Lalo Zanneli et Ombu chauffent le Café de la Danse

Publié le par Guillaume Lagrée

Lalo Zanelli et Ombu

Café de la Danse. Paris.

Mardi 15 février 2011. 20h

Concert pour fêter la sortie de l'album Memoria Colectiva chez Buda Musique.

 

 

Lalo Zanelli: piano, chant, compositions, arrangements, direction

Tomas Gubitsch: guitare électrique

Juanjo Mosalini: bandonéon

Carlos " El Tero " Buschini: basse

Laurent Robin: batterie

Inor Sotolongo: percussions

Leandro Guffanti: saxophones ténor, soprano

Kengo Saito: sitar

Juanito Juarez y Gabriela Fernandez: danse tango

Fermin Juarez: danse " zapateo y boleadoras "

La photographie de Lalo Zanelli est l'oeuvre du Vertigineux Juan Carlos HERNANDEZ.

Lalo Zanelli

 

Pour les amateurs de comparaisons, voyez ma chronique d'un précédent concert de ce groupe à Paris, au Réservoir, en 2005.

 

Au Café de la Danse, le bar est sur un balcon qui domine la scène côté droit. Cela permet de ne rien perdre du spectacle sans craindre la sécheresse du gosier. Par ailleurs, il est aussi possible de s'asseoir en face de la scène mais sans bar. On ne peut pas tout avoir.

 

Devant moi, un conflit de générations. Une fille de 10 ans fait une scène à son père de 40. Il ne fléchit pas. Espérons que la musique adoucira la peine de cette enfant.

 

Ouverture des portes à 20h. Démarrage du concert à 20h55. Ca claque, ça bat des mains et des pieds, ça vibre très fort dès le départ. Le bandonéon installe la nostalgie alors que la basse, la batterie, les percussions créent une chaude vibration, la guitare électrique apporte sa touche de modernité et le piano règle le tout. Le tout fait une bonne soupe chaude, nourrissante avec des vrais morceaux de tango dedans.C'est vraiment un groupe de scène.

 

" Piel " morceau du premier album.Arrivée sur scène du saxophoniste Leandro Gufffanti. Au ténor. Il se signe avant de jouer comme Diego Maradona. Ballade un peu mielleuse avec une bonne pulsation derrière. L'ombre de Gato Barbieri plane sur ce morceau.Sauf qu'ici je n'entends qu'un saxophoniste. Avec Gato Barbieri, du temps de sa splendeur passée, je crois en entendre deux en même temps. Cela devient funky. Buenos Aires rencontre New York sur scène à Paris. Ca balance tellement bien qu'un couple vient danser le tango devant la scène. Ce sont des professionnels manifestement. A les voir on comprend vite pourquoi le pape Pie X a interdit la pratique du tango à ses fidèles. Les danseurs s'éclipsent aussi discrètement qu'ils étaient arrivés. Ils reviennent pour conclure avec le groupe.

 

" Tierra Cuna " mélange de baguala et de zamba. La zamba est argentine alors que la samba est brésilienne. Sachant que ces pays sont voisins, que les mots sont proches même si les langues sont différentes, la nuance est subtile pour un Français ignorant comme moi. Le tempo est très marqué. Lalo Zanelli me convainc moins comme chanteur que comme pianiste et chef de bande. Devant moi, la petite demoiselle s'est apaisée. Elle écoute sagement la musique.

 

Leandro Guffanti revient sur scène pour prendre un saxophone soprano. Jolie ballade claire, scintillante. Intro au piano. Le groupe démarre. Le son aigre du soprano s'élève au dessus de la masse charnelle du groupe. Cette musique parle d'exil, d'absence. Elle me parle ce soir.

 

" Ida sola " ou " Aller simple ", sous entendu pour la France. C'est une zamba argentine et non pas une samba brésilienne. Attention à ne pas confondre! On risque l'incident diplomatique. Saxophoniste et guitariste ont quitté la scène. Ballade introduite en piano solo. La guimauve guette mais est évitée grâce à l'apport du bandonéon. Cette musique respire la nostalgie de la terre natale. Beau final surprise.

