Lee Konitz rajeunit avec Dan Tepfer à Paris

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Paris. Le Duc des Lombards. Dimanche 29 novembre 2009. 21h. Duo Lee Konitz/Dan Tepfer.





La photographie de Lee Konitz est l'oeuvre du Sophistiqué Juan Carlos Hernandez.


Lee Konitz : saxophone alto
Dan Tepfer : piano, saxophone alto

« Nous allons jouer des standards, essayer de les rendre… » (Lee) « pas si standards » (Dan). « Tu m’ôtes les mots de la bouche » (Lee). Dès le départ, la complicité entre les deux hommes est évidente.

D’ailleurs ils commencent par « Just friends » comme Lee Konitz avec Martial Solal (" Star Eyes " concert de 1983 à Hambourg.Hat Hut Records). C’est Martial qui a présenté son élève, Dan Tepfer, à Lee Konitz. Intro au saxo avec des notes de piano prolongées, effacées. Lee joue aigu, fort alors que Dan joue plus grave, plus calme. Bref chacun joue à l’opposé de ce que l’on attend de son âge. Dan introduit un thème dansant parallèle à celui que joue Lee. Lee joue sans micro. Pas besoin en effet dans un club. Lee et Dan fusionnent dans le thème.

Intro au piano. Grave, rêveuse, mélancolique. Lee ajoute sa complainte par dessus le tapis sombre du piano. « I remember You ». Ils l’ont bien masqué. La conversation est de bon ton. Les propositions fusent. Dan Tepfer joue plus mais Lee ne s’en laisse pas conter. Ils sont partis en improvisation pour le temps qu’ils voudront, le temps qu’ils chanteront. Ce sont deux oiseaux de haut vol, friands d’arabesques et de loopings pour notre plus grande délectation. Dan fait rouler les graves, monter la pression. Lee repart de plus belle. Certes il n’a pas d’attaque (esthétique cool) mais il attaque et contre attaque. Dan Tepfer ne le conforte ni ne le conteste. Il le soutient, le stimule, l’incite à se dépasser. Qu’un homme de 82 ans prenne de tels risques avec un musicien qui a l’âge d’être son petit fils, même sur un sujet qu’il connaît par cœur (les standards), cela mérite le respect. « C’était un medley de morceaux. Je ne me rappelle plus lesquels. Vous avez très bon goût. J’utilise cette blague depuis 67 ans maintenant. ». Comme Stan Getz, Lee Konitz a donc commencé sa carrière professionnelle en 1942, à l’âge de 15 ans.

« You don’t know what love is ». Lee est bien dans le thème. Dan invente un thème parallèle puis revient au thème. Ils se balladent le long de cette ballade. Lee s’asseoit pour jouer. Il le mérite bien. Il est totalement relax pour distiller ses notes comme un alcool fort. Dan Tepfer n’est pas le jeune serviteur du vieux Maître. C’est un nouveau complice pour ses fantaisies musicales.

Introduction au saxophone. Comme Benny Carter il n’y a pas si longtemps, Lee Konitz est un exemple pour la médecine. A 82 ans, tel son compère Martial Solal, il est toujours énergique, toujours créatif et il a le courage de se remettre en question avec un partenaire de jeu dont il pourrait être le grand père. Lee surfe sur la vague créée par le piano.

Intro au piano très rapide mais sur place (avant, arrière) ponctuée par des notes distillées dans les graves. Lee s’installe plus confortablement sur le tabouret pour dérouler porté par le tapis volant du piano. Lee semble jouer du violon. Nom de Zeus, c’est beau !

Lee demande si quelqu’un peut jouer des solos de Lester Young. Lee et Dan les ont chanté dans la loge avant le concert avec François Théberge, Marcel Zanini, Marc Edouard Nabe. Dan Tepfer est passé au sax alto. Chacun joue à son tour. Dan est meilleur au piano. Les deux chants se rejoignent sur le thème « Thingin » de Lee Konitz (cf l’album « Thingin » enregistré en concert en Suisse en 1995 avec Attila Zoller à la guitare et Don Friedman au piano.Hat Hut Records). Le sax alto de Dan danse reflété dans la coque du piano. Maintenant c’est chant, contre-chant entre eux. Dan Tepfer se rasseoit au piano et reprend le thème alors que Lee Konitz improvise. Ils s’amusent bien ensemble ces deux là. Lee chantonne même. Il est vraiment heureux de jouer avec ce jeune homme qui lui offre une cure de jouvence. Dan a repris le saxo depuis le piano. Ces deux oiseaux chantent et nous enchantent.

« Nous jouons encore un morceau. Ensuite je vais à l’hôpital » dit Lee Konitz en faisant sembler de s’affaisser. Dan a repris le piano en mains et sert un plateau d’argent. Lee amène le plat et les épices. Bref, c’est rodé et surprenant.

En rappel, à la demande de Lee Konitz, Dan Tepfer joue seul au piano une improvisation sur les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach. Ca aussi il peut le faire, Mesdames et Messieurs. JS Bach est le plus swinguant des compositeurs classiques. Un pur moment de grâce.

1h de concert pour 28€ (21 € grâce à billetreduc) cela peut paraître cher mais ce duo Lee Konitz/Dan Tepfer n’a pas de prix. L’Ancien transmet son savoir, le Jeune apporte sa fougue. Du moins, en apparence. En fait, tous deux sont jeunes, vieux, savants, fougueux, nourris d’expériences passées et tournés vers l’avenir. Bref c’est un régal. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de les entendre en concert, un album de ce duo vient de sortir. A bon auditeur, salut !

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Commenter cet article

Nicolas 04/12/2009 21:44


Le temps suspend son vol! Ce n'est pas du Lamartine c'est du Lee Konitz.
Un vrai plaisir pour une saxophoniste amateur d'avoir le privilège de sentir le doigté cool et virtuose de Lee et de Tan réunis.
Délicate fureur qui nous laisse léger et rêveur
Merci Guillaume je n'oublierai pas ce soir là


Guillaume Lagrée 05/12/2009 22:48


Dan+Tepfer= Tan`
Joli raccourci.