Des Bretons débarquent à Paris: Eric Le Lann et Pierrick Pédron au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Eric LE LANN en Quintette.

Paris. Le Duc des Lombards. Vendredi 26 mars 2010. 20h.

 

 

 

pierrick-p-dron.jpg

 

La photographie de Pierrick Pédron est l'oeuvre du Véridique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Eric Le Lann: trompette

Pierrick Pédron: saxophone alto

Pierre de Bethmann: piano

Sylvain Romano: contrebasse

Jean Pierre Arnaud: batterie

 

 

Ca commence par une ballade, une composition d'Eric prise sur un tempo latino. C'est soudé. Premier solo d'Eric, puissant et émouvant. Ca swingue tranquille. Au tour de Pierrick de s'envoler. Pas de doute, il y a de la maîtrise. Au tour de la rythmique de chanter cette ritournelle pour une demoiselle. Fin decrescendo avec Eric Le Lann qui tient la mélodie sur le fil de l'émotion.

 

Pierrick cherche sa partition. Le piano commence à tripoter. C'est une autre composition d'Eric. Je bats la mesure du pied droit tout le temps. C'est bon signe. Toujours ce son écorché vif d'Eric. J'attends toujours le troisième joueur de biniou entre ces deux Bretons, l'Américain Rick Margitza au saxophone ténor. Le Lann et Margitza, ça sonne. Le Lann et Pédron, ça sonne. Eric, Rick et Pierrick, qu'est ce que ça sonnerait! Par Toutatis, Pierrick envoie sévère à l'alto, bien poussé par la rythmique. C'est rapide, fort et bon. Il ne s'enferme pas dans la virtuosité démonstrative. La rythmique monte en puissance avec un swing léger et impérieux. Petits breaks de batterie, bien sentis. Un dernier pain du batteur pour finir.

 

Un Blues lent. Ca sonne breton. D'ailleurs Eric le joue sur son album " Origines ". Pierrick met le feu à cette ballade entêtante que ne lâche pas la rythmique. C'est une sorte de marche, de procession, bref un truc de Bretons. Jolie fin dans un murmure entre piano et batterie.

 

La rythmique se lance sur un air au swing latin. Là c'est du Jazz. " You don't know what love is ", une ballade prise sur un tempo rapide. Pierrick démarre à fond les manettes. Le groupe reprend la mélodie. Ca tourne bien, souple dans les virages. Au tour d'Eric de mener énergiquement le bal. Accompagnement léger de la contrebasse pour le solo de sax alto. La rythmique accélère, chauffe, surfe. Premier solo de contrebasse. Les notes bondissent relayées par la batterie qui swingue mezzo voce. Le pianiste vient placer quelques accords puis le quintette repart. Petit final swinguant, léger, pétillant. Le batteur tapote les tambours de ses mains pour donner encore plus de chaleur à la musique.

 

Une Bossa Nova, " Night and Day " (Jobim) que Le Lann a joué en duo avec Martial Solal au piano (Jazz à Vannes, 1999) et Jean Marie Ecay à la guitare ( Le Lann & Ecay play Jobim). Duo piano/trompette. Les notes s'envolent dans l'air comme des bulles de nostalgie. La rythmique démarre en douceur mais, curieusement, le batteur n'est pas passé aux balais.C'est une musique pour caliner sa belle amie. Solo de contrebasse souple, relax avec le tapotis de la batterie et quelques accords de piano. Le groupe repart, emmené au large par la trompette d'Eric. Pierrick est assis au bord de la scène et déguste la musique en hochant la tête en mesure. 

 

Intro du piano en solo. Au tour de PIerrick d'être le seul souffleur sur scène. C'est une ballade, un standard " I can't get started ", cheval de bataille de Dizzy Gillespie. Duo piano/sax alto. L'expression " jouer sur du velours " a été créée pour cette musique. Le batteur est enfin passé aux balais. Applaudissements timides quand Pierrick se tait. On n'ose pas déranger. La rythmique se promène tout le long de la mélodie. Solo total de saxophone alto. S'il y a des altistes dans la salle, ils se prennent une claque. C'est dense, puissant, émouvant. Final avec les maillets qui font vibrer tambours et cymbales.

 

Un morceau joyeux, funky, " Today I fell in love " (Eric Le Lann). La contrebasse pulse, tchak tchak tchak de la batterie, le piano ponctue. Même en acoustique, ça sonne électrique. Le quintette part à l'attaque entre souplesse et énergie.

 

Le duo Eric Le Lann/Pierrick Pédron reste une valeur sûre sur scène. Le spectateur en a pour son pesant d'émotion. Le jeu est généreux, chaleureux, émouvant, la technique étant au service de la musique et non l'inverse comme certains virtuoses aussi excitants que des théorèmes de physique nucléaire. Par contre, le répertoire ne varie guère. Vous le retrouverez sur divers albums d'Eric Le Lann dont le dernier en date enregistré à New York avec des Américains. Il est vrai que ce groupe joue peu car Pierrick Pédron a ses propres projets en leader qui, grâce aux Dieux, marchent bien. Si j'avais les compétences et l'argent du regretté Teo Macero, je mettrais dans un studio Eric Le Lann, Pierrick Pédron et Rick Margitza, après les avoir laissé choisir leur rythmique ( Dan Tepfer, François Moutin, Nasheet Waits au hasard) et ne les laisserait sortir qu'après avoir enregistré du neuf, de l'exigeant, du subtil, du sublime comme ils peuvent le faire si on leur en laisse le temps et les moyens. En attendant, toute occasion d'entendre jouer ensemble sur scène les deux Bretons, Eric Le Lann et Pierrick Pédron est à saisir sans barguigner.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article