Dizzy on The French Riviera

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Dizzy on the French Riviera.

 

Un album Philips réédité par Verve.

 

Concert enregistré au 3e festival international de Jazz d'Antibes Juan-les-Pins en juillet 1962.

 

Dizzy Gillespie: trompette, voix

Leo Wright: flûte, saxophone alto, voix

Lalo Schifrin: piano, arrangements

Chris White: contrebasse

Rudy Collins: batterie

Pepito Riestra: percussions

Elek Bacsik: guitare électrique

 

" Quand je pense par derrière moi à des journées de bonheur parfait, ce furent presque toujours des journées d'été; autant dire qu'il y avait quelque bain là dedans " (Paul Morand, Bains de mer, 1960).

 

Sur la Côte d'Azur (French Riviera disent les Anglais et les Américains), Nice fut lancée par les Anglais (une ville au bord de la Mer Méditerranée aux doux hivers et qui se nomme Nice ne pouvait que les enchanter), Antibes Juan-les-Pins beaucoup plus tard, dans les années 1920, par les Américains et notamment par Francis Scott Fitzgerald, l'auteur clef du Jazz Age. Il n'est donc pas étonnant qu'Antibes Juan-les-Pins fête cette année les 50 ans de son festival de Jazz, le plus ancien de France.Il n'existe en France métropolitaine que deux statues d'hommes noirs et il s'agit de deux Jazzmen américains. Sidney Bechet à Antibes, ville en l'honneur de laquelle il composa " Dans les rues d'Antibes " et Wynton Marsalis à Marciac. Etonnant, non?

 

En cette année 1962, les trompettistes de Jazz ne vont pas bien fort. Louis Armstrong ronronne, Booker Little et Clifford Brown sont morts, Miles Davis se cherche. Chet Baker a déjà des problèmes avec la brigade des stups. Certes Donald Byrd, Lee Morgan, Freddie Hubbard font le bonheur des fans de Blue Note. C'est bon mais pas renversant. Pendant ce temps là, Dizzy Gillespie est au sommet de son art. Après le be bop et l'afro cubain, il est passé à la Bossa Nova. Surtout, il a repéré un jeune pianiste arrangeur argentin Lalo Schifrin que Las Vegas, Hollywood, New York s'arracheront bientôt. Même si vous ne connaissez rien ni au Jazz, ni à la musique, vous connaissez au moins le générique de " Mission impossible " et la musique de la publicité des bas Dim, deux oeuvres impérissables de Lalo schifrin. Dès 1963, Lalo partira voler de ses propres ailes, très loin, très haut. Pour le remplacer, Dizzy choisira comme pianiste, Kenny Barron. Encore une bonne pioche.

 

Par ce bel été 1962, donc, Dizzy Gillespie débarque à Antibes Juan-les-Pins et se croit au Paradis. La mer, le soleil, les jolies filles en bikini, un public joyeux et nombreux, des bons musiciens à foison. En chemin, il en ajoute deux, le Cubain Pepito Riestra aux percussions qui a déjà fui le régime castriste, pas si cool qu'il le prétendait et le Gitan Elek Bacsik qui, la même année, avec Michel Gaudry à la contrebasse accompagnait à la guitare électrique Serge Gainsbourg dans son album le plus Jazz, " Confidentiel ".

 

Le résultat est au delà de nos espérances. Un antidépresseur non remboursé par la Sécurité Sociale, qui ne se périme jamais. Un bain de mer et de soleil garanti en toute saison. Juliette Gréco danse avec M. le maire d'Antibes. Gilles Perrin, 9 ans, le fils de Mimi, vocaliste des Double Six, tient les partitions pour qu'elles ne s'envolent pas. Il y a du Jazz, du Cubain, de la Bosssa Nova, du Tango, de la chaleur humaine, de la vie, de la joie, du jeu. Dizzy et Lalo emmènent le groupe à des sommets de puissance vitale.

 

Peut-être que les bruits de mer, de vent, d'enfants ont été ajoutés. Peut -être même les applaudissements l'ont-ils été. Peut-être que cet album n'a pas été enregistré en concert à Antibes-Juan-les-Pins. Certains esprits aigris et persifleurs le prétendent. Même s'ils me le prouvaient, je ne les croirai pas. Ce serait perdre la foi en la vie et en la musique.

 

Il existe une photographie de Dizzy Gillespie à Antibes Juan-les-Pins en 1962 jouant tête baissée, le pavillon de la trompette plongé dans la Mer Méditerranée. Si quelqu'un a enregistré ce concerto pour trompette marine, je suis preneur.

 

 

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Steven Jambot 20/07/2010 17:15


Il fut un temps, j'envisageais d'écrire un livre sur Elek Bacsik. J'ai rassemblé énormément d'infos sur l'ensemble de sa vie, de ses débuts à Budapest à sa mort en 1993 pas loin de Chicago. Le
problème c'est que c'était un tzigane et qu'il bougeait énormément. Il y a des années entières où je ne sais pas du tout ce qu'il a fait. Rien, pas une photo, une date, un article, que dalle.
J'ai mis à jour la bio d'Elek Bacsik sur wikipédia. Tout ce qui y est écrit a été vérifié et recoupé, c'est du béton : http://fr.wikipedia.org/wiki/Elek_Bacsik
Enjoy !


Guillaume Lagrée 20/07/2010 18:30



Par principe, je ne fais pas confiance à wikipedia car personne ne signe les articles.


Pour Elek Bacsik, je ferai une exception désormais.


 



Steven Jambot 20/07/2010 16:32


Salut Guillaume,
Sympa ton blog, ce billet l'est tout autant ;) J'aime aussi beaucoup ce disque "Dizzy on the French Riviera". Enregistré dans les conditions du direct mais devant une salle vide. Les
applaudissements ont bien été ajoutés ce qui n'enlève rien au charme de cette galette rafraîchissante ! Le Jazz Hot et le Jazz magazine de l'époque parlent tous les deux d'un enregistrement en
journée (et pas un soir de concert).
Elek Bacsik jouait à ce festival. Lui et Dizzy s'était déjà rencontrés au milieu des années 50 en Italie lorsque Diz était venu jouer (Elek jouait alors peut-être encore avec le chanteur napolitain
Renato Carosone). Diz avait alors déclaré que c'était "la première fois qu'il entendait un européen jouer comme Tal Farlow".
A Antibes, dans plusieurs itw, Dizzy ne tarit pas d'éloges pour le tzigane (et pas gitan, terme utilisé pour parler des Rroms de la péninsule ibérique).
En 1962, Elek n'est pas encore très connu du grand public. Il a accompagné Barbara sur deux disques et a sorti "the electric guitar of the eclectic Elek Bacsik". Sa collaboration avec Gainsbourg
sera plus tardive : en octobre 1963, il accompagne Gainsbourg au théâtre des Capucines (les "mardis de la chanson"), en novembre, ils enregistrent "Gainsbourg Confidentiel" qui sort en janvier
1964.
Mais ce ne sont que des détails.
Pour la photo de Dizzy la trompette dans l'eau, je crois me souvenir de 45-tours ou 33tours-25cm dont la photo de cover est de ce type...
A+ !
Steven


Guillaume Lagrée 20/07/2010 17:10



Félicitations pour cette science guitaristique Steven.


Elek Bacsik est aussi l'auteur du solo de guitare final sur " 69 année érotique " de Serge Gainsbourg.


Ensuite il aurait disparu aux USA d'après le Dictionnaire du Jazz.


Si tu as retrouvé sa piste merci pour tes informations.