En revenant de l'exposition " Musique et cinéma: le mariage du siècle? " à la Cité de la Musique (Paris)

Publié le par Guillaume Lagrée

 

" Musique et cinéma:

le mariage du siècle? "

Cité de la Musique. Paris.

Exposition visible jusqu'au dimanche 18 août 2013

 

New York

La photographie de New York est l'oeuvre du Cinéphile Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes, je vous ai déjà parlé du film " The Cool World ", du festival "  En avant la musique! "  qui a lieu au Forum des Images à Paris jusqu'au dimanche 21 avril 2013, du festival Jazz et Cinémas qui aura lieu du  vendredi 12 au dimanche 14 avril 2013 à Paris ainsi que des expositions sur "  Miles Davis: We Want Miles! " et "  Django Reinhardt: le Swing de Paris " à la Cité de la Musique, toujours à Paris.

Me voici de retour de l'exposition " Musique et cinéma: le mariage du siècle? " qui se tient jusqu'au dimanche 18 août 2013 à la Cité de la Musique à Paris, 19e arrondissement, métro Porte de Pantin.    

L'exposition est très riche, fouillée, détaillée, du cinéma muet à nos jours, de la composition de la musique de film à l'utilisation de musiques existantes, des films faits pour la musique aux musiques faites pour les films, du cinéma américain au cinéma français en passant par les cinéma italien, japonais et russe (les cinémas indiens, africains et arabes mériteraient une autre exposition puisqu'ils ne figurent pas dans celle-ci). C'est rempli d'images, de sons, d'explications,d'émotions mais il y a trop de monde le dimanche après-midi pour en profiter (rançon du succès), pas assez de postes d'écoute qui sont de plus mal fichus (un vrai casque avec deux écouteurs, c'est mieux qu'un ersatz de téléphone 1900 avec un seul écouteur).

Je n'ai pas compris la logique du cheminement de l'expostion. Je vous laisse la trouver, lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes. Néanmoins je vous conseille la visite et je vous livre mes Impressions sur cette exposition.

" Le couple musique-cinéma est devenu un couple célèbre, un couple à histoires prompt aux querelles vire aux projets de divorce mais générateur aussi de quelques chefs d'oeuvre lorsque l'entente, la compréhension, l'amour pour tout dire, unit ou confond les deux pensées créatrices ". Georges Hacquard, 1959. 

Richard Wagner projetait un "art total ". Pour cela, il fit créer son théâtre à Bayreuth. Qu'aurait-il fait avec le cinéma, les effets spéciaux, l'ordinateur?

Ennio Morricone écrivait la musique avant que Sergio Leone ne tourne le film. Cas rare où le cinéaste s'adaptait au compositeur alors que l'inverse est le plus fréquent.

Le premier film parlant date de 1927 et se nomme " Le chanteur de Jazz ". Le rôle principal est tenu par Al Jolson, un Blanc grimé en Noir, dans la tradition des ministrel shows du XIX° siècle.

Auparavant, pour le cinéma muet, les compsiteurs créaient des musiques d'accompagnement jouées pendant les projections des films. Stéphane Grappelli a commencé sa carrière de violoniste en jouant dans les cinémas. Camille Saint Saëns, Arthur Honegger, Erik Satie, Darius Milhaud composèrent pour le cinéma muet en France.

Pour " Les parapluies de Cherbourg " de Jacques Demy (1964), premier film entièrement chanté, dialogues compris, Michel Legrand composa une musique ininterrompue, enregistrée avant le film et les acteurs jouèrent en play back. Les producteurs étaient sceptiques mais le film fit un triomphe: prix Louis Delluc, palme d'or à Cannes et succès public.

" Autour de minuit " de Bertrand Tavernier (1986), film inspiré de l'amitié entre Francis Paudras, joué par François Cluzet et le pianiste be bop Bud Powell joué par Dexter Gordon, saxophoniste ténor qui avait joué avec Bud Powell. La musique du film était composée par Herbie Hancock. Eric Le Lann jouait dans le groupe. Film vivement recommandé aux mélomanes comme aux cinéphiles.

" West Side Story " film de 1960 avec une musique de Leonard Bernstein. 10 Oscars dont celui de la musique de film. Le mythe de Roméo et Juliette modernisé avec les gangs de jeunes de New York.

" Dans l'homme qui en savait trop " d'Alfred Hitchcock, Bernard Hermann, le compositeur, dirige la musique lors d'un concert à l'Albert Hall de Londres. Le coup de feu doit être tiré pendant un coup de cymbales pour que le bruit soit couvert. L'héroïne comprend ce qui va arriver. Parviendra t-elle à empêcher le crime? Voyez le film pour le savoir.

Charles Chaplin écrivait et dirigeait ses musiques de films y compris pour ses films muets lorsqu'il les fit passer en parlant.

