Fête de la Musique à Paris: de Genève à New York via Bobo Dioulasso

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Lundi 21 juin 2010. Fête de la Musique.

 

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La photographie de la Tour Eiffel est l'oeuvre de l'Helvétique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Ambassade de Suisse

. 19h30 – 20h30.

 

L’O de Lune

 

Nathalie Jeannet : chant

Nicolas Teuscher : guitare basse électrique, paroles, musique

Gilles Biard : guitare électrique

 

J’ai pris ce concert en cours de route. Je sortais du travail et j’étais venu pour le concert suivant, celui du quartet de Pascal Schaer.

 

« Cœur de pierres ponces ». Je n’ai pas compris les paroles, en français pourtant, mais la musique est charmante.

 

« La femme des uns sous le corps des autres » (Serge Gainsbourg). Cette chanson figure sur le premier album de Serge Gainsbourg « Du chant à la une » (1958). Un petit bijou qui dure, dans une version bien enlevée. Ce trio rappelle celui de l’album « Confidentiel » de Serge Gainsbourg en 1962 avec Michel Gaudry à la contrebasse et Elek Bacsik à la guitare pour la phase la plus Jazz de sa carrière.

 

Coup de chance. Le soleil est revenu sur Paris. La soirée est douce, propice à la musique. « Martin », jolie musique jazzy mais je ne comprends pas les paroles. Ca doit être de la poésie hermétique suisse.

 

Alternant compositions personnelles et grands classiques de la chanson française, le trio enchaîne sur « Les bancs publics » de Georges Brassens. Le public, lui, ne quitte pas ses chaises.

 

« Mon voisin m’a dit ». Une histoire de séduction entre une demoiselle et son voisin. C’est charmant, délicieux même.

 

Pascal Schaer Quartet.

 

Pascal Schaer : cor des Alpes, trombone

Yann Gordon Lennox : cor des Alpes, trompette

Cyril Moulas : guitare électrique

Baba Konaté : percussions

 

Un microphone sur une petite scène pour un cor des Alpes, est-ce bien raisonnable ? Deux cors des Alpes, un blanc et un noir, ça intrigue les enfants. 3 filles et un garçon de 6 ans environ se mettent au premier rang pour ne rien manquer du spectacle.

 

Le premier morceau est un air traditionnel suisse joué à deux cors des Alpes. Ca parle d’un alpage. Pascal Schaer joue du cor blanc, son complice du cor noir. Pas de doute, bien qu’il soit en bois (sapin de montagne évidemment), que sa forme soit étrange, le cor des Alpes est un cor. Le son est nostalgique, ce son qui disait-on en France sous l’Ancien Régime suffisait à faire déserter les mercenaires suisses sur le champ de bataille, pris par la nostalgie du pays natal. Ca sonne vraiment ancien et alpin. Un souffle d’air pur descend des montagnes de Suisse sur Paris.

 

« Techno cor », un morceau plus moderne a priori. Démarrage aux percus. Le cor sonne comme un trombone, haché, swinguant. La guitare vient s’ajouter dessus et ça balance. Décidément, le métissage du Jazz n’a pas fini de me surprendre entre Suisse, Afrique et Amérique ce soir. D’ailleurs, ça marche. Dans le public, un vieux Monsieur moustachu sourit et dodeline du chef. Après le petit tambour entre les jambes, le percussionniste cale un autre petit tambour sous son aisselle gauche. Solo de cor qui grogne, crache, vibre, pétarade. Le groupe repart avec les deux cors se répondant, la guitare sonnant africaine bien que jouée par un Blanc, le rythme impeccable du tambour. Le son de la guitare devient plus saturé, plus amplifié, plus contemporain. Ca devient assez barré tout en restant coordonné. Le vieux Monsieur à côté de moi était parti pour écouter du classique à l’église Saint Louis des Invalides. Finalement, il reste écouter du Jazz helvéto-burkinabé. Solo de percussions plein de vibrations en ondes positives avec le petit tambour sous l’aisselle et une baguette courbe qui le fait vibrer. Le groupe repart sur la mélodie. C’est un public de musique classique. Il n’applaudit pas les soli. Il attend la fin du morceau pour applaudir. Nous sommes rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement de Paris, que diantre ! Une petite fille au premier rang joue des percussions sur ses cuisses. Une vocation de musicienne naitrait-elle ?

 

« Bicorbop » est un peu inspiré du Be Bop d’après son compositeur Pascal Schaer. Guitare et percus lancent le swing. L’autre corniste est passé à la trompette. Ca sonne plus Jazz mais toujours avec cette couleur particulière du cor des Alpes. Trompette, guitare qui fait la basse, percus. Ca balance chez les Suisses, ou bien ! Les enfants et les personnes âgées sont captivés, les adultes et les adolescents ont plus de mal mais ils suivent. Citation de « Tequila » au cor des Alpes ! Pascal Schaer peut aussi faire sonner son instrument comme un  didgeridoo des Aborigènes australiens. D’ailleurs, le cor des Alpes et le didgeridoo sont des instruments parents. Duo guitare/tambour. Que du bonheur ! Ca sonne afro-cubain tout à coup. Solo du grand tambour calé entre les jambes de Baba Konaté. La peau chante sous ses mains. Ca vibre dans le ventre du spectateur. Il fait monter et descendre la pression à merveille, envoûtant le public.

 

« Blues for Ali », hommage au guitariste malien Ali Farka Touré. Mon voisin s’est décidé à partir aux Invalides. La musique ne semblait pas l’avoir blessé pourtant. Pascal Schaer prend son trombone à coulisse. Guitare et percussions frottées entre les mains. Jeu de trombone wah wah. La Jungle de Duke Ellington rend hommage à la brousse africaine. Ca swingue chaleureusement avec le feeling africain de la guitare et du tambour. Beau jeu de questions/réponses entre guitariste et percussionniste. Le vent du désert souffle sur les alpages suisses.

 

Pour découvrir des cors des Alpes s'ébattant dans leur milieu naturel, je vous invite à aller à Nendaz, dans le canton du Valais en Suisse. Bon voyage.

 

Après cette première partie de soirée enchanteresse, je suis allé au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme pour l’exposition Radical Jewish Culture. L’exposition est très intéressante. J’y reviendrai dans une autre chronique après l’avoir parcouru plus en détail. Pour cette soirée spéciale, des films étaient projetés dans la cour de ce superbe hôtel particulier du XVII° siècle, ancienne propriété de la famille Rotschild, volée par l’occupant et ses collaborateurs entre 1940 et 1944, restituée suite aux travaux de la commission Matteoli et offerte par la famille Rotschild pour y créer ce musée. Il s’agissait donc de films mettant en scène John Zorn et ses complices, l’avant-garde new yorkaise du début des années 1990. Au bout de 15mn d’agression sonore et visuelle permanente, je suis parti. Je ne suis pas assez snob pour être masochiste. N’ayant pas la possibilité de riposter à cette agression, j’ai choisi la fuite. Sans remord ni regret.

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