" Jazz at the Philarmonic. Pleyel. 1960 " par Jean-Christophe Averty

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Festival Jazz et Cinémas

MK2 Grand Palais

Samedi 13 avril 2013. 18h.

" Jazz at the Philarmonic. Pleyel 1960 "

Emissions de Jean-Christophe Averty diffusées les 4 et 18 février 1961, le 7 avril 1962.

RTF/INA

 

Lectrices actuelles, lecteurs contemporains, il fut un temps où le Jazz n'était pas une musique respectée mais une musique du Diable, issue des minorités (Noirs, Juifs, Italiens, Gitans essentiellement), confinée à des clubs enfumés, propriété de gangsters trafiquants d'alcool et de stupéfiants, pour un public d'initiés. Pour sortir le Jazz de son ghetto, le producteur Norman Granz (un  Juif de New York et ce n'est pas un hasard) monta dans les années 1950 les tournées " Jazz at The Philarmonic " réunissant musiciens blancs et noirs, du style ancien comme du style moderne, décrochant les salles les plus prestigieuses comme Pleyel à Paris, des hôtels de luxe pour tout le monde (Noirs et Blancs), des cachets corrects pour les artistes, bref obtenant pour les Jazzmen et Jazzwomen un traitement réservé jusqu'alors aux virtuoses de la musique classique. Bien entendu, Norman Granz n'oubliait pas sa part du gâteau. C'est pourquoi il prit sa retraite à Genève en Suisse où il mourut  et où vit toujours Juan Carlos Hernandez, photographe exclusif de ce blog. Pour éviter l'ISF, heureux contribuables français, il vous suffit d'acheter les photographies de Juan Carlos Hernandez, des oeuvres d'art payables en Suisse en Francs suisses. Simple, non?

Quel était le programme?

Une Jam Session avec Roy Elridge, Don Byas, Coleman Hawkins, que vous avez déjà pu apprécier à Cannes, l'été 1958, heureux touristes, auxquels s'ajoutent Benny Carter (sax alto), Lalo Schifrin (piano), Sam Jones (contrebasse) et Papa Jo Jones (batterie), le batteur du grand orchestre de Count Basie. A la batterie, ne jamais confondre Jo Jones dit Papa (le père de la batterie moderne) et Philly Joe Jones, le batteur du premier quintet de Miles Davis avec John Coltrane en 1960. On a pendu pour moins que ça! Papa Jo Jones nous délivre à la fin du morceau un solo d'anthologie, tout en finesse, en maîtrise, avec les balais, les mains, les baguettes, sans jamais perdre le sourire. A étudier de très près par les batteurs actuels afin d'apprendre ce qu'est le bon goût, le sens de la mesure, le tambour bien tempéré. Un exemple pour la jeunesse.

Vient ensuite Dizzy Gillespie accompagné de Leo Wright (sax alto, flûte), Lalo Schifrin (piano), Art Davis (contrebasse), Chuck Lampkin (batterie) auxquels s'ajoute Candido Camero (congas). Quand Candido quitta Cuba pour New York, c'était pour jouer avec Dizzy Gillespie. Heureusement, cela s'est produit. Sur " Caravan ", le dialogue de tambours entre percussionniste et batteur est absolument ahurissant. Je l'avais déjà apprécié en écoutant l'album mais le voir, c'est autre chose. Candido caresse, frappe, pétrit, enlace sa conga, la couve des yeux comme une femme aimée. Chuck Lampkin n'est pas en reste. Une orgie de rythme comme disait Art Blakey.

Retour au calme avec le tromboniste Jay Jay Johnson à qui ce blog est dédié. Le Jars Jase Jazz cela fait trois J comme Jay Jay Johnson. Il est accompagné par Vic Feldman (piano), Sam Jones (contrebasse) et Louis Hayes (batterie) sur une ballade somptueuse. Avec la même rythmique, Stan Getz joue avec sa maîtrise habituelle. Apparemment tranquille, un tueur en fait.

La même rythmique accueille ensuite les frères Adderley: Julian dit " Canonball " au sax alto, Nat à la trompette. Une musique qui fait le pont entre le hard bop et la soul music avec une version de " Jeannine " d'anthologie (je l'ai encore en tête en écrivant). Je laisse les experts du rap m'indiquer quels DJ ont samplé ce morceau. Je serais vraiment surpris qu'il n'y en ait pas eu tant le groove est efficace.

La même rythmique poursuit son oeuvre avec Stan Getz et Jay Jay Johnson ensemble. Comme une idée du bonheur que ces deux souffleurs qui enregistrèrent ensemble " Live at the Opera House ", un classique du Jazz moderne. Le ton, le son, tout est parfait.

Pour finir en beauté, Dizzy Gillespie revient avec son quintette, sans Candido Camero. Lalo Schifrin a déjà découvert Gato Barbieri mais n'est pas encore devenu le géant d'Hollywood qu'il fut ensuite (le compositeur des musiques de " Bullitt ", de " Mission Impossible " et des bas DIM, c'est lui). C'est déjà un crack. Dizzy ne s'était pas trompé en le recrutant en Argentine suite à une tournée sud-américaine.

 

Voici la " Toccata " composée par Lalo Schifrin pour Dizzy Gillespie, jouée par le Quintette de Dizzy à Paris, salle Pleyel, en 1960 lors de la tournée " Jazz at the Philamonic ". L'album du concert de Dizzy existe, édité par Europe 1 qui, à l'époque, diffusait ces concerts en direct dans son émission " Pour ceux qui aiment le Jazz " de Frank Ténot et Daniel Filipacchi qui, comme Norman Granz, prouvèrent qu'il était possible de devenir riche à partir du Jazz.

 

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