" Avec Fellini, au contraire, ce sont des vacances avant tout parce que chaque chose est décidée à l'avance et qu'on n'en change plus. Et puis, avec lui, on s'amuse " Nino Rota, intervista dal 1972.

A Hollywood, dans les années 1930, arrivée massive de compositeurs en provenance d'Europe de l'Est. Ce n'était pas seulement pour l'argent et le confort comme il est écrit dans l'exposition. C'était tout simplement une question de survie car nombre de ces compositeurs étaient Juifs. Entre Hitler en Allemagne et Staline en URSS, mieux valait pour eux partir aux Etats Unis d'Amérique. Si vous n'arriviez pas à vous échapper, vous finissiez comme Eddie Rosner, le Jazzman du goulag ou mort dans des conditions que vous ne souhaiteriez pas à votre pire ennemi.

" La musique est une petite flamme placée sous l'écran pour l'embraser " Aaron Copland.

Pour " L'Affaire Thomas Crowne " (1968), le film durait 5h au départ et le réalisateur ne savait pas comment le monter. Michel Legrand proposa d'écrire 1h30 de musique ininterrompue et que le film soit monté en fonction de la musique. Le réalisateur fut enthousiaste, le producteur beaucoup moins. Le résultat fut un triomphe: Oscar pour Michel Legrand notamment.

" Rien ne me semble plus vulgaire que le synchronisme musical dans les films " ( Jean Cocteau, premier Président de l'Académie du Jazz).

Einsenstein à propos de Prokofiev: " Sa musique est étonamment plastique, elle n'est jamais une illustration: elle montre d'une façon étonnante la marche des événements, leur structure dynamique dans laquelle se concrétise l'émotion ".

Exemples de relations fructueuses entre réalisateurs et Jazzmen compositeurs de musiques de films:

- Roman Polanski et Krisztof Komeda (Pologne)

- Joseph Losey et Alan Dankworth  (Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord)

- Spike Lee et Terence Blanchard (Etats Unis d'Amérique)

Vous l'avez compris, lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes, cette exposition va bien au delà des relations entre Jazz et cinéma puisqu'il s'agit des musiques de film en général. Je finirai mon billet par le Jazz justement avec la partition originale d'A bout de souffle  (1960) de Jean-Luc Godard par Martial Solal, visible dans l'exposition. Godard voulait un banjo. Solal amena un banjo et un grand orchestre de Jazz. Le motif de base est une quinte diminuée chère au Be Bop mais qui se trouve déjà dans le chant grégorien et encore dans le heavy metal (ascendante pour la tension, descendante pour l'amour). Pour en savoir plus, je vous renvoie à la lecture d'une interview de Martial Solal par la RAI sur cette musique, transcrite par mes soins.

En cadeau bonus, le compte rendu d'un entretien entre Martial Solal et Olivier Calmel sur " La musique de film " organisé par votre serviteur.

Puisque l'exposition " Musique et cinéma: le mariage du siècle? " montre la scène finale d'A bout de souffle de Jean Luc Godard, par esprit de contradiction, je vous offre la scène d'ouverture, lectrices cinéphiles, lecteurs mélomanes. Bonne visite de l'exposition.

 

 

 

 

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matti 08/04/2013 06:53

Bonjour cher jazz lover ,

Article intéressant , les propos de Martial Solal dans l'entretien publié sur le site Citizen Jazz sont très éclairants .
Je n'ai pas ce texte sous les yeux , mais je me souviens qu'André Hodeir avait écrit un très bon article sur la musique de film pour l'Encyclopédie Larousse .
Eric Rohmer a dit que les images se passaient souvent très bien de musique ,
Rohmer , Hodeir , Solal : si tous les artistes étaient aussi lucides le monde serait meilleur .
Par ailleurs , j'ai assisté à la conférence de Frédéric Goaty sur Herbie Hancock samedi , c'était très bon .
Il parlera de Tony " le Kid " Williams le 4 mai , courons-y.
Ecouté une douzaine de faces de Fats Waller que j'ai toujours aimé d'un amour trop distrait , je comprends maintenant qu'il reste très sous-estimé , il est un des maîtres du jazz , Lucien Malson
avait raison .
Connaitriez-vous un bon livre qui rende honneur à ce grand bonhomme ?
Salut et fraternité , à bientôt .

Guillaume Lagrée 08/04/2013 07:47



Bonjour fidèle lecteur


merci pour vos compliments sincères, d'abord.


Vous avez enfin noté l'influence de Fats Waller sur Martial Solal? Il était temps!





 


Fats était trop drôle pour être pris au sérieux. Je ne connais pas de livre sur son sujet ce qui ne signifie pas qu'il n'en existe pas, juste que je suis ignorant sur ce sujet


Bonne recherche.


Keep swinging!