Dan Tepfer&Ben Wendel au Sunside. Vous reprendrez bien une tasse de beauté?

Publié le par Guillaume Lagrée

 

      Dan Tepfer/Ben Wendel

Paris. Le Sunside.

Mardi 3 juillet 2012. 21h.
 
 
 
Dan Tepfer: piano, saxophone alto
Ben Wendel: saxophone ténor, basson, bidulophone (melodica)
 
 Dan Tepfer et Ben Wendel
 
Le croquis de Dan Tepfer et Ben Wendel a été réalisé lors du concert par la Fabuleuse Helène POISSON. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Dan commence par un morceau de TS Monk joué à sa douce manière. Ben lui répond, chuintant, mordant au ténor. Ca joue, part, revient, bifurque. Il y a des espaces dans le jeu de chacun pour laisser la place à l’autre même si le piano prend plus de place bien sûr. C’est vraiment du Monk. La preuve, Dan chantonne et bat la mesure du pied en jouant. Il ne porte pas de chapeau pourtant. En jouant en solo, Ben se balance et son sax brille sur le noir du piano. Wimbledon se joue en ce moment. Ca manque de gazon et de fraises à la crème mais c’est un bon simple messieurs. Il y a match car chaque joueur a du répondant.
 
Un air plus romantique et plus délié mais non moins vif se lance au piano. Le sax le rejoint avec un son doux, aigu, plein de vibrato. Nom de Zeus, c’est beau ! C’est de la musique de plein air en club. Ca aère. Ca me rappelle les sentiers de montagne quand vous ne savez plus si le murmure que vous entendez est celui, en haut, du vent dans les arbres ou, en bas, du ruisseau qui dévale. Et puis, il n’y a pas de maniérismes à la Keith Jarrett. Le son est travaillé au service de l’émotion pas de la démonstration. Tout coule (Héraclite). Ben Wendel atteint une profondeur de son rare pour le final. Dan Tepfer est au niveau, évidemment. Ca vole haut avec ces oiseaux là.
 
Ben Wendel passe au basson. C’était « Monk’s dream » de TS Monk puis « Peal Repeal » (DanTepfer). Ils jouent maintenant une chanson chantée par Caetano Veloso dont le titre leur échappe. Ca grogne, pète joyeusement. C’est « grand-père basson » comme l’écrit Serge Prokofiev dans « Pierre et le loup ». Le piano fait la roue lui aussi. Faut que ça brille. C’est joyeux comme une basse cour enchantée. Le basson garde le thème alors que le piano tourne autour. Ca joue, sapristi !
 
Ben reprend son ténor. Le piano entame une ballade. « Darn that dream » un vieux standard qu’aiment jouer les vieux complices Martial Solal et Lee Konitz. Dan le joue aussi avec Lee Konitz. Ben le joue velouté, charnu comme un autre hommage à un autre Ben, Ben Webster. Shh, shh fait le saxophone. Cling, cling fait le piano. C’est un délicieux chaud et froid qu’ils nous offrent là.
 
Dan lance un thème rapide. Encore du Monk, il me semble. Il travaille le thème. Il chantonne et bat des pieds. Donc c’est du Monk. Si ce n’est du Monk,  c’est du Be Bop. Monk n’est pas Be Bop, il est Monk. Ils jouent vite mais au ralenti comme s’ils en gardaient sous la pédale. Des boppers l’auraient joué beaucoup plus vite. C’est dense, riche, puissant. Ben mêle son souffle aux spasmes du piano. Ils s’évadent du thème, restent dans l’esprit mais construisent autre chose de vif, d’enlevé.
 
Variations 2 et 5 des Variations Goldberg de JS Bach arrangées par Dan Tepfer. J’ai déjà chanté les louanges de Dan Tepfer jouant en solo ses Variations sur les Variations Goldberg en concert et en album. Il les joue maintenant en duo avec Ben Wendel au sax ténor. Ben le fait sonner comme un violon. Je gage que cela aurait plu à Stan Getz. Dan et Ben nous rappellent que Bach swingue, qu’il écrivait aussi de la musique de danse et pas seulement de la musique religieuse même si « Dieu doit beaucoup à Bach » comme disait Nietzsche. Ils commencent sérieusement à décaler les sons. Ca devient du Jazz actuel même si Ben regarde les partitions. Changement de thème. Ca chante, brille de mille feux.
 
