Le trio d'Eric Le Lann rend hommage à Chet Baker

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Eric Le Lann Trio 

Paris. Le Caveau des Légendes

Samedi 25 février 2012. 21h30.

 

Hommage à Chet Baker

 

Eric Le Lann : trompette

Gildas Boclé : contrebasse

Nelson Veras : guitare

 

En première partie, un tour de chant « humoristique ». Un homme seul au micro avec sa guitare électrique. Il sait jouer, il sait chanter mais pour l’humour, par contre…

 

Les cordes s’accordent. Eric joue sans micro. Ca résonne bien sous les voûtes de pierre de cette cave médiévale et germanopratine. Gildas tient le rythme. Nelson joue légèrement derrière mais bien présent. C’est un hommage à Chet Baker (1929-1988, trompettiste et chanteur blanc américain). Ils jouent donc des morceaux que jouait Chet, des standards du Jazz pour la plupart. La différence, c’est qu’Eric Le Lann ne chante pas. Sa trompette chante pour lui. Eric se met en mode pause. Nelson, souple, léger, enrichit la mélodie, la pare de mille atours. Gildas et Nelson ont joué ensemble pour la première fois en 1995. Tour à tour, chacun prend la main. Ca joue, nom de Zeus ! Eric ajoute un supplément d’âme, quelque chose qui nous touche, nous écorche mais ne nous blesse pas. Je chantonne avec la trompette. C’était « Night Bird » d’Enrico Pieranunzi, ancien pianiste de Chet Baker.

 

« Summertime » (George Gershwin).  La trompette commence puis la contrebasse, puis la guitare la rejoignent. C’est dense, riche en émotions. Ca trio conserve la tradition mais ça ne sent pas la copie. C’est authentique. Nelson ajoute ses couleurs brésiliennes. Des mystères se déroulent entre Gildas Boclé et Nelson Veras. Je ne veux pas les éclaircir de peur qu’ils ne perdent leur charme. A l’archet, Gildas est particulièrement reconnaissable par la sûreté, la grâce de ses traits. Eric joue acide, mordant, d’une force contenue qui joue en douceur dans une dernière déchirure.

 

« The more I see You, the more I love You », standard du Jazz et de la Pop. Morceau plus vif, plus joyeux mais toujours avec cette part de mystère, de blessure propre à Eric Le Lann. Il y a des trompettistes qui m’impressionnent plus techniquement mais, émotionnellement, parmi les trompettistes vivants, aucun ne me touche comme Eric Le Lann. Nelson Veras jugule sa virtuosité pour se concentrer sur l’émotion, la mélodie.

 

« Milestones » (Miles Davis). Joué en trio, ça fonctionne aussi. Avec trois musiciens de cette trempe, une batterie serait trop lourde, un piano trop présent. Il leur faut cette place pour s’exprimer. Nelson Veras utilise des cordes en nylon ce qui explique, en partie, la souplesse, la chaleur de son jeu. Gildas reprend l’archet. Ca file, vibre.

 

« I am a fool to love You, I am a fool to want You ». Une ballade comme savait l’interpréter Chet Baker et comme sait l’interpréter Eric Le Lann. Ils nous prennent au sentiment et ça marche. L’ambiance intime de cette cave voûtée aux pierres irrégulières, où mon imagination me fait voir des personnages dessinés, plutôt diaboliques que divins, correspond parfaitement à cette musique. Cette fois, ils ont joué groupés, sans solo. C’est bien aussi.

 

« Love for sale ». Avec un petit air latin qui va bien. Devant Mademoiselle A et Mademoiselle F, un monsieur à tête blanche ne cesse de la hocher. Il est heureux. Nelson réalise des prodiges de discrétion. Gildas fait le lien. Eric dirige. Eric a cessé de jouer. Gildas fait la ligne de basse et Nelson décolle en douceur, sans qu’on s’en aperçoive. Il nous emmène de plus en plus loin. Clair, précis dans chaque note et toujours en suspens, en mouvement. Ca repart à trois. Nom de Zeus, c’est beau !

 

PAUSE

 

Eric attaque un standard dont le nom m’échappe. Les cordes arrivent. Gildas tient la baraque. Nelson, à distance, dialogue avec Eric. Un air rapide. Nelson est lancé sur le tapis que lui déroule Gildas. Ils ont repris à trois, avec un dialogue constant trompette-guitare, la contrebasse liant l’ensemble.

 

« You don’t know what love is ». Eric commence seul cette ballade que Chet chantait si bien. Ca chante. Solo à l’archet de Gildas Boclé, toujours admirable de précision et d’émotion.

 

Un standard dont le titre m’échappe, lancé par la trompette. Ca tourne, tourbillonne, nous emporte.

 

Une ballade dont le titre m’échappe. Le vieux Monsieur devant nous continue de hocher la tête. Mademoiselle A, Mademoiselle F et Madame G écoutent attentivement, elles aussi. Ca avance en glissant doucement, en flottant dans l’air. La trompette nous prend aux tripes. Solo cristallin de guitare porté par la contrebasse.

 

« So What » (Miles Davis). La plus célèbre ligne de basse de la musique de Jazz. Pour l’original, écoutez Paul Chambers sur l’album « Kind of Blue » (Miles Davis, 1959). Nelson joue à la place du piano dans un rôle plus discret. Où sont cachés la deuxième guitare et le deuxième guitariste ? Ah, c’est vrai, c’est Nelson Veras qui joue. Gildas Boclé passe à l’archet et fait sonner sa contrebasse comme des grandes orgues. Retour de la trompette et de cette fameuse ligne de basse. Nelson fait le contrechant de John Coltrane (sax ténor) et Julian Canonball Adderley (sax alto) avec une guitare électro-acoustique. C’est dire.

 

BIS

 

«  My one and only love ».  Je n’écris plus, je savoure.

 

Voici le commentaire enthousiaste de Monsieur T, un fidèle lecteur de ce blog, sur le premier concert de ce trio. Merci à lui.

 

Vendredi 24 février 2012, au Caveau des légendes s'est déroulé dans une ambiance extraordinaire, une véritable communion autour du trio d'Eric Le Lann. L'hommage donné à Chet Baker était d'un niveau très élevé et ceci grâce aux sons de la trompette d'Eric Le Lann ! Nous nous réjouissons d'avance que ce trio soit à nouveau présent au même endroit dès le mois de mars. Tous les adeptes du jazz ayant le bon goût de la musique viendront écouter ce trio d'Eric Le Lann.

 

" Milestones " joué par le trio d'Eric Le Lann. Ce trio sera de retour à Paris, au Caveau des Légendes, les vendredi 23 et samedi 24 mars, vendredi 20 et samedi 21 avril à 21h30. Ils nous rappelleront à nouveau que Chet Baker n’est pas seulement le titre d’une chanson de Vanessa Paradis…

 

 

 

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