Leçon de Jazz d'Antoine Hervé: Antonio Carlos Jobim et la Bossa Nova

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Leçon de Jazz d’Antoine Hervé.

Antonio Carlos Jobim (1927-1994) et la Bossa Nova
Mercredi 13 janvier 2010. 19h30. Auditorium Saint Germain des Prés. Paris.

Antoine Hervé



La photographie d'Antoine Hervé est l'oeuvre du Méticuleux Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.


Antoine Hervé : piano, docteur en bossa nova
Rolando Faria : chant, docteur en bossa nova





Je tiens à prévenir mes sympathiques lecteurs et mes aimables lectrices que, n’étant pas lusophone, ma transcription des titres de chansons  a été corrigée par Antoine Hervé. Merci Antoine. Les erreurs qui restent après correction sont miennes.

En fond sonore, Seu Jorge, excellent chanteur, compositeur, musicien brésilien, grand mixeur musical capable de consacrer tout un album à David Bowie en portugais entre autres prodiges.

Jobim est né en 1927 à Rio de Janeiro. Il a pris des cours de piano à partir de 1941 avec un Allemand, compositeur ayant fui le nazisme. Il a fait des études d’architecture, discipline qu’il jugeait proche de la musique. 1er enregistrement à 36 ans. Il fuyait la scène. Plus de 50 albums et plus d’une centaine de chansons entre 36 et 67 ans.

« Desafinado » (Désaccordé). La quinte bémol, symbole du bebop, est censée être la note désaccordée dans le thème. Si vous ne connaissez pas cette chanson, cela fait plus de 45 ans que vous n'écoutez pas la radio ! Stan Getz en donna une version instrumentale sublime au saxophone ténor. Joli petit scat final du chanteur. Dommage que Nelson Veras n’ait pu venir ce soir avec sa guitare.

Elis Regina, chanteuse, réalisa un album complet avec Jobim « Ellis e Tom ». « So tinha de ser com voce ". C’est une ballade qui se balance en douceur, bref une bossa nova, la nouvelle vague venue de la Baie de Rio. Le chanteur est très bien placé rythmiquement, avec une voix voilée ou claire selon les besoins. Cf vidéo sous cet article pour le duo Elis Regina & Antonio Carlos Jobim sur " Aguas de Marco " (En français, " Les eaux de mars " par Georges Moustaki). 

Joao Gilberto, guitariste et chanteur, est la voix de la Bossa Nova. Il n’a écrit que 4 chansons. C’est un interprète.

« Chega de saudade ». La saudade n’est pas triste nous explique Rolando à rebours de tout ce que j’ai lu et entendu sur le sujet. En anglais « No more Blues » (cf l'album " Dizzy Gillespie on the French Riviera " , Festival de Jazz d'Antibes Juan les Pins, 1962). La Bossa Nova ça marche toujours pour le rapprochement des couples. Je le vois dans le public. Un joli petit scat dans le final. C’est la signature de Rolando.

La Bossa Nova c’est la rencontre de cultures différentes, comme le Jazz. C’est une musique de bourgeois blancs de Rio qui ont écouté la musique des pauvres, des Noirs, la Samba. Il y a beaucoup d’influence de la musique classique aussi. Exemple avec « Insensatez » (Insensitive que Sting a chanté en anglais avec Jobim au piano). Antoine Hervé a mixé un prélude de Chopin avec Insensatez. Il commence par un prélude de Chopin, dont on fête les 200 ans de la naissance en 2010, qui ressemble en effet beaucoup à Insensatez. Rolando enchaîne et chante Insensatez. Ca sonne très romantique. Une très belle version allant du classique au Jazz.

Rolando est un excellent showman. Il nous explique que Jobim a inventé des formules poétiques en portugais. Il nous explique en portugais la licence poétique. Personne, à part les lusophones, ne comprend l’explication mais c’est très drôle.

Enfin ils nous parlent de Vinicius de Moraes (1913-1980), diplomate et poète brésilien. En 1956, il rencontre Jobim. Tous deux partagent cette conception du temps liée au plaisir. La Bossa Nova se joue, s’écoute en prenant son temps comme toutes les bonnes choses. Vite fait, mal fait dit un vieux dicton français.

