Joachim Ernst Berendt & William Claxton " Jazz Life "

Publié le par Guillaume Lagrée

Joachim Ernst Berendt & William Claxton «  Jazz Life. A journey for Jazz across America in 1960 “ .Taschen Köln, 2005, 552 p, Taschen 25th Anniversary edition.

 

En 1960, Joachim Ernst Berendt, critique de Jazz allemand, decide de traverser les Etats Unis d’Amérique à la recherche du Jazz. Sur la route, il  emmène le photographe américain William Claxton. En route dans leur Chevrolet Impala, ils passent d’Est en Ouest, par Boston (siège de la Berklee School of Music), New York, Philadelphie, Washington DC, les Sea Islands, Biloxi, Menphis,  Saint Louis, Chicago, La Nouvelle Orléans , Angola, Jackson, Kansas City, Las Vegas, Hollywood, Los Angeles, Monterey, San Francisco.

 

Chaque chapitre du livre correspond à une étape de leur voyage :

  1. From Spirituals to Soul Music
  2. From the Sea Islands to the Berklee School
  3. New Orleans
  4. Louisiana State Penitentiary in Angola
  5. Menphis
  6. Saint Louis
  7. Kansas City
  8. Big Bands
  9. Chicago
  10. Hollywood and Los Angeles
  11. San Francisco, Monterey and Las Vegas
  12. Detroit, Philadelphia and Washington DC
  13. New York City
  14. New York : Harlem
  15. New York : Traditional and mainstream
  16. New York : Avant Garde
  17. New York : The Village

 

Jamais un livre n’a autant suinté le Swing et le Blues, regorgé autant d’amour pour le Jazz. Ces deux hommes Blancs dont un Allemand ( nous ne sommes que 15 ans après 1945), grâce à leur authentique passion pour cette musique, virent s’ouvrir devant eux toutes les portes, des villas californiennes avec piscines du West Coast Jazz aux clubs new yorkais de l’avant-garde en passant par celles du pénitencier d’Etat de Louisiane à Angola.

 

A Angola, Leadbelly, un Géant du Blues fut détenu pour meurtre. Quand le directeur du pénitencier, un Blanc de Louisiane, apprit que ces deux Blancs voulaient visiter la partie réservée aux Noirs du pénitencier, sa réponse fut : «  D’accord mais vous irez seuls. Je ne peux garantir votre sécurité ». Nos deux hommes se retrouvèrent les seuls Blancs, armés d’un appareil photographique, d’un carnet de notes et d’un stylo au milieu d’une centaine de voleurs, de violeurs, d’assassins, de proxénètes, de trafiquants, de vagabonds, tous Noirs. Très vite, la glace tomba, un concert de Blues s’improvisa. William Claxton photographie, Joachim Ernst Berendt raconte.

 

Le livre est luxueux, écrit en allemand, traduit en anglais et en français. Les photographies sont éblouissantes de vie et de beauté comme celles des parades à La Nouvelle Orléans en couleur ou des rues de Menphis en noir et blanc. Un enfant danse sur une bouche d’incendie, un haut de forme à la main et c’est déjà Michael Jackson qui s’annonce. Les histoires sont amusantes, émouvantes voire bouleversantes. Ainsi, en route vers Los Angeles, ils s’arrêtent dans un bar tenu par un couple d’immigrés Allemands. Joachim, heureux de les entendre parler sa langue, leur parle de même. Aussitôt leurs visages se ferment et la conversation cesse. Joachim comprend pourquoi lorsqu’il remarque les numéros tatoués sur leurs avants bras, ceux des camps de la mort nazis.

