Hugo Lippi reçoit Christian Escoudé au Duc des Lombards

Publié le par Guillaume Lagrée

Paris. Le Duc des Lombards. Lundi 1er mars 2010. 20h.

 

Hugo Lippi : guitare électrique

Christian Escoudé : guitare électro acoustique

Florent Gac : orgue

Mourad Benhamou : batterie

 

Pour voir et écouter des extraits du concert, c'est ici.

 

 Jeu très classique, genre Blue Note des 60’s. Logique vu la formation. Christian Escoudé n’est pas encore là. L’âme de Grant Green plane au dessus du trio. Hugo Lippi  a une bien belle guitare et il sait s’en servir. Florent Gac a une tête à sortir d’une prépa scientifique, sérieux et appliqué dans le jeu. Mourad Benhamou souriant, tranquille, envoie la sauce.

 

Une ballade. C’est mieux. Le jeu de guitare est plus touchant, plus émouvant, plus personnel. Jeu classique. Pas de pédale pour le guitariste. Toujours tranquille, Mourad tient le tempo. C’est un bon cavalier sur son cheval. Ca avance tranquillement comme un lent bateau vers la Chine. C’était « Sunday in New York » puis «  Grooveyard » (Carl Perkins).

 

Christian Escoudé monte sur scène et prend une guitare sèche branchée sur le secteur. Hugo Lippi l’invite en le présentant comme une de ses influences majeures. La différence, outre l’instrument, c’est que Christian Escoudé est un Manouche et que cela s’entend. Christian a pris la main et, de temps en temps, Hugo ose placer une note. Tout juste s’il ne demande pas la permission avant. Ca swingue beaucoup plus. Pas de doute là dessus. Hugo reprend la main avec un accompagnateur de luxe, Christian Escoudé. Il hausse son niveau de jeu. La différence est visible. Je bats la mesure du pied droit ce que je ne faisais pas aux morceaux précédents.

 

Un air au feeling latin. « Touc touc tac tac tac » dit Escoudé pour lancer le morceau. « It might as wll be spring » qu’Astrud Gilberto chanta accompagnée par Stan Getz. Une version rapide, vive. C’est plutôt Hugo qui mène le bal mais Christian ne s’en laisse pas compter. L’organiste s’est effacé . Il semble jouer. Derrière, Mourad soutient d’une main d’acier et d’un poignet de caoutchouc. Christian reprend la main grattant et tenant fermement les cordes. Nom de Zeus, ça swingue ! Heureusement qu’Astrud Gilberto n’est pas là pour chanter ce soir. Elle n’aurait pu tenir ce rythme. Quand Christian Escoudé joue « It might as well be spring » le 1er mars, pas de doute, c’est le printemps.

 

« Limehouse Blues ». « Vite mais tranquille » demande Christian. Allegro tranquillo. Cest bien ça pour ce vieux standard des années 1920 « Le Blues de la maison close ».  Christian Escoudé a pris la parole pour présenter les musiciens, la jeune génération et conclut : « Faut s’accrocher mais ça c’est normal. » Certes mais ce sont encore les jeunes qui s’accrochent pour suivre M. Christian Escoudé. Quelle claque il vient encore de mettre pour lancer le morceau. ! Il s’amuse vraiment à jouer avec ces jeunes gens, à les écouter aussi. Il bat la mesure du pied, sourit, disciple. Hugo Lippi, comme Marcello, mène sa troupe. L’organiste a pris la main soutenu par la batterie et la guitare de Christian. Hugo a fait un peu de finger tapping. Il aurait pu continuer plus longtemps à mon goût. Solo mitraillette de batterie. Le tempo est haché menu, à vif sur les tambours.

 

« Tears » de Django Reinhardt en duo de guitares. Comme le di Hugo, c’est un morceau magnifique même si ce n’est pas le plus connu de Django dont on fête les cents ans en 2010. Django est donc né pour les 100 ans de Frédéric Chopin. Ca joue. Un pur moment de grâce. Même le bruit de l’eau qui coule au bar pour la vaisselle accompagne. Après l’exposé du thème, Christian prend les devants. Comment décrire l’ineffable ? Les absents ont eu tort. Christian place avec goût une citation de « Saint Thomas » (Sonny Rollins), de « Je me suis fait tout petit devant une poupée » (Georges Brassens) dans son solo. Du grand art vous dis je. Solo d’Hugo qui fait sonner sa guitare électrique comme une acoustique, ronde et souple. Il joue avec le pouce, sans mediator. Comme nous, batteur et organiste savourent. Je me surprends à chantonner, presque à siffler, pris par la musique. Après le morceau, Christian tend la main à Hugo. Un si beau boulot méritait bien une poignée de mains.

 

Le quartet repart sur « Just one of those things ». Ah le Swing de Christian Escoudé ! Profitons en. Belle leçon pour des jeunes guitaristes en mal d’expression. Quele chance a l’organiste d’avoir pour accompagnateur un musicien du calibre de Christian Escoudé.

 

M. Escoudé entame seul une ballade « Smoke gets into your eyes » (Cole Porter) la chanson préférée d’Eva Braün. J’espère qu’il y a des guitaristes dans la salle venus réviser leurs classiques interprétés par le Maître Christian Escoudé. Je me souviens d’avoir vu au Duc des Lombards, Tété, assister avec moi à un concert de Christian Escoudé.  Avant de prétendre créer, innover, il faut connaître les classiques. Sinon on refait ce que d’autres ont déjà fait, sans le savoir. Le quartet enchaîne sur « Nuages » de Django Reinhardt dans la même ambiance. Après la fumée de cigarette, les nuages. Logique puisque Dieu est un fumeur de havanes. Hugo passe devant accompagné par Christian qui lui fait signe et lui dit : « Vas y ! ». Jeu de batterie chaud et souple, orgue chaud et velouté et les nuages s’échappent de la guitare d’Hugo. Au tour de Christian. Ca joue, saperlipopette ! Il existe des gens assez vulgaires pour parler sur cette musique. Dommage pour eux.

 

Les guitares repartent à l’attaque. Un standard joyeux dont le titre m’échappe. Mon pied droit bat à nouveau la mesure. Ca swingue terrible comme disait Claude Nougaro.

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