L'Evidence de Jean-Philippe Scali en sextet au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Jean-Philippe Scali Sextet

Paris. Le Sunside.

Samedi 14 septembre 2013. 21h30.

 

Jean-Philippe Scali : saxophones alto, baryton, soprano, composition, direction

Julien Alour : trompette, bugle

Jerry Edwards : trombone

Adrien Chicot : piano, Fender Rhodes

Simon Taillieu : contrebasse

Manu Franchi : batterie

 

18 mois après l'album " Evidence ", 16 mois après un premier concert, me voici de retour au Sunside pour un concert du sextet de Jean-Philippe Scali.

Groove bien présent dès le départ. Le leader est  à l’alto. Ca balance pas mal pour des Blancs français qui ont beaucoup écouté les Noirs américains. Solo acide de Jean-Philippe Scali conforté par la rythmique qui ronronne tranquillement. Solo de trompette à la Freddie Hubbard. Ce n’est pas « Red Clay » tout de même. Le tromboniste enchaîne. Ca brille et ça pète. C’était « The John’s Touch » un hommage à John Scofield et John Ellis.

 

« Korean folk song », morceau écrit suite à un voyage en Corée. En Corée du Sud je suppose car le Jazz musique démocratique est incompatible avec le Juche et la Corée du Nord. Honnêtement, je n’entends pas de touche coréenne dans ce morceau. Ca sonne toujours jazz soul des 60’s ce qui est bien agréable. Bon final groupé.

 

Adrien Chicot est passé au piano. Jean-Philippe Scali au baryton. Piano et contrebasse entretiennent le mystère derrière le son grave du leader. Le batteur fait rouler ses maillets sur les tambours pour que cela sonne encore plus mystérieux. Effet garanti. Le sax baryton fait un très beau son de corne de brume, de navire qui s’en va la nuit, dans la brume, vers le Nord. La trompette vient ajouter de l’éclat à ce chant d’adieu. Le trombone en remet une couche. Nous voilà englués dans le désespoir et l’abandon. Ca crie de partout et pourtant le navire s’en va. C’était un arrangement sur « Through Vouch » de Bill Frisell.

 

« Maria Teresa » hommage du compositeur à sa grand-mère. Sax soprano. Joli solo pour commencer. Ca sent le Sud, le citron, le soleil et le sel. Solo que le pianiste reprend avec des notes joyeuses. La grand-mère de Jean-Philippe Scali était une femme très positive et cela s’entend. Le groupe part sur une mélodie dansante, nostalgique et joyeuse à la fois. Maria Teresa era una donna per bene come dicono gli italiani. Le groupe est chaud, joue de mieux en mieux émotionnellement. Retour au solo de soprano sautillant au dessus de la rythmique. Le piano court comme un ruisseau.

 

« Little Liza Jane » un traditionnel tel qu’arrangé par Nicholas Payton. Nina Simone chantait magnifiquement cette chanson. Jean-Philippe Scali a un excellent contact avec le public, siat le chauffer, le mettre dans sa poche. Il est revenu au sax alto. Solo hard bop en diable. Le trompettiste attaque plus vite, plus haut, plus fort. Breaks de batterie. Ca casse du bois.

 

PAUSE

 

Il est à 23h20 à la reprise. Monsieur H a quitté la salle car même s’il a apprécié le premier set il lui faut rentrer de nuit sous la pluie en scooter. Rassurez vous, il est bien rentré chez lui.

 

Le groupe repart avec l’ « Autoportrait d’un chat sauvage » composition de Jean-Philippe Scali en hommage à Dick Rivers et « Goodbye Pork pie hat » de Charles Mingus.

 

Ca pulse bien fuky tout de suite. Sextet soudé. Julien Alour joue tranquille mais envoie toujours. Il s’échauffe et frappe plus fort. Nette influence de Mingus dans le jeu des cuivres. Le leader au sax baryton. 

 

Premier solo de contrebasse du concert. Pour lancer une composition de Charles Mingus, cela s’impose. Très gros son. C’est ce qu’il faut. Jean-Philippe Scali a repris le sax alto. Le groupe part sur « Goodbye Porkpie hat » magnifique thème écrit par Charles Mingus en mémoire de Lester Young et de son chapeau fétiche. Adrien Chicot mord le piano à pleines dents. Ils jouent la mélodie plus fort que l’original. Le feu de la passion les brûle.

 

« Fables of Faubus » (Charles Mingus). Le leader est au baryton. Ca pète pas mal. Orvell Faubus, gouverneur de l’Arkansas dans les années 1950, interidsait aux enfants noirs de se rendre dans les écoles blanches. Le président Einsenhower envoya l’armée américaine pour escorter ces enfants dans ces écoles. Parmi les enfants blancs de l’Arkansas à l’époque, il y avait un certain William Jefferson Clinton qui devint le premier président « noir » des Etats-Unis d’Amérique (lire son hommage à Sonny Rollins). Beau solo de saxophone baryton, sans accompagnement, grave, chuintant. Il va le chercher loin celui là.

 

« Jenny’s Day » composé pour la sœur aînée de Jean-Philippe Scali, lors de son anniversaire, le 4 mai 2013. Adrien Chicot est revenu au Fender Rhodes. La rythmique scintille de mille feux. A force de le réclamer , Jenny Scali a eu son morceau. Elle a bien fait d’insister. C’est charmant.

 

Il est 0h20, le groupe est chaud bouillant, prêt à nous faire battre la mesure dans nos mains mais, pour moi, le marchand de sable est passé. Il est temps de rentrer retrouver ma bien aimée. 

 

La musique de Jean-Philippe Scali devrait être remboursée par la Sécurité Sociale pour ses effets dynamisants et revitalisants sans risque d’addiction ni d’effet secondaire. Si vous le voyez passer en concert près de chez vous, courez y en bonne et joyeuse compagnie, délicieuses lectrices, charmants lecteurs.

 

 

 

 

 

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