Giovanni Falzone e Bruno Angelini in concerto nella Casa della Radio

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Maison de la Radio.  Studio Charles Trénet. Samedi 23 janvier 2010. 17h30

 

 

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Giovanni Falzone : trompette

Bruno Angelini : piano

 

 

La photographie de Giovanni Falzone et Bruno Angelini est l'oeuvre du Signore Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

La trompette vibre et vrille. Bruno caresse les cordes de son piano. Giovanni Falzone est un musicien expressionniste alors que Bruno Angelini est impressionniste. Le contraste entre les deux fait la richesse des couleurs de ce duo. Ca sent le souffle du vent dans le cyprès, le parfum d’une terre natale, si loin, si proche. Le son de la trompette nous perce droit au cœur. Bruno ajoute du liant à cette inquiétude. Giovanni nous fait même la sirène du port de Gênes. Après un solo de Bruno entre angoisse distillée et douceur installée, Giovanni fait siffler son instrument d’une manière qui n’est pas prévue dans le manuel du petit trompettiste. Normal, c’est un grand trompettiste, un créateur qui brise les codes. Jusqu’à un souffle final, le public retient son souffle puis applaudit.

 

Bruno part à l’attaque. Giovanni déploie son talent sur l’instrument. Vagues bondissantes du piano. Giovanni fait couiner sa trompette par un wah wah très personnel avec la sourdine Harmon. C’est heurté, brusque, presque brutal. La bataille des Horaces contre les Coriaces. Giovanni repart, sans sourdine, dans une sorte de folle sarabande, un héritage modernisé des fanfares d’Italie du Sud.

 

C’était « Marie » puis « Saut dans le vide ». Ce sont des morceaux du premier album, écrits par Giovanni Falzone. Le second album sera écrit par Bruno Angelini.

 

« Maschere » (Masques), morceau inspiré du théâtre. Des masques de la commedia dell’arte, je suppose. C’est une ballade. Le piano installe une ambiance mystérieuse, à suspense qui fait le grand écart entre grave et aigu. De la trompette sort un son voilé, parfois grognon, mais le plus souvent rêveur. Les masques de la commedia dell’arte dansent dans l’air. Dansent-ils seuls ou portés par leurs maîtres, les acteurs ? A nous de le ressentir. Giovanni s’amuse à produire des sons qui n’appartiennent qu’à lui, des sons qui ont un sens, pas pour faire œuvre de démonstration. Pendant ce temps, Bruno construit le temps, embellit le silence. Cette musique nécessite et impose l’attention à l’auditeur. C’est une musique de fond, pas de bruit de fond.

 

Bruno repart à l’attaque entre medium et grave. Giovanni sonne la charge. Ils nous emportent, nous élèvent, nous dérangent, nous stimulent. C’est une nuit d’orage dans les collines toscanes. Un monde ultra civilisé vacille. Giovanni aime revisiter le growl ellingtonien des années 1920 mais à la sauce méditerranéenne contemporaine. Ce son lui appartient. Tiens, on dirait un canard moqueur maintenant. D’ailleurs, Bruno fait dandiner le piano comme un canard. La basse cour est en marche. Le jars jase jazz ! Giovanni enlève sa sourdine Harmon pour un solo entre notes attaquées, étirées, staccato et glissando. Une dernière attaque conjointe pour conclure ce morceau.

 

Giovanni nous parle en français avec un délicieux accent italien et Bruno corrige ses italianismes. Le 23 janvier 1910 à Liberchies, Belgique, naissait Django Reinhardt. Pour le centenaire de cette naissance, Bruno et Giovanni nous jouent « Django » que John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet, composa en 1953 après la mort de Django, justement. « Django » est une très belle ballade, peu jouée de nos jours, même par les Jazzmen français, alors qu’elle est un hommage au plus grand d’entre eux. Bruno et Giovanni la jouent très bien. Bruno joue économe, comme le faisait John Lewis. Giovanni ajoute tout son lyrisme italien à ce thème. Bellissimo ! C’est joué comme il le faut, émouvant mais sans pathos, un chant d’hommage où la beauté vainc la mort. Giovanni se laisse parfois emporter par son tempérament fougueux mais il sait revenir au calme sous la conduite légère du piano de Bruno. Il finit par un chant d’oiseau à la trompette. Du grand art.

 

« Jean Cocteau », hommage de Giovanni Falzone à l’homme de théâtre et de Jazz. Jean Cocteau fut, en effet, le premier président de l’Académie du Jazz jusqu’à sa mort en 1963. « Le batteur est un barman de sons », « La plupart des saxophonistes bavardent. Sidney Bechet, lui, vous parle », deux de mes formules favorites de cet Académicien si peu académique. Belle introduction de Bruno qui lance la machine. C’est un thème varié, grave. Giovanni bat la mesure de la main droite sur sa cuisse. Le morceau est chaud, passionné comme le tempérament de Jean Cocteau. Le dialogue est riche, mouvementé.

 

Bruno entame une ballade rêveuse, descendant du style de Keith Jarrett mais sans les maniérismes. Giovanni a mis la sourdine Harmon mais ne sonne pas tout à fait comme Miles Davis. Ca change des imitateurs habituels. Bruno distille le temps entre grave et aigu. Cette musique est propice aux effusions sentimentales sans sentimentalisme. Du concentré d’émotion.

 

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister en direct à ce concert, il sera diffusé sur France Musique le samedi 27 février 2010 à 23h dans l’émission « Le Bleu sur la nuit ». Il sera ensuite audible gratuitement sur Internent pendant quatre semaines.

 

Puisque je ne me renie point, je conseille à mes fidèles lecteurs  une précédente chronique de ce duo en concert , à Paris, au Sunside, le mercredi 4 juin 2008.

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Laynat JPaul 12/12/2010 19:31


J'ai eu la chance de découvrir ce duo hier soir au Moulin à Jazz à Vitrolles (asso. Charliefree): un vrai bonheur! de ces concerts qu'on n'oublie pas; une belle et vraie complicité entre ces deux
là, de belles compositions et ce petit quelque chose qui fait que la magie opère: merci Bruno et Giovanni pour ce que vous nous avez offert


Guillaume Lagrée 12/12/2010 19:36



Félicitations Jean Paul.


J'espère que vous avez l'album maintenant et que vous en parlez partout autour de vous.


Continuez!