Le trio d'Eric Le Lann joue la légende de Chet Baker au Caveau des Légendes

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 Eric Le Lann Trio

Paris. Le Caveau des Légendes.

Vendredi 23 mars 2012.21h30.

Eric Le Lann: trompette

Gildas Boclé: contrebasse

Nelson Veras: guitare

 

Après les premiers concerts de la fin février, le trio d'Eric Le Lann est de retour à Paris, au Caveau des Légendes, les vendredi 23 et samedi 24 mars 2012 à 21h30, pour jouer un programme en hommage à Chet Baker, trompettiste et chanteur de jazz blanc américain (1929-1988).

Ca joue toujours aussi finement. Ils commencent à nouveau par " Night Bird " ( Enrico Pieranunzi). La magie se renouvelle immédiatement. Voilà un morceau qui me hante depuis que je l'ai entendu jouer par ce trio.

" I fall in love too easily ", une ballade que jouait et chantait Chet Baker. Duo guitare/trompette à fleur de peau. La contrebasse vient apaiser un peu. Le son de trompette d'Eric Le Lann me gratte l'âme. La salle n'est pas pleine. Je ne suis pas encore assez prescripteur. La clarté et la douceur de la guitare Nelson Veras soutenus par la chaleur et la souplesse de la contrebasse de Gildas Boclé, quelles grandes délices! Quelle chance a la France d'accueillir sur son sol Nelson Veras! Son jeu est vertigineux d'élégance et de beauté. Gildas prend l'archet pour son solo. A ce jeu là, c'est un Maître. Eric, en retrait, les laisse jouer. Il les rejoint avec son jeu troublant, écorchant.

Ca commence un peu funky, latino avec " Love for sale ". Pas de pathos, pas de démonstration. Ca sonne juste, techniquement et émotionnellement. Je ferme les yeux pour mieux en profiter. Ce que joue Nelson Veras semble simple mais il est le seul à le faire. 

" I am a fool to want You ", une autre ballade qu'affectionnait Chet. Eric Le Lann ne chante pas mais, Dieux, qu'il fait bien chanter sa trompette! Ca tripote superbement entre guitare et contrebasse. C'est tellement bon que je ne peux rien écrire. 

" Milestones " ( Miles Davis). Un morceau énergique. Il manque l'effet de réponse entre les cuivres ( John Coltrane avec Miles Davis dans la version originale) mais ça sonne tout de même. Comme tous les grands, Nelson Veras donne l'impression de jouer au ralenti alors qu'il joue très vite. Ce qui vaut pour les grands musiciens vaut aussi pour les grands champions. Pensez à Pete Sampras ou Roger Federer au tennis par exemple. Cela s'appelle la maîtrise. Joli solo sautillant de contrebasse.

PAUSE

Un standard dont le titre m'échappe. C'est reparti lestement, prestement. La guitare décolle stimulée par la contrebasse. Eric savoure comme nous dans le public. C'était " For minors only " que Chet Baker jouait avec  Art Pepper sur l'album " The Playboys " ( Pacific Jazz Records, 1956), superbe musique avec une pochette originale du meilleur goût.

" Angel eyes ", une ballade. Pour réviser ses classiques, il faut des Maîtres. C'est ce dont nous bénéficions à chaque concert de ce trio d'Eric Le Lann. 

Le titre du morceau suivant m'échappe. Un standard au rythme plus vif. L'émotion est toujours à fleur de peau. Dieux, que c'est bon! 

Eric introduit seul une ballade. Il est vite rejoint par Gildas et Nelson pour " My funny Valentine " LE morceau à jamais associé à Chet Baker même si Miles Davis le jouait très bien aussi jusqu'à ce qu'il abandonne les standards du Jazz à partir de 1969. Il faut vraiment de grands interprètes pour redonner de l'intérêt à un morceau aussi rabâché. C'est le cas ce soir. Nelson est discret dans le geste et éblouissant dans le jeu. Gildas tient la barque. Eric joue dedans, vraiment dedans. Ca mord le coeur et l'âme. Les étudiantes étrangères qui sont arrivées au cours du deuxième set se sont vite tues pour écouter. 

" So What ? " (Miles Davis). La plus fameuse ligne de basse de l'histoire du Jazz. L'originale est jouée par Paul Chambers (Mr P.C pour John Coltrane) sur l'album " Kind of Blue " (1959) sans lequel une discothèque de Jazz n'existe pas. La guitare de Nelson Veras remplace le piano de Bill Evans. L'échange entre les cordes de la guitare et celles de la contrebasse est digne d'une toile d'araignée, subtil, fin, apparemment fragile et pourtant si solide. Un applaudissement est vite étouffé pour laisser place à Gildas Boclé à l'archet. Tout le monde écoute, savoure.

" Summertime " (Gershwin). Nous sommes plus dans le répertoire de Miles Davis que de Chet Baker. Chet plaçait Miles bien au dessus de lui d'ailleurs. Le printemps vient de commencer. Pourquoi ne pas annoncer l'été? Son heure arrivera dimanche d'ailleurs. Ca roule. Un dernier souffle de trompette et c'est fini.

PAUSE

" Portrait in black and white " (Antonio Carlos Jobim). Une bossa nova qu'Eric Le Lann a joué en duo avec Martial Solal (piano) puis Jean Marie Ecay  (guitare). Si Nelson Veras vit en France depuis ses 15 ans, il reste Brésilien. C'est dire qu'il est intouchable sur la Bossa Nova. Les trois s'écoutent, échangent, répondent. Les murs du Caveau des Légendes sont aussi mystérieux et inspirants que dans mes souvenirs. Les regarder en écoutant cette musique stimule mon imagination.

" Stella by starlight ", un standard dont Chet délivra une interprétation sublime lors d'une nuit inspirée au Nice Jazz Festival à la fin des années 70. Celle-ci est moins bouleversante mais elle est belle et forte. Le mot virtuose ne convient pas à Nelson Veras. " Le virtuose ne sert pas la musique, il s'en sert " (Jean Cocteau). Chez Nelson la maîtrise de l'instrument est toujours au service du discours, de l'émotion dégagée. Abondance de moyens ne nuit point. L'entente entre Nelson Veras et Gildas Boclé résulte de plus de quinze ans de dialogue sans redite. Eric Le Lann nous écorche en douceur.

" Like someone in love ". C'est juste à ce moment que les belles étrangères s'en vont. Leur directrice de conscience craint-elle que cette musique n'exerce une mauvaise influence sur elles? Ignore t-elle que le métro ferme à 2h du matin le vendredi et le samedi soir à Paris? Toujours est-il que c'est devant un public réduit mais toujours attentif que se conclue ce superbe concert avec des musiciens toujours bien vifs à 0h45.

Pour les malheureux absents et les tristes absentes, le trio d'Eric Le Lann jouera à nouveau son hommage à Chet Baker ce samedi 24 mars à 21h30 au Caveau des Légendes à Paris puis les vendredi 20 et samedi 21 avril à 20h et 21h30, dans le même lieu.

Si  vous ne pouvez y assister ou que vous voulez en garder un souvenir, voici un extrait d'un concert du mois de février, filmé par Gildas Boclé, qui est aussi réputé comme homme d'images que de son. 

" Milestones " (Miles Davis) joué par le trio d'Eric Le Lann au Caveau des Légendes, 26 rue Jacob à Paris, 6e arrondissement.

 

 


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