L'aube du PJ5 se lève au New Morning

Publié le par Guillaume Lagrée

 

PJ5

Paris. Le New Morning

Mercredi 23 octobre 2013. 20h30.

 

Le PJ5 est composé de :

 

Paul Jarret : guitare électrique, composition, direction

Léo Pellet : trombone

Maxence Ravelomanantsoa : saxophone ténor

Alexandre Perrot : contrebasse

Ariel Tessier : batterie

 

Invités

Antonin Tri Hoang : clarinette basse, saxophone alto

Isabel Sorling : chant

Benjamin Belloir: bugle

Arno de Casanova : bugle

Aloïs Benoit : euphonium 

 

Premier concert du PJ5 au New Morning. La salle est comble. Tant mieux. J’ai été le premier à écrire sur leur album " Word ". Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à l’apprécier.

 

Ca attaque tout de suite avec la guitare en fusion avec la contrebasse. Puis le groupe soudé nous envoie des vagues d’énergie. Un petit gimmick planant de la guitare. Les souffleurs font péter par-dessus. Basse et batterie entretiennent la pulsation. Ca donne la pêche tout de suite. C’était « Over the lazy dog », clin d’œil à une certaine profession. Je n’ai pas deviné laquelle. Je vous laisse trouver, lectrices perspicaces, lecteurs efficaces.

 

« Eggs and clouds ». Un morceau plus ancien que le précédent. Moins efficace à mon goût même si l’omelette est onctueuse, baveuse et savoureuse. Maintenant, les œufs sont brouillés. Cela s’entend. A ma gauche, un trio de jeunes musiciens dont une jeune fille si petite qu’elle se tient debout sur son banc pour voir les musiciens. « Je plains les gens petits. Ils sont toujours les derniers à savoir qu’il pleut » (Peter Ustinov). La musique s’éteint dans un léger tintement de cymbales. 

 

Antonin Tri Hoang est l’invité surprise du concert. Lui, c’est un crack. A la clarinette basse. Il remplace Stéphane Guillaume qui joue ce morceau sur l’album. Antonin est dedans. Ca pulse avec la batterie. Le groupe démarre, léger et énergique. Vibrations positives, oui ! Cette musique élève l’âme, insuffle de l’énergie. Un vrai bain de jouvence. Cela fait du bien. Il y a tant de jeunes musiciens de Jazz pétrifiés par Bill Evans ou John Coltrane. Dialogue de basses entre contre et clarinette. Le batteur ponctue aux balais. De toute beauté. Le niveau du groupe a clairement monté depuis le concert auquel j’ai assisté. Jusqu’où s’arrêteront-ils ? Excellent pour soigner le vague à l’âme et le rhume de cerveau.

 

Antonin s’en va. Les souffleurs aussi. La rythmique reste. Superbe solo planant de guitare avec une réverbération maniée avec goût. L’air ondule. C’est frais, délicat. Le public retient son souffle pour écouter. Batterie et basse entrent dans la danse en grondant. Les souffleurs reviennent pour enchaîner sur un autre morceau. Nom de Zeus, que ça balance doucement ! Comme un palmier sous l’alizé, comme l’unique cordeau des trompettes marines. Paul Jarret sait composer des airs qui vous restent en tête sans vous soûler, qui vous donnent envie d’enlacer votre bien aimé(e). Cela marche sur le jeune couple à ma droite. Il a aussi l’intelligence de vous installer dans un confort, puis de vous surprendre, vous dérouter, pour mieux revenir à ce thème si confortable. Du sentiment, pas de sentimentalisme. Ils finissent donc sur Ashfield mon thème préféré de l’album « Word » du PJ5. 

 

Entre rythmique Rock et souffleurs Jazz, le charme fonctionne. C’était « Talk 1 » et « Talk 2 », tirés de l’album « Word », en toute logique.

 

«  Walk for free », inspiré d’une promenade barcelonaise, matinale et pluvieuse. Démarrage plutôt rock de la rythmique. Ca sent la liberté, le mouvement et même la Mer. C’est bien évocateur des rues, des automobiles. Bonne tension vers le final. Le quintet de Paul Jarret a du muscle.

 

PAUSE

 

Morceau écrit par Paul Jarret en hommage à ses racines suédoises. Sa mère, Suédoise, est dans la salle. S’ajoutent au quintet Isabel Sorling au chant, une Suédoise en bonne logique et trois souffleurs français (2 bugles, un euphonium). C’est la « Far North Suite » de Paul jarret, clin d’œil à la « Far East Suite » de Duke Ellington. La chanteuse se tient face aux souffleurs qui, eux, sont face au public. La symbiose s’opère entre voix et notes. C’est vraiment une suite avec des mouvements. Du jazz rock franco-scandinave. Ce n’est pas mon opium mais je reconnais que c’est bien fait.

 

La chanteuse, les trois souffleurs, le tromboniste s’en vont. Antonin Tri Hoang revient sur scène avec un sax alto cette fois. « City Owl ». L'homonymie du titre me fait penser aux élections municipales des dimanches 23 et 30 mars 2014. La campagne sera féroce. Cela s’entend. Droite et gauche s’étripent sur scène. Duel de saxs. 

 

Antonin s’en va. Léo Pellet revient. Pour « Emily’s sleep », une ballade tout en douceur., langoureuse à souhait, sur un souffle doux jusqu’au bout.

 

Le saxophone ténor relance avec un morceau énergique, dansant, vite repris par le groupe. Solo de trombone. Léo nous en donne à cœur de joie. Après un moment calme, un moment de tension, groupé, plus rock. Ca donne envie de danser en sautant en tous sens. Le public reste pourtant sagement assis à écouter. Solo de guitare puis le groupe repart à fond vers le final. C’est la chevauchée fantasque. Fin impeccable.

 

RAPPEL

 

« Ce qui est drôle, c‘est que d’habitude, c’est moi qui suis à votre place, qui applaudit » nous dit Paul Jarret qui n’a pas, heureusement, l’esprit star system. « Les seules étoiles sont dans le ciel » répondit Arturo Toscanini à une diva qui exigeait des égards car elle prétendait être une star. « Floor dance » titre éponyme du premier album du PJ5. Une sorte de dance version Jazz. Le premier solo de batterie du concert. Ariel lessive à haute température. Chacun prend son solo pour le morceau final : contrebasse, guitare, sax ténor. A mon avis, il eût été préférable de finir plus court, plus dense. Je chipote. Retour à l’air de danse, entraînant, pour le final. C’est comme ça qu’il faut jouer, les gars !

 

Salle comble, public comblé. Même le critique a apprécié. Grâce à Kisskissbankbank et quelques partenaires motivés, le PJ5 est en train de décoller. Le talent d’un jeune compositeur, interprète, directeur musical, Paul Jarret, est mis en évidence. Tant mieux. Comme le dit le général Norman Schwartzkopf après la première Guerre du Golfe : «  French troops have done an absolutely superb job ».

 

C'était donc mon dernier concert à Paris avant bien longtemps. J'ai bien fait de venir. Revenons en à l'album " Word ' du PJ5 présenté ci-dessous.

 

 

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