Eric Ferrand N'Kaoua gymnaste du piano

Publié le par Guillaume Lagrée

Théâtre du Gymnase

Paris. Lundi 6 décembre 2011. 20h30.

Eric Ferrand N'Kaoua: piano

Le programme de ce concert allait de Franz Lizst à Martial Solal en passant par Chopin et Mendelssohn. Je ne m'exprimerai pas sur la partie classique du concert. Il y a des experts pour cela. Je constate seulement que même transcrit par Franz Lizst, Richard Wagner n'est décidément pas ma tasse de thé. Je constaste aussi que, sauf sur Wagner, Eric Ferrand N'Kaoua swingue terrible. Wagner est incompatible avec le Swing comme Thierry Jonquet l'a démontré dans " Les treize morts d'Albert Ayler ".

Le programme Jazz était dans la deuxième partie du concert.

D'abord trois Préludes de Gershwin.

Dès les premières notes, nous sommes dans le New York de Paul Morand, celui d'avant la crise de 1929. Ca swingue, court, sautille. Le deuxième prélude est un Blues lent, paresseux comme un dimanche après-midi à  Central Park (pour comparer, écoutez " Skating in Central Park " du pianiste John Lewis).Il y a le clapot des vagues de l'Océan Atlantique par temps calme, la chute lente des feuilles par une belle journée d'automne. Le troisième prélude marque le retour d'un thème vif, ailé. Les bateaux bougent dans le port. Le métro aérien fait vibrer les immeubles.

Le Voyage en Anatolie de Martial Solal n'a rien à voir avec La Marche turque de WA Mozart. Dans le Jazz français, un Anatole est une série de 32 mesures de type AABA généralement basée sur les accords de i got rhythm (Gerswhin) ou des variantes de cette structure. Dans le Jazz américain, cela s'appelle " Rhythm changes ". Certains emploient le mot anatole dans une acception plus large l'assimilant à n'importe quel thème de structure AABA. C'est ainsi que le définit le Dictionnaire du Jazz ( Bouquins, Laffont, Paris, 1994). Il s'agit d'inventions enchaînées sur l'anatole. Même si Martial Solal n'est que spectateur ce soir, c'est bien lui l'auteur du thème. C'est vif et tordu comme l'éclair. Il faut de sacrées mains pour jouer cela. Eric Ferrand N'Kaoua les a. Avec Martial Solal, comme dans la géométrie non euclidienne, le chemin le plus court d'un point à un autre ne va pas en ligne droite et il y en a plus d'un. Ce sont des exercices de style, à la Raymond Queneau, en Jazz.

Jazz Prelude n°1 (Martial Solal). Une ballade à la Solal, élégante, chatoyante, émouvante, surtout pas larmoyante. Le deuxième mouvement est plus vif avec des phases de suspense, d'attente, des mouvements rapides, bref tout l'art du maître d'armes Martial Solal. 

Etudes (Martial Solal). N°7 La chantante. Pour chanter cette étude, il faut être Claudia Solal, la fllle de Martial. Si Claudia chante déjà dans le Décaband de Martial, ils n'ont pas encore enregistré un album en duo. Cette mesure de salubrité publique ne figurera dans aucun programme électoral en 2012. Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas la défendre pour autant. Revenons au jeu. Cela va vertigineusement vite comme des vagues déferlantes. Le pianiste surfe dessus élégamment. La main gauche vrombit alors que la main droite virevolte. C'était enchaîné avec la n°10, la Trépidante.

Démonstration sur Humoresque. D'abord un extrait de la composition d'Anton Dvorak puis la version qu'en donna Art Tatum, un des grands prédécesseurs de Martial Solal comme dit Eric Ferrand N'Kaoua. Il la joue dans un style romantique qui n'est pas celui de Tatum mais le Swing finit par l'emporter.

Pour finir le concert, Eric Ferrand N'Kaoua revint à Lizst et à Chopin sans perdre son swing.

Voici, extrait de ce concert, le Jazz Prelude n°1 de Martial Solal. La classe internationale.

Commenter cet article