La Fée Claudia Solal enchante l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Claudia Solal & Spoonbox. Room Service .

Paris. Studio de l'Ermitage. Mercredi 5 mai 2010. 21h.

 

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La photographie de Joe Quitzke est l'oeuvre du Percutant Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Claudia Solal: voix

Jean Charles Richard: saxophones soprano, baryton

Benjamin Moussay: piano, claviers

Joe Quitzke: batterie

 

Ca commence dans le beau bizarre. Le son grave, chuintant du baryton se mêle au fluide des claviers. Ca plane déjà. Le chant de Claudia est sensuel et impérieux. Jean Charles Richard passe à l'aigu du soprano pour ajouter du piquant à la sauce. Joe Quitzke soutient, à l'écoute, tout en puissance contenue.

 

Enchaînement direct sur une autre ambiance plus agressive, plus dansante. " Suffer me to kiss thy mouth ", comment résister à un tel ordre chanté par la fée Claudia Solal? C'était l'histoire de Salomé par Oscar Wilde.

 

Benjamin Moussay s'est remis au piano entre cordes et touches. Cela ressemble à l'ordre de l'album: premier puis deuxième morceau. Le piano sonne à la fois comme une grande guitare et un piano. c'est magique. Duo avec la voix comme pour le précédent album de Claudia "  Porridge days ". C'est enivrant comme l'odeur d'un sous bois en automne après la pluie.

 

Le groupe repart. Vif échange piano/voix/soprano. Sur un cri de Claudia, Joe Quitzke s'ajoute. Bruits de trafic automobile en ville. Une sorte de course poursuite musicale s'engage. Claudia est censée marcher, selon les paroles de la chanson, mais ça sonne plutôt comme une course folle. Batterie et baryton percutent. Les claviers gronent. La voix de Claudia s'envole au dessus de cette masse organique en fusion.

 

Les bruits s'arrêtent. Le piano pose le silence. Claudia étire le temps. Joe Quitzke balaie doucement ses tambours. Son immense du saxophone baryton grand comme la Mer sous le vent. La voix de Claudia bondit sur les vagues souple, vive, légère, colorée comme un saumon. David Liebman lui même considère Jean Charles Richard comme une pointure. C'est son avis et je le partage.Une petite fille de 3 ans crie " Bravo! " à la fin du morceau. C'était " Blocks " (JC Richard) puis " Sound Scape " (B. Moussay).

 

" Double rabbit ". Il ne s'agit pas d'un lapin mais d'un hôtel. Plein de petits bruits bizarres pour commencer. Benjamin Moussay installe des boucles de dance floor déjanté. La batterie remplit les creux des boucles rythmiques des claviers. Ca repart en swing années 30 survitaminé. JC Richard arrive à faire de l'aigu avec le baryton. Retour à l'électro. Joe Quitzke prend un jeu funky. Tchik Pam! L'instant d'après, virage brutal vers le Swing. JC Richard est passé au soprano. Cela s'agite comme des arbres sous l'orage. Le séjour dans cet hôtel n'est pas de tout repos.

 

" The winter of our discontent ". Les anglophones raffinés auront remarqué que ce titre fait allusion au monologue introductif du  " Richard III " de William Shakespeare. Benjamin Moussay commence avec des cloches, des corbeaux et du vent. Shakespearien en diable. Les notes aigues du piano coulent sur le souffle chaud, grave du baryon. Joe touille aux balais. Ca balance comme dans un beau navire à voile. Duo piano/saxophone baryton de très haut vol. De nombreux musiciens plus célèbres et mieux payés peuvent aller se rhabiller face à Benjamin Moussay et Jean Charles Richard. Solo de batterie aux maillets. Les tambours roulent, crachent leuts ténébreux mystères. Retour du piano puis du chant. Le quartet repart en bloc. Ca dégage les bronches. Belle musique de films de vampires rock'n roll. Tout se calme pour un duo piano/voix venu d'un autre monde. Retour au thème originel par le baryton. Après les chemins de traverse sous l'orage, retour à la grand route au soleil. Claudia et Benjamin jouent ensemble depuis 2003 Le groupe Spoonbox s'est formé en 2006. Ils se sont rodés avant d'enregistrer. Ce soir, après avoir déposé le fruit de leurs travaux dans un album, le groupe prend un nouveau départ.

 

" Tara's room ". C'est la rencontre imaginaire entre un personnage de livre pour enfants de Maurice Sedank  et l'Ophélie de Shakespeare.Il y a un côté " Little Nemo in Slumberland " dans les chansons de Claudia Solal. Un monde imaginaire, enchanté par une femme qui a su ne pas perdre l'imaginaire et l'émerveillement enfantin.

 

Claudia reprend son livre de poèmes d'Emily Dickinson. Elle le lit accompagnée par les musiciens qui improvisent. Enfin, elle lit. Pas comme une institutrice. Elle improvise une lecture plutôt. Claviers et batterie s'amusent. Claudia chante l'enfant folle. Solo de baryton qui va, court, vole et nous enchante. Ca part sur un swing superbe. Piano, batterie, sax baryton envoient la fusée Claudia Solal chatouiller les étoiles. Tout s'apaise pour un solo de piano impressionniste. La voix le rejoint dans un souffle. JC Richard arrive même à sortir un son velouté d'un soprano. Cet homme est un magicien sonore. Peut-être tenons nous là le digne descendant de Jimmy Giuffre.

 

Après le jeu avec le silence, le jeu avec les bruits. Il se passe tellement de choses que ce n'est pas racontable. Ils s'amusent comme des grands enfants, pleins de fantaisie.  " I am a very lucky girl. I can invent things. " Cela résume bien le jeu et l'art de Mademoiselle Claudia Solal. C'était " Jelly Bird Pie ".

 

Un morceau qui ne figure pas sur l'album: " Throwing Party ". Duo vif léger, léger, printanier entre piano et soprano. La batterie scintille derrière. Effectivement, des objets volent dans tous les sens. Jolis bruitages électroniques de DJ Benji. La voix de Claudia chante une belle mélodie sur cet univers étrange et nocturne.

 

Solo de piano. Ca ressemble à du Jazz mais pas au sens classique du terme. Quoique... Une nouvelle histoire de lapin, de terrier cette fois. " In my rabbit's home ". Duo piano/voix enchanteur. Duo piano/soprano maintenant. Ca s'appelle jouer sur du velours. Retour au duo ludique piano/voix.

 

" Room Service " le titre album.Son aigu du soprano. Les claviers grondent. la batterie menace. La voix domine. Claudia Solal applique la devise des Lyonnaises ce soir: " Soie naturelle et rayonne ". La musique s'enflamme. Il ne reste pas grand chose de cet hôtel.

 

RAPPEL

 

" Porridge days ", titre éponyme du précédent album de Claudia Solal en duo avec Benjamin Moussay. Cette fois, c'est joué à 4. JC Richard ajoute la délicate aigreur du saxophone soprano, Joe Quitzke le scintillement de sa batterie. Ca sonne beaucoup plus brutal qu'en duo. C'est un autre genre de beauté. Ca décolle sévère.

 

Quelle est celle qui paraît comme l'aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil et redoutable comme une armée sous les bannières? Ce soir, à l'Ermitage, c'était Claudia Solal.

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