La tournée du Grand Viret au Duc

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Trio de Jean Philippe Viret

Paris. Le Duc des Lombards. Mardi 30 mars 2010. 20h.

 

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Jean Philippe Viret: contrebasse

Edouard Ferlet: piano

Fabrice Moreau: batterie

 

 

La photographie de Jean Philippe Viret et Edouard Ferlet est l'oeuvre de l'Unique Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

 

 

Plus d'un an après, me voici à nouveau face au trio équilibré et créatif de Jean Philippe Viret.Introduction à la contrebasse qui chante tout de suite sous les doigts ailés de Jen Philippe Viret. Les maillets caressent la batterie. Edouard Ferlet vient ajouter une touche de sfumato à la toile. Nom de Zeus, c'est beau! Quelle finesse dans l'échange.Baguette main droite, balai main gauche, Fabrice Moreau varie nos sensations. La musique vole comme un grand catamaran au dessus des flots: légère, rapide, sans se poser. Viret creuse alors que les deux autres nettoient l'espace. La musique monte en puissance avec équilibre et mesure. Le thème obsédant revient par instants. De quoi hanter nos nuits en douceur. C'était " Not yet " (Viret).

 

" Vert " (Fabrice Moreau). intro au piano romantique en diable. Des petits coups d'archet marquent des pas de danse lente. Serait ce " Vert " ou " Verre " tant ce morceau est fragile et clair? Retour au vert avec la musique qui s'agite comme un pré sous le vent. Puis le calme. C'est somptueux, tout simplement.

 

Un morceau plus pêchu mais toujours dans la finesse. Fabrice tient ses baguettes comme un gourmet chinois. Ca pulse, ça gronde.Jeu d'alliances sonores entre les cordes du piano et celles de la contrebasse. Ca pince et ça vibre. Un type bizarre ne cesse de faire des allées et venues à côté du bar. Il passe, s'arrête, reste 1 ou 2mn debout à écouter la musique, s'en va puis revient et reprend le même manège. C'est dire si cette musique inspire la passion. Effets de souffle, de vibration. Ils s'arrêtent et le silence devient leur musique. Ils jouent des nouvelles compositions avant de les enregistrer en studio alors qu'habituellement les musiciens viennent défendre sur scène un nouvel album. C'est la méthode de Prince. Tester la réaction du public à de nouveaux morceaux avant de les enregistrer.

 

Nouvelle composition d'Edouard Ferlet que j'appelerai " Shine " pour simplifier. Ca brille derrière la brume. Ce tro aime les jeux d'ombre et de lumière, comme des marines du Lorrain en musique. Le jeu du pianiste est très nettement inspiré de l'école française: Debussy, Satie. Cette musique est comme le flux des vagues venant inlassablemnt mourir et renaître sur la plage. Mon ame rêveuse s'envole. Tout ce qui brille n'est pas or mais ce " Shine " n'a pas de prix.

 

Un petit swing grave. Une sorte de Blues décalé. Ca change. Le piéton du Duc a cessé son manège. Jeu de bruitage entre percussions, contrebasse, piano. Fabrice fait tinter les rebords métalliques d'un tambourin. Ca monte en transe mais, à la française, sans mysticisme. C'était " Page 345 " (Ferlet).

 

" La barge rousse " (Viret) est un oiseau migrateur capable de faire 11500km sans escale. Chapeau, l'oiseau! Viret fait des passes magiques sur ses cordes. Fabrice tapote ses tambours. Retour du piéton pour 1mn. Peut-être est-ce le gars de la plonge qui s'octroie une pause de temps en temps? Edouard joue du cymbalum avec les cordes de son piano. C'est d'une beauté saisissante évoquant le voyage, la liberté, la fidélité. L'oiseau sait d'où il vient, où il va. Les notes bondissent de la contrebasse comme des dauphins hors de l'eau. Edouard a pris des maillets pour tapoter les cordes du piano. Le trio se lance, file haut et droit comme l'oiseau dans l'azur. " Bravo! " comme dit la dame derrière moi.

 

" Peine perdue ", morceau du dernier album du trio. Intro par un jeu d'archet classique, très rapide. Le piano court au même rythme. Ca sonne comme une belle voiture de sport, rouge vif, montant une route en lacets à vive allure. Le héros va t-il arriver à temps pour délivrer sa belle du château du Roi Krogold? La contrebasse chatonne sous les tapotis de l'archet. Puis elle chante à pleine voix quand l'archet la masse. Quelle somptueuse musique de film romantique! Du sentiment mais pas du sentimental. Fin nette comme un Stop.

 

Le répertoire change, l'identité du trio de Jean Philippe Viret demeure. Réjouissons nous et profitons en.

 

 

 

 

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