Eric Le Lann " I remember Chet " (Tribute to Chet Baker)

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Eric Le Lann

« I remember Chet » (Tribute to Chet Baker)

Bee Jazz. Sortie le jeudi 14 mars 2013.

11 morceaux. 49’09.

En concert à Paris au Sunset le vendredi 15

et le samedi 16 mars 2013 à 21h30,

à Trebeurden (22) le samedi 23 mars, à Rennes (35) le dimanche 24 mars,

à Perpignan (66) le vendredi 29 mars 2013.

 

Eric Le Lann : trompette

Gildas Boclé : contrebasse

Nelson Veras : guitare

 

Je me souviens de la mort de Chet Baker le 13 mai 1988, de l’annonce au journal télévisé de 20h de cette histoire abracadabrantesque de Chet qui, se voyant refuser l’entrée d’un hôtel à cause de sa gueule de camé, décida de grimper au mur pour atteindre sa chambre, tomba et mourut. Il s’agit du Prins Hendrick Hotel à Amsterdam (Pays Bas). Aujourd’hui il y un bas relief à sa mémoire sur la façade de l’hôtel. Je me suis dit que je n’aurai jamais la chance d’aller à un concert de Chet Baker. J’ai eu la même pensée le 6 juin 1991 lorsque j’appris la mort de Stan Getz. Pour Stan, c’est sans rémission. Il n’a pas de successeur. «  En fait, nous aimerions tous sonner comme Stan Getz. La vérité est que nous ne le pouvons pas » (John Coltrane, au nom des saxophonistes ténors).

 

Pour Chet Baker, grâce aux Dieux, il a trouvé un continuateur avec Eric Le Lann. Non seulement Eric Le Lann a été influencé par Chet Baker, l’a écouté, étudié mais il l’a aussi fréquenté lors de ses fréquents séjours français dans les années 80. Certes Eric Le Lann ne chante pas alors que Chet Baker aimait autant chanter que jouer de la trompette. Chris Isaak, dans la Pop Music, a fait carrière en mimant le look, l’attitude, la voix de Chet Baker. Vanessa Paradis chante « Chet Baker » qu’elle écoute au fond d’une Studebaker, pour la rime. Eric Le Lann, lui, le joue, le vit, avec la même intensité, la même fragilité, la même sensibilité, la même tension permanente vers la beauté. Il a lui aussi ce son qui gratte l’âme mais il ne copie pas, il transmet le message. Il fait si bien chanter sa trompette que le chant ne manque pas.

 

Pour jouer cette musique, Eric Le Lann s’est entouré d’un duo à cordes complice depuis des années, Gildas Boclé et Nelson Veras. Deux Bretons, un Brésilien, un trio transatlantique plus léger qu’un voilier, plus confortable qu’un paquebot. Ni piano, ni batteur, leur présence serait de trop pour cette musique épurée. Les cordes de nylon de la guitare, de métal de la contrebasse vibrent sous les doigts et l’archet. Tout se joue dans la finesse, la discrétion, l’hommage respectueux mais pas servile. Ainsi sur la pochette de l’album, c’est le visage de Chet Baker qui apparaît, pas celui d’Eric Le Lann. De même, si l’album est intitulé « I remember Chet », le trio ne joue pas « I remember You », trop évident. Le choix des morceaux est lui aussi fait avec goût car il évite « My funny valentine » que Chet Baker fit sien à force de le jouer et de le chanter. Il n’y a aucune virtuosité au sens de la démonstration gratuite, de l’étalage technique mais une immense maîtrise technique, une écoute soutenue, poussée entre les musiciens qui aboutit à une musique magique, envoûtante, apparemment simple et qui pourtant nécessite plusieurs écoutes pour en percevoir toutes les richesses.

 

Parmi les onze morceaux de l’album, les écologistes repéreront « Backtime » (n°11) recyclage de « Back time trip » (album « Le Lann Top » Nocturne, 2007). Tout cet album m’enchante mais si je ne devais qu’en retenir deux morceaux, ce serait « Zingaro » (n°8) et « Angel Eyes » (n°10). " Zingaro " parce que c'est une Bossa Nova de Jobim, que Nelson Veras est Brésilien et qu'il la joue souverainement. " Angel Eyes " parce que cela me fait penser au visage d'ange déchu de Chet Baker sur la pochette de l'album.

 

J’ai déjà  écouté trois fois ce trio sur scène en 2012. Je le retrouverai avec joie les vendredi 15 et samedi 16 mars 2013 à 21h30 à Paris, au Sunset.

 

Voici le trio composé d'Eric Le Lann, Gildas Boclé et Nelson Veras jouant " Milestones " (Miles Davis), 7e morceau de l'album, en hommage à Chet Baker lors d'un précédent concert. Rien à ajouter.

 

 

 

 

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