Le Collectif BLO s'est lancé au 59 Rivoli à Paris le 1er mars 2013

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Collectif BLO

59 Rivoli

Paris. Vendredi 1er mars 2013. 20h30.

 

Le Collectif BLO est composé de 3 groupes: Clerks, PinocchioO, PJ5.

Avertissement sanitaire: le Collectif BLO est fabriqué en France, contient de vrais morceaux de Jazz frais, est garanti sans piano ni claviers ajoutés.

La salle est située au rez-de-chaussée du 59 rue de Rivoli, 75001 Paris, France (métro Châtelet). La façade est vitrée mais bien isolée. Nous voyons les voitures passer sans les entendre. Nous sommes dans un bocal mais personne ne s'arrête pour nous regarder. Il y un léger bruit de fond de la rue mais vraiment léger. Le 59 Rivoli est un ancien squat d'artistes devenu une résidence d'artistes au coeur de Paris avec l'aide de la Mairie. Tout a été mis aux normes d'hygiène et de sécurité mais ce n'est pas tout propre en ordre comme disent les Suisses. Il y a des oeuvres exposées dans la salle mais pas à mon goût. Le concert est à entrée libre. La participation aux frais est libre aussi. Il y a un chapeau pour cela. Habituellement, les concerts de Jazz ont lieu le samedi et le dimanche à 18h. Un horaire parfait pour les couche-tôt et les lève-tard. Ce soir, le collectif BLO est à l'honneur. Pour les pieux musulmans et les alcooliques anonymes, attention, un verre de vin rouge vous est offert à l'entrée. 

 

1er concert: PinocchioO

Marc-Antoine Perrio: guitare électrique, compositions

Pierre Bernier: saxophone ténor et soprano, compositions

Zacharie Abraham: contrebasse

Gautier Garrigue: batterie

Ca commence dans le conceptuel avec des bruitages de radio bulgare saturée. La musique monte, monte sur ce fond sonore. C'est maîtrisé au millimètre près. Batteur aux maillets. Le bruit saturé s'est arrêté. Manifestement, ils recherchent le planant. Curieusement, ça devient une ballade Jazz, plutôt classique et agréable. C'est très bien fichu mais cela ne me raconte rien.

Une ballade semble t-il. Pas du tout. Un grand coup de batterie et ça secoue dans tous les sens. Pulsation assez rock mais en souplesse. Comme soliste, je préfère le guitariste au saxophoniste. Là ça balance, me fait hocher la tête, me capte. Dehors, le flux des automobiles se poursuit. Cela fait comme un film qui se déroule en parallèle avec la musique. 

Solo de guitare pour introduire. Très calme, tranquille. La contrebasse lui répond tout en douceur. Le batteur tapote doucement. Ca démarre pas mal. Solo du guitariste. clair, pur, limpide. D'ailleurs, c'était un morceau de sa composition.

Des gens entrent, d'autres sortent en cours de concert. Discrètement. L'entrée est libre, la sortie aussi. Là, je n'accroche plus à la musique. Il fait froid dans cette salle. Juste un petit radiateur électrique pour réchauffer l'ingénieur du son qui a gardé son pull et son bonnet. C'est dire s'il fait froid. Enfin, grâce au guitariste, ça part sur un truc plus puissant émotionnellement. Le groupe enchaîne. C'était une autre composition de Marc-Antoine Perrio mais moins à mon goût. 

Gautier Garrigue aux maillets distille des sons comme un maître parfumeur. Il passe aux baguettes et cela devient plus funky. Il joue partout ce garçon. Il faut dire qu'il est bon. C'est un vrai batteur. La preuve, ses mimiques quand il joue. Solo de guitare bluesy, décontracté.