 

" Super Gaucho " au rythme du malambo. Très percussif, énergique. Retour du guitariste sur scène. Le public bat la mesure. C'est  viril comme l'indique le titre. Un homme vient devant la scène tenant deux cordes dans ses mains. Il les fait tourner, claquer sur le sol, battant la mesure en rythme avec la musique. Très beau numéro visuel et sonore. Le genre de cordes qui devait servir à fouetter les esclaves noirs en Argentine (25% de Noirs à Buenos Aires au XIX° siècle). En fait ces cordes avec boules (bolas)  servaient à attraper le bétail. Servaient-elles aussi à attraper des fugitifs? Je laisse les lecteurs historiens chercher. Le groupe chauffe à blanc. C'était Fermin Juarez danseur de zapateos y boleadoras.

 

Grosse ligne de basse pour commencer. Ca balance mais plus énergiquement qu'un hamac sous la brise. Le bandonéon vient ajouter sa touche de velours. Ca groove et c'est nostalgique en même temps. La classe, quoi. Ca accélère en souplesse. Mon voisin de droite est un Français enthousiaste qui bat la mesure des pieds et des mains. Ma voisine de droite, Espagnole, elle, écoute religieusement. La musique devient puissante, énergétique, passionnelle, fusionnelle. Bref, un grand moment de vie. C'est le premier concert du batteur et du percussionniste avec ce groupe. Ils s'en sortent mieux que bien.

 

" Ticama " une ville du Nord de l'Argentine près de la Bolivie. C'est un rythme typique de cette ville. Je n' en ai pas capté le nom. Désolé. Le saxophoniste revient, au soprano. C'est très rythmé, dansant. L'image de la danse indienne s'impose immédiatement à l'esprit. Ca s'énerve franchement, déménage bien.

 

Le sax s'en va et Lalo annonce le dernier morceau. " Non! Ah Non! " s'exclame une spectatrice. C'est " Memoria Colectiva " le titre album. Le piano attaque dans les graves. C'est souple, chaud. Le batteur est aux balais. Le couple de danseurs est revenu nous donner la leçon de tango par l'exemple. Le guitariste se lance dans un blues. Les danseurs s'en vont. Beau dialogue entre le bandonéon et la guitare électrique au son mouillé. Alors que le thème revient, les danseurs aussi. La petite fille va beaucoup mieux. Elle applaudit avec enthousiasme.

 

Le rappel est demandé énergiquement et obtenu promptement.

 

" Tema de Malia " dédié à la fille aînée de Lalo Zanelli. Ballade tout en douceur qui commence en piano solo. Ca devient vite une berceuse chaloupée. Un petit bijou d'amour et de douceur. Elle en a de la chance cette demoiselle d'avoir un papa qui lui écrit une si belle musique.Ca marche. Devant moi, la petite demoiselle s'est réconciliée avec son papa qui la prend dans ses bras. Comme dans le poème de Charles Baudelaire " mon âme réveuse appareille vers un ciel lointain ". La console de l'ingénieux du son est devant moi. Le volume baisse doucement jusqu'à 60 db pour remonter à plus de 90 sous les applaudissements.

 

" Safran pour Margot " dédié à la deuxième fille de Lalo Zanelli. Il n'y en a pas de troisième. Comme me l'a dit un ami, père de deux filles puis d'un garçon: " J"aime tellement les filles que j'en fais! " .Un joueur indien de sitar monte sur scène, s'accorde. Ca démarre doucement. Le morceau devient vite agité, bien plus agité que le précédent. Ces deux demoiselles ne doivent pas avoir le même caractère. Morceau festif avec solo de guitare électrique dedans. Le sitar vient ajouter sa couleur. Cela se termine dans ce nouveau métissage. Musiciens et danseurs viennent nous saluer et nous remercions vivement Lalo Zanelli " aux compositions, aux arrangements, à la désorganisation " comme le présente un de ses musiciens.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article