« Leaving » (Ben Wendel) figure sur son dernier album. Il prend un bidulophone (melodica) avec un clavier électrique et un tube en caoutchouc relié à sa bouche pour souffler dedans comme les appareils pour gonfler les matelas pneumatiques. Ca sonne comme un truc entre l’harmonica et l’accordéon, bref un peu country. J’apprécie autant la country music que la musique militaire même si la musique militaire a eu plus d’influence sur le Jazz. Ca balance doucement comme des arbres sous le vent, tranquille.
 
«  Twenty six – two » (John Coltrane). Ben Wendel reprend son sax ténor. Logique pour jouer du Coltrane. Ca va vite mais avec retenue. Ce n’est pas l’ubris de Coltrane. Ben Wendel joue juste, contrairement à Coltrane. Dan et Ben se regardent, s’écoutent, échangent, relancent la balle. Là, le flux coule. La tension est palpable, stimulante jusqu’à la fin.
 
PAUSE
 
Un air Be Bop. Du Monk plutôt. Ben est au ténor. Ca sautille, saccade, aigre-doux. Dan chantonne et tape des pieds. Toujours pas de couvre-chef mais c’est bien du Monk. La musique monte et descend l’escalier. C’est bon pour la santé.
 
Une jolie mélodie dansante s’installe au piano. Son velouté, chaud du ténor qui vient s’y mêler. Ca joue sur du velours et c’est bon. Le piano vrombit, le sax ténor grogne. Bonne vibration.
 
Ben reprend le basson pour « Bemsha Swing » (TS Monk). L’idée d’être joué au basson aurait certainement plu au prophète. C’est bien le thème de Monk mais avec le basson ça sonne différent. Ca pense même différent comme dit je ne sais plus quelle réclame. Ca court joyeusement. Ils s’amusent bien et nous en profitons.
 
Un morceau vif, sombre, orageux lancé à deux. Ca coule de source, file comme le vent. C’est frais, c’est beau, c’est bon. C’est une belle histoire abstraite. C’était «  Nines » tiré de l’album trio de Dan Tepfer.
 
Dan nous annonce une petite surprise. Ben s’installe au piano et Dan au sax alto. Les rôles s’inversent. Ben installe un climat paisible au piano. C’est une ballade. Dan joue régulièrement en duo avec Lee Konitz, le seul saxophoniste alto de sa génération (Lee est né en 1927) sur qui Charlie Parker n’a pas laissé son empreinte. Le duo Dan Tepfer/Lee Konitz sera en concert à Paris, à la Cité de la Musique, lors du festival Jazz à la Villette le mardi 5 septembre 2012 à 20h. Son très mélodieux de l’alto, comme une douce plainte. Les sons s’étirent comme ceux d’un violon. Dan joue bien droit, les yeux fermés, poursuivant son rêve par la musique. Elle s’éteint doucement comme une bougie qui n’a plus de cire.
 
Dan retourne au piano en serrant la main de Ben au passage. Bien joué. L’ambiance est meilleure que dans l’équipe de France de football, manifestement. « Subconsciouslee » (Lee Konitz). Ben reprend son sax ténor. Morceau très rapide, très fluide, plein de variations. Bref, du Lee Konitz. Même sans Lee, Dan joue sa musique. Bel hommage. Ca s’agite bien. C’est fougueux, passionné, ludique, rythmique, diabolique mais sans méchanceté.
 
PAUSE

Il est minuit, l’heure de Thelonious Sphere Monk et de Cendrillon, l’heure pour la Dame Hélène Poisson et moi de quitter ce concert. Le duo Dan Tepfer/Ben Wendel est certainement un des plus stimulants sur la scène actuelle du Jazz , des jeunes gens qui savent revisiter les classiques et créer.
 
Dan Tepfer sera de retour à Paris en duo avec Lee Konitz (sax alto) au festival Jazz à la Villette le mardi 5 septembre 2012.

En attendant la sortie de l'album chez Sunnyside Records fin 2012, voici le duo Dan Tepfer/Ben Wendel jouant " Monk's dream " de Thelonious Monk lors d'un autre concert.
 

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