Le trio de Colin Vallon ou la nouvelle vague suisse sur Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

Colin Vallon Trio

Paris. Le Duc des Lombards.

Mardi 28 février 2012.20h.

 

 

Colin Vallon : piano

Patrice Moret : contrebasse

Samuel Rohrer : batterie

 

Colin Vallon

 

La photographie de Colin Vallon est l'oeuvre de l'Helvétique Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

J’ai découvert Colin Vallon comme accompagnateur de la chanteuse Elina Duni. Le voici en leader.

 

Après un long instant de concentration, le pianiste se lance rejoint, à l’instant, par ses complices. Le piano sonne comme les cloches d’une église de campagne dans le lointain. Le batteur percussionniste fait des bruits de torrent. La contrebasse trace la voie. C’est très frais. Il y a maintenant trois chants parallèles coordonnés. Petit à petit, le pianiste prend la main. C’est étrange C’est du romantique dans l’esthétique ECM qui édite ce trio d’ailleurs. Le batteur trouve de jolies couleurs sur la caisse claire avec une baguette main droite et un balai main gauche. Le batteur passe aux baguettes et martèle avec le piano alors que la contrebasse poursuit son chemin, tranquille. Ca s’agite franchement avec un pianiste dans l’ostinato et un son de batterie plutôt rock’n roll.

 

Ils relâchent la pression et enchaînent sans que le public ait le temps d’applaudir. Une petite ballade toute douce au piano. Ca monte joliment dans le grave. Ca chante. Il n’accompagne pas une chanteuse pour rien, ce jeune homme. Le trio démarre. Relâché, souple. Le batteur semble se tenir à distance de sa batterie mais c’est pour mieux en maîtriser les sonorités.. Un joli friselis de cymbales aux balais pour finir.

 

Applaudissements. Silence. Concentration. Tout grince. La contrebasse sous l’archet, la batterie sous les pointes des baguettes, les cordes du piano. Amis dépressifs, bonsoir ! Ah, le trio démarre doucement une valse sentimentale, pas légère du tout. Ces garçons jeunes, beaux, talentueux ont donc le cœur lourd. Le piano résonne, à coffre ouvert, avec une étrange pulsation dont je ne sais expliquer la puissance. Bien joué. Le trio repart doucement avec des tintements, des frottements, des chuchotements. La musique monte en puissance mais leur cœur reste lourd malgré la pulsation de la basse, le cliquetis de la batterie, le chant du piano. C’est bien fait mais je reste à distance, pas impliqué.

 

Le batteur commence, en bon « barman de sons » comme disait Jean Cocteau, premier président de l’Académie du Jazz. Un solo surréaliste et déconstructiviste. Le pianiste doit utiliser une machinerie cachée pour obtenir des sons de cette nature, prolongés comme un orgue. J’ai vu une lueur bleue dans le corps du piano. C’est bien cela. Il trafique les sons. Les amis de la dépression sont de retour. Tout se calme pour revenir à une mélodie douce et simple au piano, ponctuée par la contrebasse. Jolis frôlements des balais sur les cymbales. Ces jeunes gens ont beaucoup trop écouté Keith Jarrett (lui aussi édité par ECM) et comme Keith Jarrett m’ennuie…

 

Ah, enfin, un truc léger qui swingue ! Ouf ! Et qui chante balkanique comme les chansons de l’Albanaise de Suisse Elina Duni. Après presque une heure de concert, enfin, ils jouent ce que j’espérais, attendais. Ils ne me doivent rien, ils font ce qu’ils veulent mais ça, ça me plaît vraiment. C’est ce que j’ai apprécié derrière Elina Duni, c’est ce que j’apprécie sans elle. Le batteur malaxe ses tambours vite et bien avec les balais. Le bassiste tient sa ligne. Le piano balance, hoquète, bouge, décolle. Finie la dépression ! Vive le vent du bon temps ! La preuve, pour la première fois depuis le début du concert, je bats la mesure du pied droit. Le batteur est passé aux baguettes, hache plus vite, plus fort. Solo de batterie. Les tambours vibrent bien. C’est un batteur coloriste. Ce n’est pas si fréquent.

 

C’est sur cette note positive et bulgare que se termine ce concert. Il me reste à maintenant à découvrir l’album « Rruga » du trio de Colin Vallon.

 

Pour illustrer mon propos, vous trouverez ci-dessous, bienveillantes lectrices, attentifs lecteurs, un extrait d'un autre concert de ce trio suisse.

 

 

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