Contact démarre en trombe l'édition 2010 des Arènes du Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Marc Copland 

 

 

  Paris. Montmartre. Festival des Arènes du Jazz. Mardi 20 juillet 2010. 21h.

 

Quintet Contact

 

Marc Copland: piano

Doug Weiss: contrebasse

Billy Hart: batterie

John Abercrombie: guitare électrique

David Liebman: saxophones ténor, soprano

 

La photographie de Marc Copland est l'oeuvre du Romantique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Par rapport à l'album " Five on one ", Doug Weiss remplace Drew Gress à la contrebasse ce soir. Un crack en remplace un autre. Aucun problème.

 

Dave a pris le sax ténor pour commencer. Démarrage piano/guitare. Une ballade. Ca fusionne tout de suite. Billy est aux maillets. Son sourd des tambours sur lequel s'élèvent les sons clairs de la guitare et du piano. Doug Weiss pose tranquillement la pulsation. Ca chante. Dave Liebman prend la main au ténor. Le morceau est pris de biais, contourné, habillé. Billy Hart a repris les baguettes et pulse. Une belle blonde suit le concert depuis sa fenêtre. C'était juste une apparition. Sa fenêtre reste ouverte mais elle n'assiste plus au spectacle. Dave rue dans les brancards et ça secoue. La demoiselle revient pour filmer le spectacle. Peut être le postera t-elle sur la Toile, sur sa Face de Bouc. Des dames retardataires se retrouvent assises par terre. Si elles avaient lu ce blog, elles seraient arrivées à temps. Marc Copland se ballade sur son clavier. Billy Hart caresse sa cymbale hi hat. Doug Weiss lie l'ensemble. La belle demoiselle a cessé de filmer mais elle reste écouter le concert depuis sa fenêtre. Seule. Que fait le prince charmant? Elle l'appelle à son secours grâce à son téléphone portable. C'est beau le confort moderne. C'était " Retractable Cell " de John Abercrombie.

 

" Childmoon smile " (Copland). John Abercrombie présente les musiciens et ajoute " Miles Davis à la trompette. Philly Joe Jones. Au piano, Bill Evans. Sonny Rollins. Je dis ces noms parce qu'ils sont toujours avec nous. Ce sont des héros. Sans eux, nous ne serions pas capables de jouer " . Une ballade lunaire même si la lune n'est pas encore au rendez-vous. Elle est sûrement partie chercher le soleil. La demoiselle referme la fenêtre. Ca doit être à cause du prince charmant qui la rappelle. Billy Hart est aux balais. Dave Liebman sautille, entre joie et tristesse, au soprano. La demoiselle revient à sa fenêtre fumer et écouter la musique. L'avantage d'écouter un concert depuis chez soi, c'est que l'on peut fumer. Parole de non fumeur. Avec Billy et Dave, ça ne reste pas longtemps une ballade. Des vagues puissantes nous emmènent loin du rivage. La demoiselle est repartie, laissant sa fenêtre ouverte. Quel roman feuilleton palpitant! Après le solo ondoyant du piano, au tour d'un solo de guitare d'esprit rock'n roll mais tout en douceur. John chantonne ses notes. Le premier solo de contrebasse, chaud, boisé, viril. Ecouter Doug Weiss, ça doit inspirer les amateurs de whisky dont je ne suis pas. Beau final groupé où le thème monte en puissance pour se relâcher d'un coup.

 

Dave Liebman attaque seul au ténor. Il possède un des plus beaux sons de sax ténor de cette planète. Sur les autres planètes, je ne sais pas s'il y a des saxophones ténors mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas Dave Liebman. Plaignons les. Le groupe enchaîne sur un standard. Même aux balais, Billy Hart pulse grave. Non mollare mai comme disaient les anti fascistes italiens. des années 20 - 30.  John Abercrombie joue le British Blues à la sauce Jazz moderne. C'est son truc. Personne ne peut le lui retirer et heureusement. Cet Américain a vraiment un style anglais. Duo contrebasse/batterie sur lequel Marc vient ajouter quelques notes de piano. C'est comme un massage de l'estomac.  Liebman déguste, assis sur son tabourer, dodelinant du chef. Marc Copland reprend la main tout en douceur. Dave Liebman se relève et se déchaîne. Billy Hart devient Hephaïstos derrière sa forge. Il fait fumer le métal de sa batterie. Dave et Billy se défient. Ca chauffe grave. Marc Copland observe la bataille, depuis son piano les bras croisés. Doug Weiss maintient le tempo. Solo de batterie. Ca tripote et ça tricote. Ca sonne Noir. Trop subtil pour du Funk, trop puissant pour du Jazz. Un bon mélange des deux en fait. Rtour au calme et au thème en quintette. D'une claque, Billy relance. D'un geste, il apaise. Il tient le rythme dans ses mains. Certes c'est le travail du batteur mais, Dieux, qu'il le fait bien! Une dernière claque pour la route de Billy Hart. C'était " You and the Night and the Music ". Je ne reconnais plus les standards. Honte sur moi!

