Jacques Réda " Autobiographie du Jazz "

Publié le par Guillaume Lagrée

Jacques Réda " Autobiographie du Jazz "

Climats, Editions Flammarion, Paris, 2011, 360 pages.

Martial Solal

La photographie de Martial Solal est l'oeuvre du Sincère Juan Carlos HERNANDEZ.

Cette chronique est dédiée à Mademoiselle L. qui m'offrit ce livre.

Respectables lectrices, honorables lecteurs, vous savez qu'il existe sur le marché de l'édition francophone de nombreuses histoires du Jazz et un " Dictionnaire du Jazz " dans la collection Bouquins, chez Robert Laffont. Cette Bible indispensable date de 1994 et n'est plus éditée. Que faire? 

Plonger avec amusement et agacement dans l'Autobiographie du Jazz de Jacques Réda, critique de Jazz depuis 1963, c'est-à-dire l'année où Miles Davis recruta sa dernière rythmique acoustique: Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse), Tony Williams (batterie). Je n'étais pas né. C'est dire si je dois le respect du droit d'aînesse à ce poète et critique.

L'ouvrage se présente ainsi: d'abord une autobiographie du Jazz sous forme d'une nouvelle où cette musique est identifiée à une personne que l'on devine noire (je l'aurais choisie métisse comme la ruse des Grecs anciens et le mélange Europe-Afrique-Amérique que constitue cette musique) puis cinq propos liminaires sur le blues, le swing, improviser, commenter, enregistrer et publier. Le cadre de la pièce est posé avant que ne soient présentés les acteurs.

Ceux-ci sont tous musiciens, presque tous Noirs et tous Américains. Tous ou presque. Trois Français en ressortent et j'aurais choisi les mêmes: Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Martial Solal. Grâces soient rendues à Jacques Réda d'avoir écarté Keith Jarrett, pianiste surestimé à qui il manque à l'évidence deux qualités essentielles pour être un Jazzman: le swing et la clarté. Et la modestie nécessaire au processus démocratique d'élaboration de cette musique.

Le classement est surprenant puisque les musiciens sont annoncés dans l'ordre chronologique, de Scott Joplin né en 1868, l'inventeur du ragtime à James Carter, entrepreneur en fumisterie saxophonistique né en 1969. Ils sont divisés en deux albums; les Anciens et les Modernes pour résumer. Ils sont précédés des deux piliers: Louis Armstrong ou le soliste par excellence, Duke Ellington ou le chef par essence.

Les notices sont brèves, synthétiques, accompagnées d'une discographie minimale pour guider le lecteur dans ses découvertes sans le contraindre. Elles sont écrites dans le style de Jacques Réda mêlant informations biographiques et rêverie poétique. La lecture en est instructive, amusante, agaçante. L'auteur ne prétend ni à l'exhaustivité ni à l'objectivité. Il cite de petits maîtres dont je n'ai jamais entendu parler, oubliant volontairement des célébrités comme Chick Corea, Don Cherry, Keith Jarrett. Il parle d'Art Blakey sans mentionner ses expériences d'orgies rythmiques avec percussionnistes antillais et africains qui annonçaient la world music dès la fin des années 1950. 

Tel qu'il est, ce livre constitue une étrange initiation au Jazz pour ceux qui ne le connaissent, une nouvelle façon de le découvrir pour ceux qui croient le connaître. Bien sûr, ce livre est critiquable mais on n'attendait pas moins d'un si étonnant critique.

Pour finir, voici la réunion des deux piliers sur lesquels le Jazz repose: Louis Armstrong et Duke Ellington réunis " At Duke's place " (variation sur " C Jam Blues " pour les puristes). L'album s'intitule " Great summit ". Evidemment.

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