Le trio Angelini/Gargano/Moreau de retour à l'Improviste

Publié le par Guillaume Lagrée

Trio Angelini/Gargano/Moreau

Paris. Péniche L'Improviste.

Vendredi 18 janvier 2013. 21h30.

 

Bruno Angelini 

 

La photographie de Bruno Angelini est l'oeuvre de l'Incoercible Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Bruno Angelini: piano

Mauro Gargano: contrebasse

Fabrice Moreau: batterie

Concert diffusé dans le Jazz Club d'Yvan Amar sur France Musique. A écouter ou réécouter sur Internet jusqu'au dimanche 17 février 2013.

Intrépides lectrices, vaillants lecteurs, je vous ai déjà parlé de l'album " So now? " du trio formé par Bruno Angelini, Mauro Gargano et Fabrice Moreau ainsi que d'un précédent concert à l'Improviste de ce trio. L'y voici de retour et moi aussi en compagnie de Monsieur L, ami lyonnais de passage à Paris. Ils commencent à 21h35, marque de respect pour le public fort appréciable. Ce soir, il neige à Paris. Cela se voit derrière le hublot embué de la Péniche l'Improviste. 

" Ida Lupino " (Carla Bley). Ida Lupino (1918-1995) fut la première femme à devenir réalisatrice à Hollywood. Une très forte personnalité comme Carla Bley. Une mélodie douce, chantante, élégante. Bref du Carla Bley. Une musique parfaitement adaptée à l'ambiance feutrée de Paris sous la neige. Attention, ça swingue. Ca tient chaud même. La péniche reste à quai mais nous partons en voyage. Comme le dit Bruno Angelini, " ce n'est pas mon trio ". C'est comme la Sainte Trinité ou l'huile pour moteur d'automobile, trois en un.

Bruno commence seul, installe l'ambiance, dansante et nostalgique. La contrebasse ronronne. Le batteur hache menu aux balais avec des percussions en plus. Ca marche. Je hoche la tête, pris par la musique. Ca balance gravement et suavement. Si c'était un tableau, ce serait une marine d'Eugène Boudin. C'était " L"indispensable liberté " (Bruno Angelini).

" Immersion " (Bruno Angelini). Une première mondiale pour ce concert. La péniche va t-elle se transformer en sous-marin? Effectivement, le trio donne l'impression de descendre par palier sans nous étouffer. Puis ils nagent en profondeur. Il y a toutes sortes de bêtes en dessous, pas toutes sympathiques, mais toutes intriguantes, impressionnantes, diverses. Le concert est diffusé dans le Jazz Club d'Yvan Amar sur France Musique. Pour ceux qui veulent plonger comme pour ceux qui veulent repartir en immersion, il suffit de surfer sur le Net jusqu'à l'émission. Ce même soir, à Lausanne (Suisse), au club Chorus, Dan Tepfer (piano) joue en trio avec Stéphane Kerecki (contrebasse) et Anne Pacéo (batterie). Je ne peux pas être partout. Ca devient plus agité, plus tumultueux. Ils se bagarrent avec un requin, au moins. Le trio est si soudé qu'il n'y a pas de solo à proprement parler. C'est une conversation permanente, vibrante, riche à trois dont nous profitons. 

" The two lonely people " (Bill Evans). Fameuse ballade. Solo du contrebassiste soutenu par ses complices. Ca masse agréablement le cerveau. Un silence de dégustation avant d'applaudir.

" Nefertiti " (Wayne Shorter). Pour la première fois du concert, Fabrice Moreau entame le débat. La pulsation du pied sur la grosse caisse, des frottements sur un tambour, des vibrations de cymbale. Tout est sous contrôle au service de l'émotion. C'est une composition de Wayne Shorter pour le dernier quintet acoustique de Miles Davis, son meilleur groupe selon Antoine Hervé et moi. Cette mélodie étrange et familière à la fois, c'est bien du Wayne Shorter.

PAUSE

" Round midnight " (Thelonious Monk). Duo piano/contrebasse pour commencer. Le batteur faufile ses balais derrière. Ils arrivent au thème joué en souplesse, en étirement. Tout à l'opposé de Monk donc. Très élégante façon de rafraîchir un vieux morceau.

Un morceau à l'italienne, lyrique, vif. C'est beau comme la Méditerranée un soir d'été. A Paris, un soir d"hiver enneigé, cela fait du bien. Ca décolle. Le trio fait du kite surf au dessus des flots. C'était " Caroline " dédié par Bruno Angelini à son épouse préférée. Une belle illustration d'un vieux principe: la monogamie, c'est varier les gammes avec un(e) partenaire. Rien à voir avec le projet "  Caroline " de la contrebassiste Sarah Murcia.

" Echoes " (Steve Swallow). Le piano avance à pas lents. L'archet de la contrebasse lui fait écho. Il y a 20 ans, étudiant à Rennes, j'écoutais le Jazz Club d'Yvan Amar pour savoir ce qui se passait à Paris. Maintenant, j'y suis. La musique berce. Parti comme je suis, je ferai certainement de beaux rêves cette nuit. Un long silence avant que nous n'osions applaudir.

Un morceau que j'aime particulièrement dont le titre m'échappe. Est-ce de Chick Corea? Un certain feeling latino m'y fait penser. Pas du tout puisqu'il s'agit d' un morceau de Bruno Angelini dédié à son fils, " Adrien danse ". 

Puisque Bruno Angelini a joué pour son épouse et son fils, Mauro Gargano joue pour sa grand-mère, née en 1903. " Before 1903 ". Ce morceau est précédé d'un " Prélude ". Mauro commence seul à l'archet. C'est le Prélude. Ca vibre, ponctué par des pincements en haut du manche, ce que ne ferait pas un contrebassiste classique. Bruno Angelini arrive tout doucement. Mauro Gargano lâche l'archet pour en venir aux mains avec son instrument, en douceur évidemment. Le dialogue s'élargit puisque Fabrice Moreau vient ajouter son grain de batterie. Une vibration s'élève, fragile, mais qui ne lâche pas. Ca s'anime, s'agite. Le paysage devient raide, escarpé, montagneux. Voire même caillouteux et glissant. Comme la descente de Saorge vers la Roya dans les Alpes Maritimes. C'est beau mais il faut regarder où vous mettez les pieds. 

" Astrogange "? ( Mauro Gargano). Un morceau vif, joyeux fait pour réveiller en fin de concert. Ca sautille librement.

RAPPEL

" Vert " (Fabrice Moreau). A comparer avec celle jouée par le trio de Jean-Philippe Viret. Ce soir, c'est noir et blanc dehors, vert dedans. La neige protège l'herbe avant le printemps.

Monsieur L et moi sommes restés jusqu'au bout, ravis par cette musique. Pour vivre ou revivre ces impressions, le concert est audible sur Internet dans l'émission Jazz Club d'Yvan Amar sur France Musique jusqu'au dimanche 17 février 2013.

Quant à le voir, ce trio est rare sur scène. Le voici lors d'un précédent concert à l'Improviste. Profitez en, intrépides lectrices, vaillants lecteurs.

 

 

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