 

Pour chaque chapitre, voici mes conseils d’écoute aux symathiques lecteurs et aux aimables lectrices :

  1. Ray Charles « Allelujah ! I just love her so »
  2. A la Berklee School of Music, par une belle journée de l’été 1957, Sonny Rollins est l’invité du Modern Jazz Quartet et le laisse sur place en improvisant. Pour les chants des Sea Islands au large de la Géorgie , l’album «  Georgia Sea Island Songs » satisfera votre curiosité musicale.
  3. Dont’ You know what it means to miss New Orleans  ? ” par Louis Armstrong
  4. «  Angola Blues »  par Champion Jack Dupreee
  5. « Menphis Tennessee ” de Chuck Berry
  6. « Saint Louis Blues » chanté par Bessie Smith accompagnée par Fred Longshaw (harmonium) et Louis Armstrong (cornet). Un mélange de profane et de sacré qui me donne le frisson à chaque écoute.
  7. «  Kansas City here I come » par Big Joe Turner
  8. « It don’t mean a thing if it ain’t got that swing » par Duke Ellington et son orchestre.
  9. Wang Dang Doodle “ par Howlin’ Wolf, hurleur de Blues comme son nom l’indique.
  10. Chet BakerThe Pacific Jazz Years “ (1953-1956)
  11. Le concert de Dizzy Gillespie et son orchestre au Monterey Jazz Festival en 1957. Monterey, station balnéaire californienne, a eu pour maire un Jazz Freak, Clint Eastwood. Frank Sinatra, « Live at the Sand’s ». Las Vegas . 1966. « The Voice » est accompagné par l’orchestre de Count Basie dirigé par Quincy Jones. Plus classe, tu meurs. Pour San Francisco, la relaxation de « Take Five » du Dave Brubeck Quartet avec Paul Desmond au saxophone fera l’affaire.
  12. Detroit, Motor City a donné naissance à Motown et Stevie Wonder. Les frères Elvin ( batterie) et Thad (cornet) Jones sont nés à Pontiac, Michigan, près de Detroit. Leur aîné, Hank (pianiste) était de Vicksburg, Mississipi. A écouter, par exemple, John Coltrane « A Love Supreme » avec Elvin Jones. Philadelphie est la ville natale de l’immense batteur   Philly Joe Jones  . En 1961, il est derrière Miles Davis et John Coltrane pour un « Someday my prince will come » (la chanson de Blanche Neige dans le film de Walt Disney) d’anthologie. Washington District of Columbia (DC) est la ville natale d’Edward Kennedy «  Duke » Ellington dont le premier groupe s’appelait les Washingtonians et qui a donné son nom à une université de la ville. A écouter, entre mille joyaux, «  Pitter Panther Patter » en duo avec le contrebassiste Jimmy Blanton.
  13. « 52nd Street Theme » de Thelonious Sphere Monk en hommage à une rue de New York célèbre pour ses clubs de Jazz.
  14. « Louis and the Good Book ». Louis Armstrong joue et chante la Bible en compagnie de la chorale d’une église de Harlem.
  15. « Esquire All American Jazz Concert » Metropolitan Opera House, New York , 18 janvier 1944. Au Met, Louis Armstrong et ses amis (Billie Holiday, Coleman Hawkins, Roy Elridge…) jouent pour soutenir le moral des troupes.
  16. John Coltrane « The Avant Garde » avec les musiciens d’Ornette Coleman soit Don Cherry (cornet), Charlie Haden (contrebasse), Ed Blackwell (batterie).
  17. Dans le quartier de Greenwich Village à New York, se trouve le Village Vanguard, LE club de Jazz. Une centaine d’albums Live at The Village Vanguard a été enregistrée depuis le premier en 1957. Le premier, justement, reste au sommet : Sonny Rollins « Live at The Village Vanguard ».

 

Ce livre est énorme, luxueux, indispensable, inépuisable, rare et cher. Faites des économies, lancez un appel à la charité publique, faites le vous offrir par un footballeur professionnel ou une top model. Vous ne le regretterez pas. L'édition actuelle disponible chez Taschen est à un prix gastronomique, la moiitié d'une nuit avec une fille d'escorte rencontrée dans un café des Champs Elysées. Soit vous trouvez la précédente édition d'occasion comme je l'ai fait soit, pour les petits budgets, vous vous offrez le petit volume consacré à La Nouvelle Orléans extrait de cette Bible du Jazz. Sauf si, en plus d'être footballeur professionnel ou top model, vous lisez des livres et aimez le Jazz.

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