 

" Lost Horizon " (Liebman). Ca c'est le titre sur l'album. J'ai entendu Marc Copland annoncer en anglais puis en français avec un charmant accent américain " Lost Wise " (Sagesse perdue). Je laisse les lecteurs perspicaces et les lectrices patientes chercher la vérité. Une ballade au soprano. Le vent fait onduler les feuilles des arbres et des partitions. Petits cris du soprano. Est ce un enfant ou une vieille dame qui s'est perdu au loin? La demoiselle à sa fenêtre s'est assise derrière sa rambarde pour déguster la musique. Dave dialogue avec Marc. Ce dialogue dure depuis des années mais comment pourrait-on s'en lasser ? Billy Hart est à la cuisine touillant la batterie avec les balais. Des perles de musique s'égrènent des doigts de Marc Copland. Doug Weiss est là, solide au poste. John Abercrombie, en grand-père tranquille, assis, besicles au nez, lit et joue tout en finesse.

 

Dave revient au ténor. Billy installe un rythme insistant. John brode élégamment derrière. Le groupe part à l'attaque avec Liebman en tête. Dialogue piano/guitare auquel le sax ténor vient mettre son grain de sel. C'est bon d'entendre des Jazzmen vivants qui savent jouer bluesy. Contrebasse et batterie sonnent plutôt funky mais toujours en finesse. Dave et Billy ont joué avec Miles Davis sur " On the corner " (1972). C'est dire s'ils savent jouer funky. John lui a joué avec Miles à l'époque de " You are under arrest " (1985. L'album éponyme de Serge Gainsbourg date, lui, de 1987). Le groupe est lancé, poussant Dave. Dave se rasseoit et laisse la place à la rythmique. Marc reste léger, aérien sur le tempo léger, obsédant de la contrebasse et de la batterie. Petit jeu de bruitage entre guitare et batterie. Ces grand-pères là ne sont pas tranquilles. La musique devient plus expérimentale mais toujours audible. Billy reprend son petit beat et le groupe repart. Un dernier grognement de sax et une dernière claque du batteur pour conclure.

 

RAPPEL

 

" Like it never was " (Drew Gress). Petit hommage à l'absent du quintet Contact, le contrebassiste Drew Gress. Dave au ténor. C'est une ballade. Billy, aux maillets, fait vibrer les cymbales. Il repart aux baguettes. C'est chaud, puissant. Billy nous éclate en un tour de main; Dave dévore le sax ténor. John se relève pour un solo bluesy, profond, mystérieux, délicatement soutenu par le piano et la contrebasse, fermement poussé par la batterie. La rythmique repart. Marc Copland aux commandes tresse des perles de rosée. Il apporte l'élément Yin dans ce groupe au son très viril. Dave repart au soprano. Tout le groupe ondule, balance nonchalamment et avance en chaloupant. Billy remet de la gniaque dans tout ça et le quintette repart au contact; Dave fait grogner le soprano. Duel soprano/batterie avec les trois autres qui arbitrent. Billy lâche les chevaux. Le duel est sans merci. Splendide final.

 

En illustration, voici un extrait bref mais court du concert.

 

 

Il y avait tout ce qu'il fallait dans ce concert pour bien lancer l'édition 2010 des Arènes du Jazz à Montmartre. De l'invention, de l'énergie, de l'amitié, le sens du show propre aux Américains. Un critique professionnel qui n'avait pas aimé l'album est sorti la mine réjouie de ce concert. Je n'ai pas écouté l'album et je suis sorti la mine réjouie de ce concert. Mon amie, Mademoiselle I, aussi. J'attends ses photographies pour voir comment ces sons ont inspiré son regard précis et malicieux. A ce soir pour le récital en piano solo de Monsieur Martial Solal.

 

 

 

 

 

 

 

 

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