L'If Duo Bruno Angelini/Giovanni Falzone enregistré en concert au Blanc Mesnil

Publié le par Guillaume Lagrée

If Duo

Le Blanc Mesnil. Le Deux Pièces Cuisine.

Vendredi 17 juin 2011. 20h30.

L'If Duo est composé de

Bruno Angelini: piano, compositions

Giovanni Falzone: trompette, grognements, borborygmes, bruitages, sifflements, compositions.

Giovanni Falzone + Bruno Angelini

 

La photographie du duo Bruno Angelini/Giovanni Falzone est l'oeuvre de l'Admirable  Juan Carlos HERNANDEZ.

Concert diffusé dans l'émission Jazz Club d'Ivan Amar sur France Musique et enregistré par Abalone Productions.

Après "  Songs volume 1 " composé par Giovanni Falzone, voici, le temps d'un concert, la présentation de " Songs volume 2 " composé par Bruno Angelini.

Bruno Angelini réside au Blanc Mesnil, en Seine Saint Denis, Ile de France, France et y termine une résidence de deux ans.

Ce concert était divisé en deux parties.

D'abord, un spectacle monté avec la professeur de musique et les élèves d'une classe de 4e du collège Eugénie Cotton du Blanc Mesnil dans le cadre de l'opération " Art et culture au collège " du Conseil général de la Seine Saint Denis.

Puis le nouveau répertoire de l'If Duo dont le tronc solide donne de nouvelles branches, de nouvelles feuilles et de nouveaux fruits en cet été 2011.

Bruno Angelini a fait travailler les collégiens (13-14 ans) sur Django Reinhardt. Les enfants ont écrit des paroles en français sur Minor Swing, Nuages, Django (John Lewis) et Sweet Georgia Brown, un standard que jouait Django avec Stéphane Grappelli dans le quintette du Hot Club de France.

16 enfants sur 25 sont venus chanter, les plus motivés. Bruno est au piano. La chorale d'enfants est dirigée par la professeur de musique. C'est charmant, encore perfectible mais déjà du beau travail.

Le style des Double Six se poursuit. C'est réjouissant et rafraîchissant comme les Nuages.

Django de John Lewis, le seul hommage écrit par un Jazzman américain à un Jazzman français, à ma connaissance. Les enfants en ont fait une chanson émouvante sur un Génie parti trop tôt (1910-1953).

Sweet Georgia Brown finit ce spectacle dans la joie et la fraîcheur.

PAUSE

Giovanni commence par siffler dans une sorte de sifflet en bois avant de faire gémir l'embouchure de sa trompette. Jeu de cris et de souffles. Bruno déroule une vague apaisante au piano. La trompette démarre avec un son épais, velouté. Un vrai risotto que cette musique. A l'agitation du trompettiste répond la douceur du pianiste. Giovanni réinvente la trompette wah wah. Le piano est fluide, puissant comme une douce vague qui nous touche, s'en vient et s'en va. Sans électronique, Giovanni sort de multiples sons inouïs de sa trompette marine. Dès qu'il pose le son, c'est chaud et bon. C'est un blues méditerranéen, ensoleillé et brumeux à la fois. C'était " La vie est un (men)songe ".

" Déontologie Blues " un morceau politique. Morceau sarcastique aussi. Giovanni lance un wah wah féroce à la trompette. Puis il joue direct. Ca attaque et ça mord. Morceau agité, nerveux, inquiet. A croire que la trompette fait des " Moa, Moa " dignes d'énormes ego. Bruno joue dans les medium, les graves. L'heure est grave. Le morceau aussi.

" a place.zen ". Ballade introduite en piano solo. Calme, douceur, relâchement. La trompette vient poser sa griffe tendre sur ce doux tapis. C'est beau comme un jardin ouvert sur la mer, sous la brise. Vous voyez d'ici le tableau. Impressionniste. Ca touche sans avoir l'air d'y toucher. Solo de piano d'une pureté digne de Ran Blake. La trompette devient chuchotement, froissement, bruissement d'ailes de papillon jusqu'à s'éteindre.

