Jazz Archive (Mezzo&INA): La leçon de musique par Sonny Rollins (1980)

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

 

Jazz Archive:

Mezzo et INA

La leçon de musique

Jazz. Sonny Rollins (1930)

TF1 et INA. 22 septembre 1981.

Emission enregistrée à Paris, salle Wagram, en 1980.

DVD en vente libre

 

Sonny Rollins: saxophone ténor, enseignement

Marc Thomas: saxophone alto

Charles Schneider: saxophone ténor

Yves Torchinsky: contrebasse

Stéphane Gremaud: batterie

 

Sonny Rollins

 

 

La photographie de Sonny Rollins est l'oeuvre de l'Invincible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violaton du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

  Après John Lewis pour le piano, Sonny Rollins se prête au jeu de la leçon de la musique avec deux jeunes disciples, Marc Thomas et Charles Schneider.

Ca commence avec Sonny Rollins qui raconte comment il a eu le coup de foudre pour son instrument, le saxophone ténor, l'amour de sa vie. Il arive salle Wagram où les musiciens sont en train de répéter sur un morceau hard bop. Sonny Rollins leur amène une calypso de sa composition " Little Lu " (cf illustration sonore de cet article). Sonny Rollins est né à New York, dans une famile originaire des Iles Vierges, possessions américaines dans la mer des Caraïbes, et il n'a jamais renié ses origines.

Démonstration du Boss du téno en solo. Les petits jeunes dégustent puis c'est leur tour de dialoguer avec Sonny Rolins. Pour un jeune saxophoniste d'à peine 20 ans, dialoguer  avec Sonny Rollins, c'est se retrouver à la place de John Coltrane dans " Tenor madness "; composition de Sonny Rollins. Intimidant a priori mais ils ne se laissent pas impressionner et jouent leur partie. Bassiste et batteur ont bien capté le rythme antillais. Evidemment, quand Sonny Rollins se lance en solo, difficile de ne pas rester bouche bée. Dieux, que cet homme respire le Swing! Il sait aussi s'effacer pour laisser ses jeunes partenaires s'exprimer. Ils se lancent sur une parttion qu'ils ne connaissent pas, face à son compositeur, avec les caméras qui tournent. Respect. Marc Thomas fume en pleine répétition. Pas bon pour le souffle, ça, jeune homme. D'ailleurs, il fume toujours.

Rollins les laisse jouer sans rien dire. Il apprécie puisqu'il sourit en dansant sur place. En voix off, Rollins nous raconte ses débuts. Jeune homme, il s'est drogué pour imiter son Dieu, Charlie Parker. Bird était vraiment peiné de voir ses jeunes admirateurs imiter son style de vie et il a réussi à persuader Sonny de décrocher. Quand Rollins y est parvenu, il a voulu voir Bird pour le lui dire mais celui-ci était mort, à 35 ans, en paraissant 60 d'après le médecin légiste.Solo de Rolins. Les jeunes saxophonistes boivent cela comme du petit lait. Cela se comprend.

Rollins les fait mainenant travailler sur un autre morceau. Il leur explique et chante l'air, sans partition. Travail à l'oreille. Un nouveau morceau joyeux, festif. Rollins finit par l'écrire car c'est plus simple pour répéter.C'est un groupe sans piano comme l'aime Sonny Rollins. La contrebasse est la seule assise rythmique. Sonny donne quelques conseils à Yves Torchinsky. Il fait travailler les saxs à l'unisson, en bourdon avant qu'ils ne s'expriment en solo. Sonny arrête tout. Il a une idée pour rendre la rythmique encore plus swinguante. Il mime et chantonne pour le bassiste et le batteur. " Il y a de la place pour improviser même si nous jouons tous ensemble. Je ne veux pas que vous jouiez complètement free. La pulsation doit demeurer." Rollins résume bien son art: grande liberté, tout le monde ensemble et la pulsation, donc la danse, doit demeurer. " Le Jazz n'est pas tant ce qui est écrit que ce que nous lui apportons. La musique doit être énergique, excitante comme elle doit l'être ". Yves Torchinsky joue assis comme un violoncelliste mais en punchant sa contrebasse comme un Jazzman doit le faire. Des deux jeunes saxophonistes, c'est le ténor qui montre le plus d'attaque, d'énergie. L'altiste semble plus intimidé.

"Inutile d'être beau et riche, cela n'a rien à voir. Il faut faire de la bonne musique pour se faire connaître ". Bien entendu, Sonny Rollins parle de musique, d'art, pas de show business. " Une chose fondamentale dans le Jazz: les échanges entre cuivres. J'ai repris ses notes, il a repris les miennes. On joue tous ensemble et pourtant séparément ". Le Jazz est un processus démocratique qui concilie sans cesse l'individu et le collectif sans rien renier des droits de l'un et de l'autre.

Rollins explique ensuite à ces jeunes souffleurs le principe de la respiration circulaire: inspirer par le nez, expirer par la bouche dans un mouvement continu, modulé en gonflant les joues. C'est une pratique de la musique indienne, des charmeurs de serpent. Sonny montre le mécanisme sans l'instrument puis avec. Impressionnant. Il a séjourné en Inde de 1969 à 1971, notamment pour travailler cette technique. Marc Thomas et Charles Schneider sont intrigués, surtout Marc qui inspire par la bouche et doit donc changer de façon de respirer. Cette techique peut s'appliquer à toute activité physique terrestre (plus compliqué dans l'eau, à mon avis), pour ne pas se retrouver à bout de souffle dans l'effort. Essayez la, lectrices actives, lecteurs sportifs, notamment après avoir regardé et écouté les conseils de Sonny Rollins dans cette émission. C'est particulièrement pratique pour moduler et faire durer les notes d'un instrument à vent mais pas seulement.

Retour à " Little Lu " avec démonstration de la respiration circulaire pour allonger, moduler les phrass sans s'arrêter pour respirer. La différence est visible et audible: Sonny Rollins n'est jamais à bout de souffle.La beauté jaillit en continu de son instrument. Ensuite démonstration de vibrato et de triolets pour ajouter un feeling plus antillais encore. Solo puis dialogue de saxs. Comme ces jeunes gens, je souris en écoutant Sonny Rollins en solo. L'altiste progresse, prend de l'assurance.

Pour finir, resté seul dans la salle Wagram, Sonny Rollins joue un Blues de Duke Ellington, " I got it bad and that ain't good ". Superbe.

" ll y a dans le Jazz une notion de liberté. C'est pour cela que je suis devenu musicien de Jazz. " Sonny Rollins.

 

Voici ce film présenté par l'acteur et chanteur français Philippe Léotard, un fou de Jazz.

 

 
 

 

Commenter cet article