Jazz sur la Croisette. Cannes 1958

Publié le par Guillaume Lagrée

" Jazz sur la Croisette "

Le Festival de Jazz de Cannes 1958.

Enregistré au Palais des Festivals de Cannes, Alpes Maritimes, France du 8 au 13 juillet 1958 pour la Radiodiffusion française.

Edité par l'Institut National de l'Audiovisuel.

Lectrices aimées, lecteurs aimables, alors que la saison estivale des festivals s'annonce, cette chronique revient sur le seul festival de Jazz de Cannes qui eut lieu en 1958.

Le Jazz est associé à la Côte d'Azur grâce aux festivals d'Antibes Juan les Pins créé en 1960 et de Nice créé en 1971 après une première édition en 1948. Le cinéma c'est Cannes. Et pourtant en l'an 1958, deux mois après le festival du film, un festival de Jazz unique eut lieu à Cannes, au Palais des Festivals, sur la Croisette et même sur le porte-avions Saratoga de l'US Navy.

Le programme était hallucinant à l'époque et il le reste encore 54 ans après.

Pour le Jazz dit " classique ", Sidney Bechet au saxophone soprano, Sammy Price et Joe Turner au piano, Coleman Hawkins au saxophone ténor, Roy Elridge, Teddy Buckner, Bill Coleman à la trompette, Ella Fizgerald au chant.

Pour le Jazz dit " moderne ", Donald Byrd et Dizzy Gillespie à la trompette, Barney Wilen, Zoot Sims, Stan Getz au saxophone ténor, Sacha Distel à la guitare électrique, le Modern Jazz Quartet, Tete Montoliu au piano, la rythmique du Club Saint Germain, club parisien de l'époque (Martial Solal, Pierre Michelot, Kenny Clarke).

Bref que des grands musiciens tous référencés dans le Nouveau Dictionnaire du Jazz.

La musique ruisselle de Swing et de joie. Enthousiasmé par la cuisine locale, Sammy Price composa et joua un " Bouillabaisse boogie " pour l'occasion. Dizzy Gillespie, disciple improbable de Guillaume Apollinaire (" Et l'unique cordeau des trompettes marines ") joua de sa trompette coudée dans la Mer Méditerranée (c'est photographié mais pas enregistré malheureusement). Martial Solal brille de mille feux, accompagnateur stimulant de Barney Wilen, Stan Getz, Dizzy Gillespie et éblouissant de légèreté et de vivacité en trio sur " The Squirrel " de Tadd Dameron. Ella Fitzgerald, ravie de l'accueil qui lui a été réservé (un de ses fans, Jean Cocteau, lui offrit un dessin dédicacé) renverse tout sur un son passage avec un " Saint Louis Blues " d'anthologie. Jean Cocteau fit en outre visiter aux musiciens la chapelle des pêcheurs de Villefranche sur Mer qu'il venait de peindre en y représentant notamment son ami Django Reinhardt.

Cette musique regorge de tant de merveilles qu'il est vain de vouloir les décrire toutes. Je vous laisse donc les découvrir, lectrices balnéaires, lecteurs estivants. L'INA les a édité dans un coffret en  deux CD: un consacré au Jazz classique, un au Jazz moderne. Vous trouverez encore plus d'image et de son, moyennant phynances, sur le site Internet de l'INA.

Pour vous donner une idée de l'ambiance, voici la rythmique Martial Solal, Arvell Shaw, JC Heard au service de quatre géants du saxophone ténor: Coleman Hawkins surnommé le Père du saxophone ténor, Don Byas qui assura la transition entre le Jazz classique et le bebop, Barney Wilen jeune homme surdoué (il n'a alors que 21 ans et a déjà enregistré avec Miles Davis en 1957 la BO du film " Ascenseur pour l'échafaud " de Louis Malle) et " The Sound " Stan Getz. Le Français Guy Laffitte se défend fort bien au milieu de ces géants de l'instrument.

 

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matti 26/09/2012 11:08

Cannes 1958 , il existe aussi des images du concert du Jazz Groupe de Paris avec Hodeir et Bobby Jaspar , on peut en voir quelques secondes dans la 2 ème partie de l' HISTOIRE DU JAZZ FRANÇAIS de
J.C. Averty ,je ne sais pas si la totalité de ce qui a été enregistré se trouve sur le site de l' I.N.A.
On pourra voir la première partie bientôt à la Cité de la Musique , dans un programme Django Reinhardt .
Le trio que formaient Solal , Michelot et Clarke , c' était vraiment aussi grand que les meilleurs trios américains .
Il faudrait enfoncer cela dans la tête de ceux qui doutent que les meilleurs européens peuvent être aussi " essentiels" dans l' histoire du jazz que certains américains que vous " oubliez " sans
doute à juste titre .
J ' ai pu lire votre note sur le Nouveau dictionnaire du jazz de Carles , Clergeat et Comolli , les cahiers photos qu' on trouvait dans l' édition " Armstrong " de 1988
sont très beaux , dommage qu' ils aient disparu .
Cela dit ce livre est effectivement une référence , il sera difficile de faire mieux en français .
Pour changer de domaine , on rêve de trouver un Dictionnaire du cinéma rédigé par une équipe aussi remarquable , le Larousse n' est pas à la hauteur , le Lourcelles ou le Vecchiali sont
intéressants , mais jouent trop " perso " .

Guillaume Lagrée 26/09/2012 20:10



Avez vous lu le Dictionnaire du Cinéma de Jean Tulard dans la collection Bouquins chez Laffont, la même que Le Nouveau dictionnaire du Jazz chroniqué sur ce blog, fidèle abonné?