Edouard Ferlet en quartet paritaire

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Edouard Ferlet Quartet.

Paris. Le Sunside. Vendredi 11 décembre 2009. 21h.





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La photographie d'Edouard Ferlet est l'oeuvre du Tonique Juan Carlos Hernandez.


Edouard Ferlet
: piano
Airelle Besson : trompette
Alexandra Grimal : saxophone ténor, saxophone soprano
Fabrice Moreau : batterie



Après celui de Sébastien Llado, voici un nouveau quartet paritaire, deux gars/deux filles, celui d’Edouard Ferlet. Concert de sortie de l’album « Filigrane ». Je suppose que la contrebasse est en filigrane puisqu’elle est absente.Bref cet album est à l’opposé de « Sans tambour ni trompette » de Martial Solal (trio avec Jean François Jenny Clark et Gilbert Rovère aux contrebasses).

Démarrage en duo des souffleuses avec le sax soprano. Son rêveur, mystérieux, en fusion. Fabrice Moreau ajoute d’autres couleurs cuivrées avec les maillets sur les cymbales. Chants parallèles des cuivres. Lointains grondements de cymbales. Le pianiste vient distiller des notes espacées entre les silences. Les tambours roulent sous les maillets . Une rumeur d’orage sous des éclairs de cuivres. Le piano amène une mélodie cristalline reprise par les cuivres. Cette musique porte à la rêverie, sous le soleil noir de la mélancolie. Les quatre ne font qu’un, si bien liés que l’absence de contrebasse ne se fait nullement sentir. Ils vous prennent, vous emmènent, vous posent puis vous emmènent plus loin encore.

Solo de piano. Ils restent dans la rêverie, la mélancolie. Alexandra est passée au sax ténor.les deux demoiselles partent ensemble, ne faisant qu’un souffle. Ca accélère avec un duo piano/batterie aux balais qui lance le groupe. La musique se déploie, prend son envol. Le sax reste calme alors que piano et batterie s’agitent. Le sax commence à zigzaguer, à virevolter poussé par le piano et la batterie qui ne lâchent pas le tempo d’une milliseconde. Le public est capté. Personne n’applaudit un solo. Nous laissons l’œuvre se dérouler. C’est le premier concert du groupe et, vu le niveau atteint, cela augure bien de la suite.

« Julien » (Airelle Besson). Airelle fait siffler la trompette ne laissant passer qu’un filet de souffle. Le piano se promène alangui et nostalgique. Aux balais, Fabrice caresse les cymbales. Il y a de la chaleur, de la tendresse, de la douceur, de l’amour dans le son de la trompette. Ce Julien d’Airelle Besson c’est soit son homme, soit son fils. J’espère qu’il mérite autant d’amour, ce garçon. Alexandra au ténor répond à ce chant. Ca monte tout doucement en puissance. Arrivés sur un pic, ils se posent en douceur.

Solo de piano. Edouard s’amuse dans les graves puis se pose en medium. Alexandra a repris le soprano. Démarrage en douceur avec la batteie puis le piano et la trompette entrent dans la danse. Fabrice travaille ses cymbales avant de lancer la machine. Le chant et contrechant des cuivres brille dans l’azur. Le piano est plein, majestueux. Tout s’arrête pour un solo de piano impressionniste, très français. La petite plainte du soprano, le souffle de la trompette sont sinueux, légers, aériens. Airelle a mis la sourdine sur sa trompette ce qui donne un son nettement inspiré de celui de Miles Davis. Elle se ballade sur le tempo comme une péniche sur la Seine. La densité de cette musique permet au groupe d’obtenir un silence, une qualité d’écoute rare dans un club de Jazz.

PAUSE

Ecole française du piano. Son rêveur, léger, fluide. Le batteur ponctue aux baguettes. Alexandra étire le son du soprano. Le piano et la batterie deviennent plus tempêtueux. La pression monte. La demoiselle réagit poussant le soprano dans l’aigu, le strident qui le caractérisent. Ca se finit dans un souffle du soprano

Sax ténor. Airelle Besson a repris sa place au devant de la scène alors qu’elle ne jouait pas le précédent morceau. Edouard travaille les cordes du piano. Fabrice tapote doucement avec des baguettes. Le sax est chaud, souple. Au tour de la trompette de dérouler autour de l’agitation du piano et de la batterie. Rythmiquement, ça pousse derrière mais les supernanas ont du répondant. Solo de piano avec des éclats de virtuosité classique et un rythme purement Jazz. Il envoie. C’est impeccable et implacable rythmiquement. Les cuivres repartent synchrones. C’était « Sans titre apparent » après « Il n’y a plus d’après » ( qui ne ressemblait pas à la chanson de Guy Béart sur Saint Germain des Prés).

« Je viens d’apprendre » (Fabrice Moreau).Une ballade où les baguettes égrènent le temps sur les bords de caisses et les cymbales. Les cuivres soufflent et sifflent. Solo de trompette sussuré, respiré, s’ouvrant vers le soleil radieux. La pédale prolonge une note de piano jusqu’aux silences et aux applaudissements.

« Not yet » (Jean Philippe Viret). Morceau qu’Edouard Ferlet joue pour s’excuser auprès de Jean Philippe pour lui avoir chipé son batteur, Fabrice Moreau. Solo grave, espacé qui respire au piano.Les demoiselles des cuivres jouent dans le même souffle. Fabrice caresse avec ses balais. Complainte du soprano. La musique court comme des chamois dans les alpages légère, imprévisible, avec des temps d’arrêt, des relances. Son à l’unisson des cuivres. Piano et batterie les entourent mais leurs chants n’ont pas de clôture. Ils sont toujours ouverts. Une dernière caresse des balais pour finir.

Edouard frotte les cordes de son piano avec des maillets. Le batteur joue coupé/décalé aux balais mais pas à l’ivoirienne. Le piano gronde sous l’outrage. Les cuivres jouent en chant/contrechant entre l’aigu du soprano et le grave de la trompette. Les demoiselles se penchent pour chanter dans leurs micros alors que piano et batterie sont en promenade, tranquilles.

Ainsi se termine le 2e set et le répertoire joué sur l’album « Filigrane ». Je suis resté sur cette ambiance magique, poétique, onirique n’assistant pas au 3e set. Cette musique mérite toute notre attention. Alors que tant de musiciens veulent impressionner en faisant du bruit, en roulant des mécaniques, Edouard Ferlet construit une œuvre subtile, légère, rythmée, décalée. Sans rien forcer ni imposer, il vous emmène dans son univers. Vous y êtes si bien que vous regrettez d’en sortir. Pour y plonger, il suffit d’écouter l’album « Filigrane » ou d’assister au prochain concert de ce quartet paritaire.

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