Le Blues au piano par Antoine Hervé

Publié le par Guillaume Lagrée

Le Blues au piano

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé

 

Mardi 16 mars 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

 

 

 

Antoine Hervé

La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Bluesy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

 

Le professeur Hervé nous explique le rôle du piano pneumatique dans l’apprentissage des pianistes de Jazz. Thelonious Sphere Monk a appris le piano en regardant le piano pneumatique. En regardant, en restituant, en se trompant, les musiciens ont créé. Pour jouer le Blues au piano, Antoine Hervé porte un beau chapeau que le mélomane averti retrouve sur certaines de ses pochettes d’albums. En bref, cet homme travaille avec chapeau, pas du chapeau.

 

Au début, la musique est très simple. Démonstration avec un Blues basique et une petite pulsation. La Blue Note  : les degrés 3, 5 et 7 sont abaissés d’un demi ton. C’est une complainte car cela vient de la voix humaine. Effectivement, cela sonne bluesy. «  Pendant longtemps j’ai cherché à jouer les blue notes et je n’y arrivais pas. Et puis je me suis dit que j’étais Blanc, Juif et que je devais jouer ma musique : Gershwin, Kern, Hammerstein, Irving Berlin. J’ai laissé tomber les blue notes » (Lee Konitz).

 

La musique de la Nouvelle Orléans est faite pour danser, jouer dehors. Le Blues est monté en ville, avec la nostalgie du Sud. « Do You know what it means to miss New Orleans  ? ». Certains esthètes raffinés comparent le thème de cette chanson avec la célèbre prière juive " Si je t'oublie, O Jérusalem ". C’est le Blues du campagnard émerveillé par la grande ville, la démarche hésitante du péquenot sur le trottoir goudronné.

 

« Blue Monk » le morceau par lequel Thelonious Sphere Monk introduisait tous ses concerts. Le Blues urbain et extra terrestre de Thelonious Monk (1917 – 1982).

 

Dans les années 1930 apparaît le boogie woogie qui fait valser les fauteuils. Mon premier concert de Jazz,  ce fut du boogie woogie à l’âge de 6 ans, sous la conduite paternelle. Beau souvenir. C'est là que j'ai attapaé le virus du Jazz. Pinetop Smith, auteur de « Pinetop Boogie Woogie ». basée sur la grille du Blues, cette musique vient du rythme des trains (les bogies sur lesquels les vagabonds voyageaient cachés sous les trains). Le piano romantique vient du rythme du cheval (démonstration par Antoine), le boogie woogie du rythme des trains à vapeur (démonstration). Quant au TGV, il  a inspiré un morceau à Eric Le Lann.

 

Dans le boogie woogie, des duels d’improvisation avaient lieu entre musiciens, after hours (Voir le film de Martin Scorsese ou  écouter Dizzy Gillespie avec les deux Sonny, Rollins et Stitt). Les musiciens jouaient jusqu’au bout de la nuit, jusqu’à ce que l’adversaire craque et cesse de jouer. Démonstration du shuffle avec Just a gigolo.

 

Après la démonstration, Antoine joue sur du velours avec « Learning the Blues ». A ma montre, il est 20h10, au feeling, il est 3h10 du matin. Petite citation de « Smoke gets into your eyes » (Cole Porter), la chanson préférée d’Eva Braun.

 

Meade Lux Lewis et ses tremolos d’accords, un Maître du Boogie Woogie. Démonstration par l’exemple de trémolos, pas mollos. Le Chicago breakdown de Big Maceo. La main gauche est lourde et rapide à la fois. Menphis Slim, pianiste et chanteur, pilier des clubs de Jazz parisiens des années 1950 aux années 1980.

 

La pulsation peut être binaire ou ternaire. Style Fast and Furious dont le nom révèle l’essence.

 

Autre genre, le style lazy de La Nouvelle Orléans et le « Blueberry Hill » de Fats Domino qui a fait le tour du monde.

 

Le Blues peut avoir un rythme latin. 3 notes dans une mesure. 2 longues puis une courte. Démonstration de habanera avec Bizet « L’amour est enfant de Bohême » dans « Carmen ». Petit à petit, en accélérant le rythme, Antoine Hervé traverse l’Atlantique pour arriver de l’Espagne à l’Amérique.

