Françoise Toullec et la Banquise au Triton

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Françoise Toullec et « La Banquise ».

Le Triton. Les Lilas. Jeudi 19 novembre 2009. 21h.

Françoise Toullec : piano, composition
Claudia Solal : voix
Antoine Arlot : saxophone alto, électro acoustique
Louis Michel Marion : contrebasse
Michel Deltruc : batterie

Concert de lancement du nouvel album « El(le) » de Françoise Toullec et La Banquise. Le groupe est composé de deux elles et de trois ils, d’îles et d’ailes comme disait Claude Nougaro.

Ils s’amusent dans l’étrange, le beau bizarre. Claudia souffle, grogne en correspondance avec le groupe. Tout le monde s’amuse à respirer très fort. Musique faite de passages, de saccades, de borborygmes. C’est extrêmement travaillé pour donner une sensation de liberté, de respiration. Le groupe prend toute la largeur de la scène, Claudia Solal à un bout, Antoine Arlot à un autre. Musique faite de collages, de bruitages, surréalistissime. Très joli travail aux balais du batteur. On ne sait pas quand le morceau finit. Le temps de réaliser et on applaudit.

Les abeilles vrombissent. Voix plus archet de la contrebasse auxquels répond le vent du sax alto. La tension monte comme une nuée d’orage.. Normal que les insectes s’agitent avec la pression qui monte. Françoise Toullec maryrise les cordes de son piano avec une corde. Musique des sphères, à écouter seul dans la nuit d’hiver pour bien avoir peur… Un avion passe. C’est la contrebasse à l’archet.

Ca bruisse entre le batteur et l’électroacousticien. C’est une musique de film imaginaire. Un atelier d’artisanat musical aussi : découpage, vibrations, explosion. Un son cristallin de piano vient s’ajouter au tintement des cymbales. Claudia chante comme une chimère fatiguée (voir le balcon aux chimères à Paris en face du métro Saint Paul le Marais). Puis la chimère revit, déploie ses ailes et plane. La contrebasse en dérapage contrôlé échange avec l’installation électro acoustique. Un déluge sonore et métallique s’abat sur nous mais sans violence. . Ca s’éteint doucement, ludiquement entre machine et batterie.

Tiens un port de mer ! Bruits de moteur dans la soute, grincement de l’ancre qui remonte, clapotis des flots. J'ouis le cri de Claudia qui semble signaler un homme à la Mer. Le bateau continue sa manoeuvre de sortie du port alors que l’homme, ou la femme, se noie. Echange de plaintes et de grognements entre le piano et l’électro. Le batteur sonne les cloches alors que le bassiste sonne la pendule avec l’archet. Puis ça part dans tous les sens, tous ensemble. Solo de batterie souple, varié, léger, aux baguettes sur les tambours. De la haute cuisine.

Claudia chante en bégayant pour commencer. Puis elle chante en étirant sa voix alors que la musique s’allonge elle aussi. « L’imbecillité, la lente intelligence de l’herbe. Rien ». Encore un poète ésotérique et rac. Batteur et électroacousticien bidouillent sur leurs machines respectives. J’entends les cloches des vaches dans les prés entre autres facéties sonores. Ils jouent et chantent tout doucement un tremblement de terre. Effet de contraste. Tiens le Swing arrive au piano. Il suffit de l’inviter pour qu’il se présente. « Il entendit un autre son de cloche », celui de la batterie. Swing grave pétri par le contrebassiste. Claudia chante le poème sur un swing fougueux et spatial. Ca réveille. Le morceau se termine par un rire sardonique de Claudia.

Claudia fait des bruits de rongeur, le contrebassiste brosse ses cordes tout comme la pianiste. Une sorte de berceuse mystérieuse.

C’est le magasin de bruits en tout genre. Comme une droguerie musicale. Beau dialogue contrebasse à l’archet/batterie aux balais. S’ensuit un autre duo tout en douceur piano/sax alto digne de Jimmy Giuffre et Paul Bley. Echange de bruits entre Claudia et le batteur qui grogne dans un mégaphone. Piano et contrebasse calment le jeu alors que le sax alto le reprend., voletant, claquant de la langue et des dents.

Une sorte de ballade étrange. Batteur aux balais. Le piano gronde, l’archet tapote la contrebasse, sax alto et voix se répondent dans une boucle sonore.

Une berceuse magique. Avec des cauchemars car ça grince et ça gronde. Ca repart avec le Swing, invité disparu puis revenu.. Claudia chante en spirale. Swing solide : piano/contrebasse/batterie aux balais. Son grave et chaud du sax alto. Claudia chante en anglais avec l’accent anglais « Uccelli, uccelacci » (Oiseaux, petits oiseaux) avec la contrebasse à l’archet. Elle fa it ensuite des cris de drôle d’oiseau alors que l’archet gronde sur l’instrument. Duel sanglant entre piano et sax alto dans l’aigu. Tout le groupe reprend avec un son ouaté, feutré comme une forêt sous la neige.

Pas de rappel. Nous sommes étourdis par l’étrangeté, la bizarrerie de cette musique parfois agaçante, parfois passionnante mais toujours audacieuse, fraîche, neuve.

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Lézard de Bornéo 24/02/2010 21:30


Pas mal le compte rendu…

et une belle vidéo de ce concert sur arteweb ou dailymotion au choix…

http://liveweb.arte.tv/fr/video/FRANcOISE_TOULLEC___QUINTET_LA_BANQUISE/

http://www.dailymotion.com/video/xcbve1_la-banquise-au-triton_music


Guillaume Lagrée 24/02/2010 21:45


Merci pour les liens.