Guillaume Séguron " Nouvelles réponses des archives "

Publié le par Guillaume Lagrée

Guillaume Séguron

« Nouvelles réponses des archives »

Rude Awakening.  2012

            Album publié avec le soutien de la région Languedoc Roussillon.

 

Guillaume Séguron: contrebasse

 

Lectrices républicaines, lecteurs espagnols, voici un album qui va vous réconcilier. Alors que les Archives nationales viennent d’ouvrir un nouveau site à Pierrefitte sur Seine (93), le contrebassiste Guillaume Séguron s’est lancé à cœur éperdu dans un projet mémoriel sur la trace des Républicains espagnols exilés en Languedoc-Roussillon. Ces hommes et ces femmes qui virent la République espagnole en 1939 puis la République française en 1940 s’écrouler sous les coups du nazisme, du fascisme, du franquisme (sans oublier les coups fourrés du communisme. Lire «  Spanish Cockpit. Rapport sur les conflits sociaux et politiques en Espagne. 1936-1937 » par Franz Borkenau, Autrichien, ancien du Komintern) et qui n’abandonnèrent jamais la lutte pour la liberté.

 

Avant que ces hommes ne meurent, la région Languedoc-Roussillon a enregistré leur parole, en catalan, langue parlée dans cette région dans le département des Pyrénées Orientales (euphémisme républicain pour désigner la Catalogne française) et, de l’autre côté des Pyrénées, en Catalogne. Au hasard des rencontres, Guillaume Séguron s’est trouvé appelé à illustrer leurs voix. Il l’a fait au plus épuré, seul avec sa contrebasse, les compositions étant essentiellement siennes, illustrant les voix par un propos toujours clair et juste. Pas d’effets spéciaux électroniques ou électriques. Un homme, une voix, un instrument. Cela n’en sonne que plus vrai, plus juste.

 

Si le livret de l’album explique le projet, il n’en révèle pas tous les secrets. Ne parlant pas le catalan, je ne comprends rien de ce qui se dit là. Juste quelques bribes, quelques mots qui me rappellent la langue française. Si je n’en comprends pas le sens précis, j’en saisis l’esprit par la rudesse, la fermeté, la chaleur du ton des voix. Des hommes bâtis comme les Pyrénées qu’ils durent franchir en classe réfugiés. Certes, ça manque de femmes alors que les femmes jouèrent un rôle important dans la Guerre d’Espagne. La Pasionaria ne s’est pas réfugiée en France mais en Union Soviétique.

 

Par l’instrumentation, cet album évoque « Amir » d’Henri Texier mais par l’ambiance, le propos politique et critique, il m’évoque plutôt « A colloquial dream », morceau qui figure sur l’album « Tijuana Moods » de Charles Mingus qui évoque l’errance d’un homme dans la nuit à New York. « Notre vie est un voyage dans l’hiver et dans la nuit. Nous cherchons notre passage dans le ciel où rien ne luit » chantaient les Gardes Suisses. Ces Républicains espagnols, même en exil, savaient quel était le chemin à suivre, que la mort pouvait être au rendez-vous, contre les légions franquistes puis contre les SS, la Wermacht, la Gestapo mais peu importait puisqu’ils avaient des principes et qu’ils ne transigeaient pas dessus. D’ailleurs, l’Histoire leur a donné raison.

 

« L’engagement fut militaire. Pour être efficace. Et il le fut. La poésie, elle, n’était pas « engagée » » (René Char, poète et chef de réseau dans la Résistance française). Cette musique est à écouter comme un rêve éveillé, nuit et jour, pour sortir de la nuit.

 

Je ne sais pas si cette musique est destinée à être jouée sur scène.

Voici en tout cas ce que donne Guillaume Séguron seul sur scène. Etonnant, non?

 

        

Commenter cet article