Elina Duni envoûte le Théâtre Traversière

Publié le par Guillaume Lagrée

Elina Duni Quartet.

Paris. Théâtre Traversière. Lundi 25 octobre 2010. 20h30.

 

Elina Duni: chant

Colin Vallon: piano

Patrice Moret: contrebasse

Norbert Piammatter: batterie

 

La photographie d'Elina Duni est l'oeuvre de Juan Carlos HERNANDEZ.

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  Le théâtre Traversière se trouve à Paris tout près de la gare de Lyon. Il appartient à la SNCF. Sous leurs pieds, les spectateurs entendent passer les trains du chemin de fer métropolitain parisien.

 

La contrebasse commence comme une guitare. Léger tapotis des balais. Accompagnement en sourdine du métro. en concert, cette jeune femme a une voix encore plus saisissante qu'en studio. Elle donne le frisson dès les premières notes. Elle est très orientale dans la robe, le chant, le déhanché. L'instrumentation est Jazz mais ça sonne Folk dans le bon sens du terme. Elle chante les yeux levés vers le ciel. Sa voix s'envole, la musique aussi. la rythmique sonne plus jazzy, plus swing mais avec un feeling bien particulier. Par ailleurs, la chanteuse est resplendissante de beauté ce qui ne gâche rien. Comme je ne parle pas un mot d'albanais, je ne comprends pas les paroles. Je parierai bien que cela parle d'amour. Elle enchaîne avec le piano sur un scat rapide. Le groupe repart. La demoiselle est petite mais elle grandit en chantant. La rythmique part en swing. Elina danse. Cela distrait de l'écoute de la musique mais qui s'en plaindrait. Le scat en albanais, c'est nouveau sous le soleil, il faut bien l'avouer. C'était une chanson grecque précédée d'une chanson sur les bergères d'Albanie du Sud.

 

Chanson albanaise sur une fleur. Elina nous traduit et nous explique les chansons. Solo de contrebasse pour introduire. Les regrets sont déjà là avant même le chant. Le batteur a quitté la scène. Elina a enlevé écharpe et gilet. Logiquement, elle ne peut plus rien enlever. Ballade nostalgique à souhait. Le batteur est de retour, aux balais. La voix vient de loin, très loin. Chant final accompagné par le métro qui nous ramène de l'Albanie à Paris.

 

Une chanson albanaise traditionnelle, machiste transformée en chanson féministe par la grâce d'Elina. La chasse aux femmes à la taille fine est devenue une chasse aux hommes au gros porte monnaie. C'est ma chanson préférée sur l'album par sa joie, sa puissance. Le pianiste s'amuse à jouer discordant, en triturant les cordes.

 

Chanson sur des bergères du Nord de l'Albanie, du Kosovo. Les bergères seules femmes libres d'Albanie? Possible dans une société traditionnelle puisqu'elles ne passaient pas leurs journées enfermées au domicile familial. Chanson vive, enlevée. Les tambours crépitent sous les baguettes.

 

L'amoureux délaissé promet à celle qui ne veut plus entendre parler de lui qu'il l'aimera toujours. Promesse absurde à moins de devenir moine ou de suivre la sagesse persane: " Pourquoi, lorsque vous promettez à une femme que vous l'aimerez toujours, croit-elle que vous l'aimerez tout le temps? ". Les maillets sur les tambours semblent sonner le glas. Le piano vient éclairer cette musique sombre. Dialogue tout en douceur entre la voix d'Elina et les mains de Norbert sur ses tambours.

 

Chanson grecque d'une demoiselle qui demande à sa mère d'appeler un docteur pour réparer son coeur brisé. La chanson est triste. Pourtant le rythme est vif, enlevé, léger. Elina s'amuse à jouer à la jeune fille qui appelle sa maman au secours. A côté de moi, une mère serre sa fille de 6-7 ans dans ses bras. Elle en apprend des choses ce soir, cette enfant. La musique décolle d'un coup. Ca dépote, pulse sévère.

 

" Lume, lume " chanson titre du deuxième album d'Elina Duni. Chanson qui contient tout le pathos des Balkans selon l'interprète. " Celui qui naît souffre, celui qui meurt pourrit ".  C'est aussi gai que la fameuse chanson des Gardes Suisses: " Notre vie est un voyage dans l'hiver et dans la nuit. Nous cherchons notre passage dans le ciel où rien ne luit." Intro méditative du piano. Chaque note pèse son poids de douleur. C'est une chanson roumaine qui sent les lendemains de combat, les nuits de pleine lune où les vivants ont des airs de spectres. Cela me rappelle des passages du " Kaputt " de Curzio Malaparte. Joli solo de contrebasse bien grave, bien dans l'ambiance. Silence. Nous écoutons captivés. Puis ça décolle, les quatre ensemble. Whoush comme une flamme de gaz qui s'allume. m. l'ambassadeur d'Albanie en France est présent dans la salle.

 

Une chanson bulgare " Kaval Spiri " sur le kaval, flûte traditionnelle bulgare. Introduction de la voix seule qui s'étire, s'allonge, roucoule. Le piano puis la batterie la rejoignent tout en douceur. la voix sautille et monte dans l'aigu comme une flûte. La rythmique pousse. Elle swingue même sévèrement. Ca fume des naseaux. Elina présente à nouveau les musiciens, remet ses chaussures (elle a réussi à enlever autre chose que son gilet et son écharpe. Quelle femme!) et c'est fini.

 

Pas tout à fait car il y a un RAPPEL.

 

A côté de moi, la petite fille semble excédée, sa mère enchantée. Une chanson d'amour albanaise dédiée aux Albanais présents dans la salle. Ils applaudissent. Ca sent l'amour triste. C'est une ballade. Le batteur caresse ses tambours de ses mains. Ponctuation légère de la contrebasse. Le pianiste trafique le son. Le métro vient ajouter ses grognements de dragon urbain à cette musique montagnarde. Dernière précision pour la plupart des lectrices et certains lecteurs: Colin Vallon est un beau garçon.

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