" Il Fanfarone ", hommage au Fanfaron ( " Il Sorpasso " en italien, film de Dino Risi (1962) avec Jean Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans le rôle du Fanfaron).  Morceau chanté par Thierry Péala avec Bruno Angelini et Francesco Bearzatti. Film comique à la fin tragique, bref une comédie italienne. Joyeux dialogue piano/trompette plein de vibrations, de gags musicaux. La trompette sonne comme la voix de Donald Duck. Le wah wah, style de trompette des années 20, prend un sacré coup de jeune sous les doigts et le souffle de Giovanni Falzone. Le piano et la trompette sautillent joyeusement. Superbe solo de trompette moqueur et profond en même temps.Bruno enchaîne sur un air mélancolique et dansant. Piano solo. Giovanni s'éloigne au fond de la scène. Bruno explore son piano, le fait parler, chanter mais sans violence. Giovanni le rejoint pour jouer trompette ouverte une complainte puissante. Macche bella la musica!

Bruno prépare son piano, pinçant les cordes dans le corps de l'instrument, y plaçant quelques objets. Le piano sonne avec un effet de réverbération. Trompette bouchée au son salé, âpre. Giovanni n'est pas Sicilien pour rien. Tout en douceur, en rêverie. Giovanni grogne, gémit, explore les sonorités de sa trompette. Une embouchure et trois pistons ne suffisent pas à son imagination. Cela fait rire un enfant. Giovanni est un homme habité par la musique. Il danse au son du piano solo. Après la douceur, le piano attaque dans le grave. Ca swingue. Giovanni fait la sirène d'alarme. Il semble frappé par la violence des traits qu'il lance. Le piano gémit, gronde sous les assauts des doigts de Bruno. Giovanni fait aussi des vocalises étranges qui amusent l'enfant, un garçon de 7 ans. C'était " (R)évolutions " en hommage au Printemps arabe.

" Solange 2011 ", nouvelle version d'un morceau de Bruno que j'ai entendu souvent chanté par Thierry Péala en trio avec Bruno Angelini et Sylvain Beuf puis Francesco Bearzatti (saxophones). Solange est un hommage à la grand-mère décédée de Bruno. L'autre grand mère est présente au concert ce soir. Je reconnais bien cette belle ballade. Piano solo. Intro respectueuse, majestueuse, tendre. Une des magies de l'art est de faire revivre les êtres chers qui ne sont plus. Marcel Proust en fit toute une oeuvre. Bruno Angelini en fait un morceau. Trompette en sourdine. Giovanni ne sonne pas comme Miles Davis avec la sourdine Harmon. C'est suffisamment rare chez les trompettistes actuels pour être signalé. Giovanni passe à la trompette ouverte et l'air se libère. C'est beau, ça balance doucement, tendrement. 

" Salto nel vuoto " écrit par Giovanni Falzone pour " Songs volume 1 " puis " L'indispensable liberté " écrit par Bruno Angelini pour illustrer " Les roses noires " un documentaire sur les jeunes filles de banlieue dont celles du Blanc Mesnil.

" Salto nel vuoto ". En français, " le saut de l'ange ". Morceau vif, périlleux, dynamique. Ca part, fuse, vibre. Finalement, ils se posent en douceur.

" Je suis né pour te connaître pour te nommer Liberté " (Paul Eluard). Ils repoussent les murs en jouant cette musique. Ils lèvent les voiles aussi. C'est beau, nom de Zeus!

RAPPEL

Giovanni commence. Ca pète, ça claque. Le piano vient remuer encore plus la sauce. Giovanni développe le thème. Le piano caresse le tout. Ca plane pour nous. Le public suit les consignes données en début de concert. Pas un bruit pendant les morceaux pour ne pas perturber l'enregistrement. Une fois la musique finie, tonnerre d'applaudissements.

Au final, je me réjouis d'avoir fait partie des happy few présents au Deux Pièces Cuisine, au Blanc Mesnil ce vendredi 15 juin pour assister en direct à la création du nouveau répertoire de l'If Duo Bruno Angelini/Giovanni Falzone. Je félicite France Musique d'avoir fait le déplacement aussi pour diffuser ce concert sur les ondes et sur la Toile. J'attends le résultat dans quelques mois qui, grâce à Abalone Productions, permettra de récompenser ces musiciens pour leur authenticité, leur intensité, leur esprit aventureux. Que les dieux et les muses protègent l'If Duo!

 

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