Eric Le Lann Trio au Duc des Lombards: " Hommage à Chet Baker "

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

 

Eric Le Lann Trio  

 

Hommage à Chet Baker

Paris. Le Duc des Lombards

Mercredi 3 octobre 2012. 22h.

 

Eric Le Lann : trompette

Gildas Boclé : contrebasse

Nelson Veras : guitare

 

Je n’ai pas écouté ce trio sur scène depuis mars 2012. Dès l’attaque d’Eric, je retrouve la thématique, le feeling, la magie et l’équilibre. Ni piano ni batterie. La musique respire. Chacun distille l’essence d’une musique enivrante. La douceur de la guitare aux cordes de nylon (rien à voir avec « La fille aux bas nylon » de Julien Clerc), la chaleur de la contrebasse et ce son de trompette qui me gratte l’âme. L’aisance de Nelson Veras en solo est toujours sidérante. Tout paraît si simple et pourtant, en y prêtant attention, quelle maîtrise, quel raffinement ! « Night Bird » (Enrico Pieranunzi). C’est le schéma classique du Jazz : thème, soli, thème. Avec des solistes de ce calibre, ça n’a pas des airs de déjà entendu. Certes aucun des musiciens ne chante mais qu’est ce que ça chante !

 

Un morceau plus rapide. Le titre m’échappe. La mélodie est caressée, sculptée de mains de maîtres. C’est ce mélange entre la douceur, la chaleur des cordes et l’écorchure, la griffure du cuivre qui rend ce trio irrésistible à mon goût. Nelson, en solo, semble jouer au ralenti sauf que ça va très vite, glissant sans effort apparent. Bref, la classe. Plus personne n’applaudit pendant les morceaux. Chut, on écoute… Beau solo vibrant à l’archet de Gildas Boclé.

 

Une ballade lancée par Eric. Ca touche droit au cœur tout de suite. Nelson et Gildas distillent les notes derrière. La voix de Chet sonne indistincte dans ma mémoire. Si elle était distincte, je retrouverais le titre du morceau. Une douce langueur, une mélancolie agréable nous envahit. C’est de la musique à écouter allongé. Le temps semble s’être arrêté pour écouter la musique. Après le chorus d’Eric, nous sommes obligés d’applaudir. Nelson prend la main, tranquille et superbe. Gildas lui fournit le support pour s’élever et nous avec lui. Eric va cherche toujours plus loin dans nos âmes. « Les gens aujourd’hui aiment avoir la tête fracassée par des batteries rock. C’est pour cela que je crains que le Jazz soit bientôt un art perdu » (Chet Baker). Heureusement, il avait tort. La preuve, ce concert ce soir devant un public nombreux et attentif. Des Whaouah d’admiration soulignent les applaudissements.

 

« The more I see You», standard de Jazz repris par la Pop. Une jolie chansonnette d’amour jouée avec le feeling qu’il faut. C’est plus joyeux, moins dense que le titre précédent. Les mains de Nelson volent comme des papillons sur la guitare donnant des notes légères, gracieuses, colorées. Gildas Boclé affectionne les soli à l’archet. Il faut dire qu’il les joue si bien.

 

« My one and only love ». Ballade moelleuse à souhait. Le trio d’Eric Le Lann joue moelleux, jamais mièvre ou doucereux. Ne pas confondre.

 

Eric se tient à l’écart. Dialogue à cordes et sans cri entre la guitare et la contrebasse. Celles de la guitare tintent joyeusement alors que celles de la contrebasse résonnent en bondissant. Ce duo est une nouveauté par rapport aux deux précédents concerts auxquels j’ai assisté. Il est vrai que ce trio date de 2012 alors que le duo Gildas Boclé/Nelson Veras a des années d’existence. Une dame pose sa tête sur l’épaule de son gentil mari pour mieux écouter. Cette musique y est propice. C’est un bon massage cérébral.

 

Eric remonte sur scène. Intro funky de la contrebasse. « Love for sale ». Ca swingue tout en finesse. Dieux, que c’est bon ! Soudain, l’Arsène frappe. Violent, brutal, strident. Les musiciens s’arrêtent. La magie aussi.

 

Le temps de se remettre de leurs émotions, ils reprennent avec un autre morceau. Duo trompette/contrebasse. Je ne reconnais pas l’air. Ca joue souple, tranquille, avec ce grain d’inquiétude que sème la trompette d’Eric Le Lann. Nelson se repose et écoute comme nous.

 

« Milestones » (Miles Davis). Retour au trio. Sans piano, ni batterie, ils relèvent une gageure. Ca swingue, nom d’un petit bonhomme.

 

C’est le troisième concert de ce trio auquel j’assiste cette année et je me régale toujours autant. Un album sera bientôt enregistré chez Bee Jazz. Affaire à suivre.

 

Voici le trio d'Eric Le Lann en concert à Paris au Caveau des Légendes en février ou en mars 2012 jouant " Milestones " de Miles Davis. Profitez en, lectrices sélectives, lecteurs exigeants. Film réalisé par Gildas Boclé.

 

 


 

 

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