 

PAUSE

2e concert: Clerks

Thiabult Chevaillier: guitare électrique, compositions

Pierre Bernier: saxophones ténor et soprano

Julien Pontvianne: saxophone ténor, compositions

Joachim Govin: contrebasse

Gautier Garrigue: batterie

A la pause, le Brésilien dragueur repart à l'assaut des deux citoyennes qu'il avait entrepris avant le concert. Il y va en finesse, avec le sourire sous la fine moustache brune. Comme il est gentil et pas vilain de sa personne, ça marche plutôt pas mal pour lui. Elles sourient. Il reprend sa place à l'autre bout de la salle. Attaquera t-il de nouveau à la prochaine pause? Comme le 2e concert ne démarre pas, il revient à la charge. Le Brésilien prend des notes dans un carnet. Il veut améliorer son français grâce à des Françaises. Joindre l'utile à l'agréable en fait. 

La musique ressemble à la précédente. Il est vrai que Gautier Garrigue et Pierre Bernier sont communs aux deux groupes. Ca commence lentement dans un quatre sans batteur, comme on dit dans l'aviron. Le Brésilien a choisi. Il s'asseoit tout près des citoyennes. Gautier Garrigue groove tranquille aux baguettes sur la caisse claire. Ca sonne électro sans chanteur avec des saxs qui chantent les voix de la nuit. Ca prend bien. Je ne suis pas le seul à hocher la tête, capté par la rythmique qui groove tranquille alors que le guitariste, aux airs d'étudiant en droit (blanc, brun, mèche et lunettes), se ballade tranquillement. Ca sonne vraiment comme une très belle Pop Song. Peut-être en est-ce une d'ailleurs. Tout est nickel chrome jusqu'au point final posé par le batteur. C'était " Alberto Balsalm " (Aphex Twin). Une marque de shampooing britannique, devenue le titre d'un morceau d'électro minimaliste britannique et désormais du Jazz français. Les méandres de la création artistique sont toujours aussi impressionnants. " I care because You do " tel était le slogan de la marque qui inspira Aphex Twin.

" Empty, empty " (Hertz?). Effectivement, c'est de la pop actuelle jouée par des jeunes jazzmen actuels. C'est bien. Ils n'en sont pas restés à Georges Gershwin comme certains. Retour au schéma classique du Jazz avec l'exposé du thème suivi du solo de saxophone. Gros son mais c'est plus fade que le son de groupe du morceau précédent.

Nouvelle composition de Julien Pontvianne sans titre pour l'instant. Une sorte de complainte voire de chant funèbre. Bref, ce n'est pas gai.

" The major lift " (extrait de l'album de Clerks). Morceau plus pêchu. Chant/contrechant entre guitare et saxs. Gautier Garrigue sait aussi bien, avec ses baguettes, frapper les peaux que faire frissonner les cymbales. En groupe, ça sonne mieux à mon goût. Plus puissant, plus dense, plus entraînant. Avec Gautier Garrigue, ça envoie du lourd.

Une autre ballade sans nom. Le batteur est aux balais. Tranquille sur la caisse claire. Ca aussi, il sait faire. La contrebasse se met en avant, relayée par le balayage du batteur et les glissements de la guitare. 

Gautier Garrigue démarre aux baguettes. Funky drummer! Ce n'est pas le morceau de James Brown mais c'est dans ce genre efficace et puissant. C'est une composition dont je n'ai pas saisi le titre. Je me concentre sur le batteur. Quelle écoute, quelle présence! Je n'ai pas fini d'écrire sur ce musicien. Les saxs chauffent. La rythmique chauffe avec la guitare devant la batterie derrière et la contrebasse au milieu. Ca pulse, nom de Zeus! Ni monstrueux, ni impressionnant, Gautier Garrigue est tout simplement excellent. Pas le genre de musicien à rester sec pendant un morceau.

 

PAUSE

3e concert: PJ5

Paul Jarret: guitare électrique, compositions

Maxence Ravelomanantsoa: saxophone ténor

Léo Pellet: trombone

Alexandre Perrot: contrebasse

Ariel Tessier: batterie

 

En fond sonore, pendant la pause, " Walk on the wild side " (Lou Reed). Enfin une chanson que je reconnais. Les citoyennes s'en vont. Le Brésilien aussi. Pourquoi resterait-il? Sa leçon de français se poursuivra ailleurs.

