Jazz Archive (Mezzo&INA): Rahsaan Roland Kirk. Paris. 1972.

Publié le par Guillaume Lagrée

Jazz Archive

Mezzo & INA

 

Rahsaan Roland Kirk

Diffusé sur Mezzo avec l'INA le jeudi 19 juin 2014 à 20h30

DVD en vente libre

Mosaic Records

Reelin' in the years productions. Jazz Icons.

 

Rahsaan Roland Kirk: saxophones, flûtes, percussions

Ron Burdon: piano

Henry Pearce: contrebasse

Richie Goldberg: batterie

Joe Texidor: tambourin, percussions

 

1h14mn de concert de Rashaan Roland Kirk en couleurs à Paris en 1972, ça donne quoi? C'est très sagement coltranien jusqu'à ce que Rashaan démarre seul sur une version polyphonique de " Satin Doll " de Duke Ellington. Le batteur le relaie au triangle. Agaçant et prodigieux à la fois. Comme Sonny Rollins, Rashaan pratiquait la respiration circulaire et, avec une telle imagination, la musique jaillisait hors de lui, à jet continu. Ses musiciens attendent derrière. Que faire d'autre? 

Une composition dédiée  " For Bechet and Ellington ", les créateurs de la musique classique noire comme dit Rahsaan. Il revisite 50 ans d'histoire du Jazz en un morceau. Très bel hommage. Le vibrato à la clarinette n'est pas le même que celui de Sidney Bechet mais le respect est là. Un signe au pianiste (Rahsaan était aveugle) et celui-ci cesse de jouer. Jolie marche jouée par le batteur. Après la joliesse de la clarinette, gros son de sax ténor comme s'il voulait jouer toute la section de saxophones de l'orchestre du Duke à lui seul.

Retour à la Soul Music avec " Ma chérie amour " de Stevie Wonder. A la flûte traversière. Il joue aussi avec la bouche, le nez, de deux flûtes en même temps, sans oublier un ocarina. Tout cela en restant coordonné bien sûr. Ce n'est pas seulement du show mais aussi la volonté d'utiliser au maximum les possibilités de son corps pour jouer de la musique. Ses musiciens se sont tus laissant libre cours à sa fantaisie. 

La composition suivante est dédiée au flûtiste classique français Jean-Pierre Rampal si j'ai bien compris. Rahsaan joue d'une flûte traversière et d'une flûte à bec en même temps, fantaisie que Jean-Pierre Rampal ne se serait jamais permis. Cela ne s'apprend pas au Conservatoire. Ca démarre ensuite à fond les manettes. La rythlique ponctue les envolées du leader.

" Groovin High " de Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Rahsaan Roland Kirk continue de parcourir l'histoire de la musique noire américaine avec, maintenant, le Be Bop. Il le joue au stritch, espèce de grand saxophone soprano qui sonne comme un alto. Surprenant.

Il poursuit, toujours au Stritch, avec une ballade de John Coltrane, me semble t-il. Par contratse, sûrement voulu, la rythmique joue sobrement et sagement.

Au saxophone ténor, poussé par le tambourin, Rahsaan Roland Kirk, démarre un morceau survitaminé dont le saxophoniste ténor français Olivier Temime reprit le titre pour nommer son groupe, " Volunteered Slavery ". Ecouter ce morceau, c'est se retrouver dans une fusée au moment du décollage. Le moteur chauffe et, quand ça part, ça vous arrache du sol. Rahsaan avait-il lu en anglais et en braille " Le discours de la servitude volontaire " d'Etienne de la Boétie, l'ami de Michel de Montaigne? Rahsaan est passé à 4 instruments à vent dans sa bouche en même temps. Il développe ensuite au sax ténor, ajoutant de temps en temps un autre instrument. Je plains celles et ceux à qui cette musique ne donne pas envie de danser en toute liberté. Oh yeah, grogne le contrebassiste. Tout le monde passe aux percussions sauf le contrebassiste  et Rahsaan explose le sax ténor tout en chantant et grommellant.

Il enchaîne directement sur une ballade, au sax ténor. Dans le public, au premier rang, un vieux monsieur avec une casuqette se lève pour remettre un saxophone qui risquait de tomber à terre. Délicate attention. Polyphonie avec 3 saxophones joués en même temps, un main droite, un main gauche, le 3e sans les mains. Ca se termine avec toutes sortes de jeux sonores.

Rahsaan Roland Kirk et son quintette jouent, cette même année 1972, au Montreux Jazz Festival, en Suisse, à l'époque où il y avait encore du Jazz à Montreux, " Volunteered Slavery ". Ce soir là, il y a eu le feu au Lac ou bien! Tout de bon.

 


 

 

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