Dan Tepfer en trio français à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Dan Tepfer Trio

Paris. Le Sunside. Mardi 15 décembre 2009.

Dan Tepfer : piano
Stéphane Kerecki : contrebasse
Anne Pacéo : batterie

Quelques jours après avoir dialogué avec Lee Konitz au Duc des Lombards, Dan Tepfer est au Sunside à la tête de son trio français. Il faut signaler qu'Anne Pacéo vient de gagner le Django d'Or de meilleur espoir du Jazz français. Le classement ne distinguant pas entre jeune espoir féminin et masculin, contrairement au cinéma, c'est encore mieux.

Solo de piano en intro. Le trio part en sautillant allègrement avec un voile de brume. Gros son de contrebasse, la batterie claque sur les cymbales. Le piano sonne à la fois heurté et fluide, comme le mélange réussi entre Bill Evans et Thelonious Monk. Dan danse avec son piano, son dos s’inclinant d’avant en arrière, d’arrière en avant, sur le côté. Une citation de Monk mais je ne retrouve pas le titre du morceau. C’était « Diverge » de Dan Tepfer.

Le second morceau est plus impressionniste. Maintenant, ils avancent. La main gauche maintient le tempo alors que la droite improvise, légère, mobile, gracieuse.Contrebasse et batterie fournissent un trampoline souple et ferme aux bonds du piano. Ca monte en puissance avec basse et batterie qui accélèrent imperceptiblement et le piano qui progresse à sauts de guépard. Le solo de contrebasse est large et solide comme une belle maison. Dan explore le thème, le fait briller sous toutes ses facettes. Je n’ai pas capté le titre du morceau.

« Under rhythm » (Dan Tepfer). L’influence de TS Monk est évidente dans le jeu heurté mais avec le délié du virtuose classique. Anne Pacéo est passée aux balais. Le tempo est vif, léger avec des hachures, des brisures. Là je retrouve l’ancien élève de Martial Solal.

Dan annonce qu’ils vont jouer un standard. C’est « All the things You are » reconnaissable immédiatement. Démarrage au piano. Le thème est joué en duo piano/contrebasse avec des décalages au piano. La batterie cliquète. Ca tourne mais pas en rond. Belle accélération sans coup férir. Solo d’Anne Pacéo qui envoie sévère avec de jolies grimaces qui soulignent l’intensité de sa concentration. Solo de piano avec les mains croisées. La main gauche passe au dessus de la main droite pour jouer à droite. A l’inverse, la main drote est en dessous de la main gauche pour jouer à gauche. Ce solo mélange le classique et le Jazz, l’influence de JS Bach et celle de TS Monk. Fin brusque et surprenante.

Intro au piano. Une ballade romantique, élégiaque, élégante.

« I was wondering ». Mes notes étant illisibles, je ne parlerai pas de ce morceau.

PAUSE

La main gauche lance un ostinato puis Dan se lance. Ca avance comme une voiture de sport sur une route de montagne faite de virages en lacets. Il fait nuit et il pleut. Peter arrivera t-il à temps pour sauver Cassandra des griffes du cruel John ? La voiture roule et tourne, obscure dans la nuit solitaire. Les yeux des lapins et des renards brillent dans la lueur des phares. La main gauche ne lâche pas le tempo de départ. Ca c’est le moteur. La main droite, c’est la route et ses virages. La contrebasse et la batterie sont la nuit, la pluie, les arbres, les herbes, les animaux qui risquent leur vie au bord de la route. Pour savoir si Peter a pu sauver Cassandra, il vous faudra écouter le morceau.

Intro au piano légère, cristalline, souple. Le trio redémarre. Ambiance méditative. Anne tricote aux balais. Stéphane assure le lien avec des notes qui s’allongent, durent. C’était « Cornelius ».

« Le plat pays » (Jacques Brel). Dan commence en triturant les cordes du piano de la main droite tout en jouant de la main gauche. Il joue vraiment le thème. Anne a pris les maillets. C’est sombre, inquiétant, poisseux comme le veut cette chanson. Douceur et inquiétude se mêlent. Beau son plein de la contrebasse. Dan a quitté le thème pour s’envoler loin au dessus du plat pays. Retour au thème avec le solo de contrebasse grave comme le canal de l’Escaut. Le pianiste aussi fait de belles grimaces tant il est concentré. J'explique à mon voisin de droite, un Noir américain, que c'est une chanson française sur la Belgique par un Belge très célèbre en France. Je ne suis pas sûr d'avoir été clair mais il a adoré le morceau et le concert.

Intro au piano en vagues montantes et descendantes. Le trio repart avec les baguettes qui font tinter les cymbales et les bords de caisse. Un labrador est couché sagement dans la salle, écoutant la musique. La tension et la vitesse montent. Dan semble en même temps faire du surplace et avancer à grands pas. C’est confondant de virtuosité. Dialogue piano/batterie. C’est une partie de badminton où le volant ne tombe jamais. Stéphane Kerecki asssiste au spectacle puis entre dans la danse. Ca monte en crescendo vers le final. Ce genre de truc marche toujours mais ils sont trop malins pour se contenter de ça. D’un geste, tout se calme alors que la tension sous-jacente se maintient. Solo de contrebasse superbement soutenu par le piano et la batterie. Ca joue.

« Body and Soul », standard des standards. Duo piano/contrebasse. Stéphane mène le bal bien secondé par le piano. Dan reprend la main et Stéphane ponctue avec un son superbe et généreux. Anne ne joue pas mais hoche la tête en mesure, les yeux clos, ravie. Dan va et vient autour du thème en bon disciple de Martial Solal et de François René de Chateaubriand ( « L’ennui naquit un jour de l’uniformité »).

« Un vieux thème que j’ai écrit en 2004 et que j’ai ressortir parce qu’il est amusant. Cela s’appelle Equivalence » annonce Dan Tepfer. Intro au piano. Le solo devient trio et ça accélère progressivement. Ca pulse bien. La demoiselle Pacéo groove méchamment. Derrière le pianiste, une spectatrice mime les gestes de la batteuse. Une fan d’Anne. C’est joyeux, dansant à condition d’être expert en changement de rythmes. La batterie tinte de partout, le piano aussi. La contrebasse maintient l’assise du morceau. Silence autour d’un solo de piano tout en douceur. Ca s’agite, s’énerve. Puis le trio repart comme un seul être humain. Nouveau duel piano/batterie arbitré par la contrebasse. Dialogue air/terre entre le piano et la contrebasse. Ca repart en trio avec une fausse fin prolongée par un solo très rapide au piano et la vraie fin à trois en un.

Fin du 2e set. J’ai école demain. Il est temps de rentrer. Dan Tepfer est décidément un pianiste qu’il faut suivre dès à présent dans la perspective d’un brillant avenir. Si Lee Konitz l’a choisi comme nouveau complice de jeu, ce n’est pas un hasard. Le Vieux Maître du saxophone alto a adoubé un nouveau chevalier des touches.

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