 

Le Blues peut aussi se jouer en binaire. Comme le chantait Muddy Waters : «  The Blues had a baby and they named it Rock’n roll ». A la main droite, les appoggiatures comme on dit rue de Madrid (Paris, 8e arrondissement, siège du Conservatoire supérieur de Paris, conservatoire national de région pour l’Ile de France), la rue où vous pouvez entendre répéter des clarinettistes à 8h30 le matin. Dans le chant classique européen, le chanteur doit sonner comme un instrument, le plus propre et le plus net possible. Au contraire, dans le Jazz, ce sont les instrumentistes qui doivent sonner comme les chanteurs qui eux imitent des bombardiers, des mitraillettes, des loups, des camions, des locomotives, des chevaux…

 

Autre école, le trumpet piano style d’Earl Hines, ancien trompettiste qui fut le meilleur pianiste de Louis Armstrong, transposant au piano les innovations de Louis à la trompette. Les trémolos d’Eral Hines imitent la trompette, l’harmonica. Earl « Father » Hines, le père des pianistes de Jazz.

 

Antoine Hervé ne tient pas parole. Il chante. Toutefois il ne pleut pas dans la salle. Dans le cadre des 12 mesures, les accords de passage passent très bien. Les doigts sont écartés au maximum pour couvrir une palette plus large sur le clavier. Démonstration de walking bass : la basse marche, même au piano. Des pianistes comme Count Basie, Duke Ellington ont emprunté des solutions harmoniques à Debussy, Satie, Ravel, Stravinsky.

 

Exemple de Blues en mode mineur avec Expressions de John Coltrane. Puis d’un Blues à 6 temps avec Footprints de Wayne Shorter. John Coltrane est allé vers l’Afrique, le modal avec un son énorme. Antoine Hervé nous imite Mac Coy Tyner le pianiste de John Coltrane. En ré majeur, c’est un Blues classique. En ré mineur, c’est un Blues à la Mac Coy Tyner.

 

Un autre Blues en mode mineur, rapide, « Steps » de Chick Corea (album « Now he sings, now he sobs » avec Miroslav Vitous et Roy Haynes. Attention, chef d’œuvre !).

 

« Rambling » d’Ornette Coleman, un Blues inspiré par la Nouvelle Orléans.

 

Après ce panorama de l’influence du Blues sur le Jazz, le Professeur Hervé aborde celle du Blues sur le Rock’n roll. 

 

Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Chuck Berry, autant d’influences majeures pour les rockers anglais des 60’s. Les Rolling Stones firent passer Howlin Wolf et Muddy Waters à la télévision américaine, les sortant des studios de Chess Records où ils les avaient trouvé employés à repeindre les murs. « Si vous deviez donner un autre nom au Rock’n Roll, vous devriez l’appeler le Chuck Berry « (John Lennon). «  Je me demandais pourquoi Chuck Berry parlait toujours de son putain de pognon et jamais de sa putain de guitare. La première fois que j’ai joué sur scène avec lui, j’ai compris pourquoi il ne parlait jamais de sa putain de guitare »  (Keith Richards). « Seuls ces crétins de Blancs Américains croient qu’Elvis Presley est le Roi du Rock’n Roll. Le reste du monde sait que c’est Chuck Berry »  (Miles Davis). Exemples de Blues des Rolling Stones avec « Love in vain » et « Back street girl ».

 

Le Blues est devenu classique. Il est imité, joué. Chez Baudelaire, c’est le spleen. Le bleu est la plus profonde des couleurs. En breton, glaz signifie à la fois bleu et vert car la Mer passe sans cesse de l’un à l’autre.

 

En rappel, « Satisfaction » des Rolling Stones. Jolie improvisation dans l’esprit du Blues traditionnel sur un standard du Rock’n roll. Le public, lui, est satisfait.

 

Un regret tout de même: le professeur Hervé n'a pas évoqué le plus flamboyant des pianistes de la Nouvelle Orléans, Mr Jelly Roll Morton bien connu des lecteurs de Jazz et Erotisme.

 

Voici les dates et les thèmes des prochaines leçons de Jazz à l’Auditorium Saint Germain des Prés, toujours à 19h30 :

Jeudi 1er avril « Richard Clayderman et le complexe du chandelier » (Richard Clayderman est un Premier prix du Conservatoire de Paris comme Michel Legrand et Jean Luc Ponty. Respect.). Je ne serai pas à Paris ce soir là.

Lundi 28 juin : « Les rythmes africains » avec Mokhtar Samba, batteur et percussionniste sénégalais. Je veillerai à y être.

 

 


 
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