Le trio du guitariste Jack Wilkins subjugue le Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

Jack Wilkins Trio

Paris. Le Sunside

Samedi 15 octobre 2011. 20h.

Jack Wilkins: guitare électrique

Yves Torchinsky: contrebasse

François Laizeau: batterie

Jeu classique style 60's. Superbement bien fait. Ces gars là se connaissent. Ce trio fonctionne au huitième de tour. Ca roule comme une américaine sur la Highway 49. Tout confort. François Laizeau est un batteur de big band. Même en trio, ça s'entend. C'est puissant. C'était " Like someone in love " dont le titre m'avait échappé.

Comme c'est l'automne et que je suis à Paris, je vais jouer " Les feuilles mortes " (" Autumn leaves " pour les Américains) annonce Jack Wilkins. Très jolie intro en solo de guitare. Il y a des accents espagnols dans ce jeu de guitare. La musique tombe doucement, en flânant comme les feuilles mortes, justement. Tout à coup, ça accélère en restant léger, gracieux, en brodant autour de la mélodie. La batterie brille de mille feux, la contrebasse marque souplement le tempo, la guitare règne, souveraine. Ils sont très soudés, très à l'écoute l'un de l'autre comme le remarque mon voisin Monsieur P venu spécialement de Nantes pour ce concert et qui ne regrette pas le déplacement. 

" In walked Bud " ( TS Monk). Intro à la contrebasse. L'air de Monk est superbement joué. Jolis coups de cymbales pour souligner. Des petites notes de guitare viennent se glisser dessus. Les balais malaxent les tambours. Ca swingue et c'est bon. De tout façon, si ça ne swingue pas, cela ne veut rien dire, n'est ce pas? Le batteur a repris les baguettes et cela se sent dans le ventre. Les tambours vibrent. 

"What are you doing the rest of your life? " (Michel Legrand). Un autre air français, en hommage à Paris. Magnifique ballade que joua Bill Evans. Cette fois, ils démarrent à trois. Les tambours crissent sous les balais. Jack Wilikins distille des notes dans l'aigu comme des gouttes d'alcool fort tombant d'un alambic. Un dernier coup de maillets pour l'envoi final.

" For Baden " hommage de Jack Wilikins au guitariste brésilien Baden Powell (son père était un fan du scoutisme). Yves Torchinsky a pris l'archet. La guitare de Jack Wilikins évoque celle de Baden Powell. Yves Torchinsky est à la taille de sa contrebasse. Pas si fréquent chez les contrebassistes. Il revient au pizzicato et ça démarre joyeusement, vivement. Ca sent le soleil, la plage, la mer. A Paris, en ce début d'octobre ensoleillé, cela fait du bien. Le batteur fait un effet de maracas avec les balais. Il faut dire qu'il a ajouté un tambourin à sa batterie ainsi qu'un tambour à terre. Il a une très forte pulsation avec le pied sur la grosse caisse. Ce gaillard a dû jouer du Funk.

" That's good " dit Jack Wilkins. " That's brilliant " répond un spectateur. " Emily ", une ballade. Intro à la guitare, splendide. Il installe le tempo de la ballade. Quand contrebasse et batterie le rejoignent, personne n'applaudit. Nous écoutons attentivement et nous régalons de ces grandes délices auditives.

Intro à la guitare. Ca sonne bluesy. La contrebasse puis la batterie s'ajoutent doucement. Les tambours roulent sous les maillets. C'est bien un Blues. Je ne le connais pas. Ca devient même funky. Les baguettes martèlent le rythme. Puis ça devient plus souple. Retour à un standard du Jazz dont le titre m'échappe. Tout se calme pour un solo de contrebasse grave, profond, bluesy quoi. Break de batterie. Seul, François Laizeau lâche les chevaux. Ca pulse fort. Le trio repart funky, très 70's. C'est bon, ça! C'était " Billie's Bounce ".

Le trio enchaîne trois compositions d'Antonio Carlos Jobim. " Zingaro " basé sur l'étude n°6 de Frédéric Chopin. " Portrait in black and white " puis un morceau dont le titre m'a échappé car du portugais dit par un New Yorkais, c'est difficile à capter pour un Français. Intro tout en grâce, en légèreté de la guitare. Contrebasse et batterie aux balais la rejoignent. Changement de mélodie. C'est le portrait en noir et blanc maintenant. Ca balance tranquillement. Nous nous sentons sur un voilier au soleil, par temps calme, en baie de Rio. C'est seulement le deuxième concert de ce trio. Le premier a eu lieu la veille. Etonnant. Je jurerais que ce sont de vieux amis qui jouent ensemble depuis vingt ans sans jamais se lasser. 

" Tico Tico ". Un morceau si bon qu'ils l'ont nommé deux fois annonce Jack Wilkins. Même Charlie Parker l'a joué. Beaucoup l'ont massacré. C'est un classique de la Salsa. La batterie sonne comme des percussions grâce à son tambourin et son tambour. La contrebasse pulse au milieu. La guitare vole joyeusement sur la mélodie. Mademoiselle F danse sur place. Mademoiselle A écoute attentivement. Monsieur P bat la mesure. C'est la joie par la musique. Deuxième concert vraiment? Il semble qu'ils jouaient déjà ensemble dans une vie précédente.

RAPPEL

Un standard du Bebop. Vif, sec, précis. Ah, ce qu'on se régale, nom de Zeus! Braks de batterie avec une pulsation quasi africaine. Epatant pour un Français, Blanc de surcroît.

Un deuxième groupe doit jouer ce soir sur la scène du Sunside. Les musiciens s'excusent auprès des spectateurs de ne pouvoir jouer plus longtemps. Nous aurions bien passé la nuit entière avec eux. 

En discutant après le concert avec François Laizeau, j'ai appris qu'il ne connaissait pas Jack Wilkins, que c'était vraiment leur deuxième concert ensemble mais que leurs conceptions du son, de la musique étaient si proches que cela collait du feu de Dieu entre eux trois. Jack Wilkins est injustement considéré comme un guitariste mainstream, resté collé aux années 50 voire 60. Grave erreur! Même sur des standards, il aime le soutien hors grille que lui fournissent Yves Torchinsky et François Laizeau. En fait, un soliste de Jazz peut tomber dans deux défauts. Soit il joue sans plus se soucier de ses accompagnateurs que de la couleur des murs du club. C'est le cas, à mon avis, de  Sonny Rollins depuis plusieurs années. Immense soliste, très mal accompagné. 50 ans avec Bob Cranshaw (contrebasse puis basse électrique), c'est trop! Soit il est trop à l'écoute, perd le fil de son discours et erre d'un musicien à l'autre. Là, je ne vois pas d'exemple. Jack Wilkins est le soliste idéal parce qu'il est aux aguets, à l'écoute, en interaction permanente avec ses musiciens tout en gardant la clarté, la lisibilité, la vigueur de son discours propre.

Puisse ce trio nous enchanter longtemps encore dans les clubs et les festivals de Jazz!

Comme il vient de naître, je ne puis vous en proposer d'exemple sonore et/ou visuel, lectrices impatientes, lecteurs bouillants.

En attendant que vous profitiez à votre tour de ce miel pour les oreilles, voici Jack Wilkins jouant son morceau " For Baden " en duo avec un autre guitariste américain Jimmy Bruno. Régalez vous. Jack Wilkins ouvre le bal, à gauche sur votre écran.

 

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