« Samba de una nota so » (One Note Samba jouée par Dizzy Gillespie, Stan Getz, chantée par Ella Fitzgerald). Jobim réalise là une prouesse harmonique, trouvant des accords intéressants à partir d’une note.Au démarrage Antoine joue et scatte avec Rolando. Rolando scatte puis chante. Ca swingue plus. C’est une samba tout de même. Kubicek, le président brésilien des années 1950, un président élu, le fondateur de Brasilia, était surnommé le Président Bossa Nova. J’ai un couple à ma gauche : elle applaudit, pas lui. Pourtant il reste et il n’a pas l’air de s’ennuyer.

Vinicius de Moraes écrivit une pièce de théâtre « Orfeu de Concecao », adaptation du mythe d’Orphée au Brésil des années 1950. Le Français Marcel Camus en fit un film « Orfeu Negro » palme d’Or au festival de Cannes 1959, film dont la Bossa Nova est la BO. Jobim détestait ce film, trop cliché à son goût. Rui Castro, écrivain : « La Bossa Nova est la bande sonore du Brésil idéal ».

« Din-di » chanson composée pour Silvinha, une chanteuse qui a fait le lien entre la Samba et la Bossa Nova. Version très lente.

1964 : album « Getz and Gilberto ».C’est là que figure le Méga Tube : « The girl from Ipanema » (Garota de Ipanema) la chanson la plus diffusée au monde. C’est un album de « fond de catalogue ». Ca se vend tout le temps et ça s’entend partout même dans les sonneries de téléphones portables. Astrud Gilberto, épouse de Joao, a chanté en englais parce que Joao ne parlait pas un mot d’anglais. Joao ne voulait pas qu’elle chante. Non seulement elle a chanté pour Stan Getz mais, en plus, elle a quitté Joao pour Stan. De quoi avoir la saudade…

« So danço samba » est tiré de cet album. « So danço samba, vai,vai, vai, vai, vai ». Plusieurs fausses fins. Un régal ! Cf extrait audio au dessus de cet article. 

Sur la plage d’Ipanama, Antoine Hervé a vu des gens applaudir au spectacle d’un coucher de soleil. « Inutil Paisagem » c’est la tristesse de l’amoureux abandonné devant un beau paysage. D’après Rolando, cette tristesse ne dure que le temps d’une chanson. En tout cas, c’est très triste.

« Si une chanson ne parle pas d’amour, elle n’est pas bonne » Vinicius de Moraes.
« Agua di beber » (Eau à boire). Antoine siffle l’air en le jouant. Antoine scatte, grogne, joue alors que Rolando chantonne, scatte.

Jobim habitait à Rio au pied du Corcovado, la montagne au somment de laquelle se trouve le Christ rédempteur de Paul Landowski (père de Marcel Landowski, compositeur français). « Corcovado », belle chanson avec un beau solo de piano, rêveur et rythmé.

« Luiza » musique d’un feuilleton. Et jolie chanson.

Ils n’ont joué pour l’instant que du Jobim. Ils vont jouer du Baden Powell, guitariste dont le père était un grand admirateur du général anglais Baden Powell, fondateur du scoutisme. « Salutacao » une chanson qui figure dans « Un homme et une femme » de Claude Lelouch. C’est un petit bijou. Rolando y ajoute les paroles françaises qui figurent dans le film « Il est nègre, bien nègre dans son cœur ». Le « sa ra va » de la chanson a donné son nom à Saravah, la maison de disques de Pierre Barouh, l’homme qui fit fortune en produisant les chansons d’ " Un homme et une femme », le premier producteur de Jacques Higelin. La devise de Saravah est « Il est des années où l’on a envie de ne rien faire », ce qui ressemble à des paroles de Bossa Nova…

Rappel

La Bossa Nova que tout le monde attend depuis le début du concert, l’histoire d’une demoiselle que Jobim regardait aller de l’Ecole normale d’institutrices à la plage d’Ipanema à Rio, « Garota de Ipanema » (The Girl from Ipanema). Tout le monde chante, poussé par Antoine et Rolando. Sans connaître les paroles c’est difficile mais on chantonne l’air. Comme d’habitude, les filles chantent plus et Rolando doit pousser les garçons à chanter.

Très belle soirée ludique et légère avec un duo qui sait mêler la leçon et l'improvisation avec élégance.

Prochaine leçon de Jazz le mardi 9 février 2010 à 19h30 au même endroit avec Wayne Shorter, « le plus grand compositeur du Jazz depuis la mort de Duke Ellington " (Stan Getz). Dans le rôle de Wayne Shorter, l’excellent saxophoniste français Jean Charles Richard.

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