Le trio Tamarindo de Tony Malaby au Sunside

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Tony Malaby’s Tamarindo Trio

 

Paris. Le Sunside. Mardi 27 septembre 2011. 21h30.

 

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La photographie de Tony Malaby est l'oeuvre du Magistral Juan Carlos HERNANDEZ


Tony Malaby: saxophones tenor, soprano

William Parker: contrebasse

Nasheet Waits: batterie

 

Ca commence doucement mais puissamment. La contrebasse vibre dans le ventre. Les maillets effleurent la batterie. Son large du sax ténor. Même sur tempo lent, il semble que les murs s’écartent face à la puissance de ce trio. Le batteur est passé aux baguettes. Ca monte en puissance comme une vague montée des profondeurs de l’Océan qui vous submerge et vous emporte. La vibration produite par la contrebasse et la batterie vous remue dans un grand shaker. Le sax ajoute un fouetté qui finit de vous étourdir. Tony Malaby est parti sur sa planète. William Parker et Nasheet Waits font la connexion entre lui et nous.

 

Batteur et contrebassiste gardent cette pulsation monstrueuse alors que le sax ténor couine, braille, gémit, grince comme un beau diable. Il fait aussi la sirène de pompier, le hurlement de la hyène et d’autres sons indescriptibles. Parfois le démon de la danse le saisit. Pas assez longtemps à mon goût. Quoique avec un tel soutien rythmique, il se laisse tenter tout de même. Nasheet Waits attaque sa batterie par tous les fronts. Il la dompte à grands coups de baguettes. William Parker, avec sa barbe et sa carrure de prophète, maintient la cohérence du discours.

 

Tout se calme pour un solo de contrebasse grondant comme la terre sous une cavalcade. Les passements de mains de William Parker sont dignes d’un grand joueur de basket ball. Ca repart plus doucement en trio avec le batteur aux balais. Tony Malaby peut aussi jouer sur du velours mais toujours avec cette aigreur, ce piquant qui donne son goût à cette musique. Il a rasé sa barbe mais sa musique est toujours aussi hirsute. Le batteur a repris les baguettes. Fouette, cocher ! Le Free Jazz version 2011 passionne encore la jeunesse. Les jeunes gens à côté de moi sont scotchés. Impossible de monter une chorégraphie sur une musique aussi libre, aussi improvisée. Par contre, à condition de les suivre dans leur démesure, il y a moyen de danser là-dessus.

 

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La photographie de Nasheet Waits est l'oeuvre du Paranormal Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Vont-ils jouer le premier set d’une traite ? Je vous dirai cela à la fin. Au contraire de Sonny Rollins, Tony Malaby joue les yeux grands ouverts, comme extatique. Solo de batterie aux baguettes. Ca vibre, rebondit. Belle passe d’armes comme disent les escrimeurs. Tony Malaby repart au soprano. Il sonne comme une flûte. Ca chante. William Parker, à l’archet, dialogue avec le soprano. C’est raffiné, troublant. Ca aussi, ils peuvent le faire. William Parker reste majestueusement mélodieux alors que le soprano dérive comme un bateau ivre, loin de l’Europe aux anciens parapets. Le batteur vient ajouter des vagues aux balais. L’archet fait vibrer la contrebasse comme un essaim d’abeilles. Le sax soprano pique fort alors que les tambours crépitent sous les balais. Ca semble tourner à la ballade mais pas longtemps. Cette musique n’est pas de tout repos, vous l’avez compris, lectrices bienveillantes, lecteurs attentifs.

 

William Parker produit des sons inouïs en jouant de l’archet tout en haut de la contrebasse puis en tapotant les cordes. Le soprano souffle et souffre. Les balais se manifestent de temps en temps sur la batterie. Ma voisine est en extase, yeux clos, bouche ouverte. Son bien aimé, lui, hoche la tête en mesure, exploit sportif vu la complexité rythmique de cette musique. Les baguettes reprennent leur martèlement élégant. Beau solo de contrebasse à l’archet ponctué par de savants coups déliés des baguettes sur la batterie. Tony Malaby écoute, ayant repris en main son ténor. Il lance  à nouveau le péan. La batterie prend feu sous les baguettes de Nasheet Waits. William Parker vient mettre sa pulsation au milieu de ce duel à la vie, à la mort. Tiens, ils attrapent une mélodie au vol et la suivent.

 

C’est bien ça. Ils ont joué d’une traite pendant une heure. Le 26 juillet 1965, John Coltrane en quartet joua A Love Supreme pendant 48 mn d’une traite. Ensuite, le concert était fini. Il n’y avait plus rien à ajouter. Vous pouvez l’écouter. Ca se trouve dans le commerce. Ici, c’est reparti.

 

Tony Malaby est au ténor. La musique brinqueballe, agitée, tourmentée. Le sax couine maintenant comme Donald Duck. Il fait le muezzin aussi. Tony Malaby se balance comme un pantin possédé par la musique. A voir ses yeux grands ouverts, tournés vers le haut, il est dans un autre monde lorsqu’il joue ainsi, flagellant son sax ténor. William Parker et Nasheet Waits gardent leur calme pour l’accompagner.

 

PAUSE

 

Il y a école demain et j’ai eu ma dose de sensations fortes. Ici se termine donc la chronique de ce concert.

 

Pour vous donner une idée de ce que ce donne ce trio en vrai, le voici en concert à New York en 2008.

 

 


 

 

 

 

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