" Over the lazy dog ". Ca démarre à bloc tout de suite. Ca pétarade joyeusement. Le pavillon du trombone brille sous les projecteurs. Ca joue funky mais pas simpliste. Contrebasse et batterie pulsent. Phase calme. Ca chante. Le contrebassiste relance, le batteur enchaîne. Au tour du leader de se mettre en valeur avec des effets maîtrisés de pédale. Et c'est la fin du morceau, tout à coup.

Ils enchaînent sans désemparer. Un solo du batteur aux maillets. Encore un jeune sax ténor qui a beaucoup trop écouté John Coltrane. Le guitariste reprend la main, seul, tranquille. La rythmique enchaîne. Chauds grognements du trombone qui prolonge le sax ténor. Est ce le vin rouge, la musique ou les deux? La grande demoiselle blonde à ma gauche semble enivrée. Elle se balance sur son banc en rythme. Elle est amoureuse du groupe. C'est bien en place, efficace. Le batteur brille aux maillets, le contrebassiste déploie son talent. Montée démonstrative du quartet, un peu trop à mon goût mais cela reste honnête dans le sentiment. C'était " Ashfield ", morceau qui figurera dans le prochain album du PJ5 à paraître en septembre 2013.

Pierre Bernier revient sur scène avec un sax soprano. " City hall " (?). C'est bien énervé entre les saxos. Il paraît qu'ils n'ont pas répété mais c'est en place tout de même. Ses cheveux longs et blonds jaillissent en cascade sous son bonnet mauve. C'est une demoiselle pure laine, du bonnet au gilet violet. Raffinement suprême: la couleur de ses ongles est assortie à celle de son gilet.  Et la musique alors? Une ballade fracassée par des vagues de batterie. C'était " Emily's sleep ". Les Emilie ont de la chance. Elles ont déjà inspiré une chanson aux Pink Floyd ( See Emily play), une ballade à Bill Evans ( Emily) et maintenant un morceau au PJ5.

" Peanuts " composé en souvenir d'un concours où ils pensaient avoir bien joué et n'ont rien gagné. Situation que je connais bien. Rien à voir avec le " Salt peanuts " de Dizzy Gillespie. Un morceau calme qui s'agite au fur et à mesure que le ressentiment monte. Ca déménage bien. Beau solo de guitare très rock bien poussé par la rythmique. Cette fois c'est mon voisin de droite qui se dandine joyeusement alors que ma voisine de gauche reste sage. 

" Floor dance " (titre album du PJ5). Un air entraînant à la guitare. Forte pulsation du pied sur la grosse caisse en réponse. Une sorte de satire jazz de la dance music faite avec goût. Joli tintinabulis de la batterie. Ma voisine se dresse de toute sa hauteur pour photographier les musiciens. Une vraie fan. Beau solo de guitare frais, clair. C'est devenu beaucoup plus Jazz. Au tour du sax maintenant bien stimulé par la contrebasse et la batterie. C'est bien mais j'ai trop écouté Sonny Rollins et ses pianoless trios... La guitare ajoute ses bruitages derrière. Attention à l'arrêt cardiaque pour le saxophoniste qui devient tout rouge dans l'effort. Il calme le jeu et le tromboniste revient dans la dance. Ca marche. Des jeunes filles dansent et sautillent.

Il est minuit. Les autorités compétentes (préfet de police et maire de Paris) ont ordonné, comme pour Cendrillon, que tout doit s'arrêter. Il y a un rappel tout de même. Je suis parti avant qu'il ne commence. J'étais saturé de Jazz après ces 3 concerts. 

Belle soirée, belle musique, bonne ambiance, belles filles, beaux garçons, prix modique. Le lieu (le 59 Rivoli) et les musiciens (le collectif BLO) sont recommandables et recommandés.

Voici, extrait de ce concert, le PJ5 jouant sa composition " Over the lazy dog ". Rien à ajouter.

 

 

 

 

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