l’assistance entre très vite en communion avec nos quatre larrons.

La contrebasse est certes un peu timide, la batterie est gentillette mais on sent bien que dès que la pression monte. Les regards entre les musiciens en disent long sur leurs intentions. Vous avez
demandé du groove, ne quittez pas…

Très rapidement les choses sont en place, laissant s’élever les rythmes chaloupés vers les hauteurs de la butte, tels les effluves enivrantes d’un parfum mystique. Les arènes de Montmartre sont
belles ce soir, on ne serait pas mieux à Marciac. Il suffit de se laisser imprégner de la poésie de l’endroit pour s’en convaincre.

Tout y passe : mainstream jazz sur les compositions du début (mon voisin de couette me glisse à l’oreille qu’il s’agit d’un thème d’Ornette Coleman, je lui fais aveuglément confiance ;-), avec un
Christophe Marguet qui joue beaucoup des balais. Puis voici le temps du passage mystique avec un contrebassiste sans pitié pour son instrument dont il parvient à extirper des sonorités venues
d’ailleurs. Le public a la chair de poule, mais la douceur du début de soirée n’y est pour rien…

Enfin, la bête est lachée. C’est à prendre le maquis que nous sommes invités. La « Résistance Poétique » prend désormais tout son sens. Le pianiste entre en lévitation, l’ivoire des touches résiste
tant bien que mal à ses attaques nerveuses, il nous rappelle que le piano est d’abord instrument à percussions. Le batteur impose un rythme puissant, les peaux claquent sous ses doigts. Le sax
suit, sans coup férir. C’est nerveux tout en parvenant à conserver une harmonie de tous les instants. Les tons sont tantôt arabisants, tantôt clairement black. La résistance est mélange, elle est
créole. Elle est universelle.

C’est la fin, petit rappel tranquille pour la bonne bouche avant de saluer un public enthousiaste.

Grande soirée aux Arènes ce soir. Vivement l’année prochaine.

JeanLuc


Guillaume Lagrée 30/07/2010 19:46



Je dois préciser que, pour mon confort et celui de mon invité, j'avais emmené une couverture et un coussin. La couette n'était pas nécessaire.


Merci pour ton commentaire Jean Luc.


A un prochain concert;