Louis Armstrong at the Esquire All American Jazz Concert

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Louis Armstrong at the Esquire All American Jazz Concert,

Metropolitan Opera House, New York City, January 18, 1944.

 

Louis Armstrong: trompette, chant

Roy Eldridge: trompette

Jack Teagarden: trombone, chant

Barney Bigard: clarinette

Coleman Hawkins: saxophone ténor

Art Tatum: piano

Teddy Wilson: piano

Al Casey: guitare électrique

Oscar Pettiford: contrebasse

Sidney Catlett: batterie

Red Norvo: vibraphone

Lionel Hampton: vibraphone, batterie

Billie Holiday: chant

Mildred Bailey: chant

 

JBM 1992. Distribué par Virgin France SA.

New York

 

La photographie de New York est l'oeuvre du Transatlantique  Juan Carlos HERNANDEZ.

 

Un des problèmes de la démocratie souligné notamment par les écrivains Normands Tocqueville, Flaubert et Maupassant, c'est qu'elle donne le même poids à la voix de l'ignorant et à celle du savant. La réponse française à ce problème ce fut, grâce à la Troisième République, l'institution de l'école laïque, obligatoire et gratuite. Pour l'art, le fossé entre la foule et les esthètes demeure. Les Etats Unis d'Amérique, pays où tout se vote (ils inventèrent même les élections des Miss!) aiment organiser des votes sur les meilleurs musiciens. En 1944, appelés à choisir les meilleurs Jazzmen de leurs temps, les lecteurs de Metronome et Downbeat, revues aux lecteurs plus curieux que la moyenne, avaient choisi une majorité écrasante de musiciens blancs. La revue Esquire fit elle appel aux esthètes, aux critiques. Ils choisirent une majorité écrasante de musiciens noirs. Le résultat de ce vote censitaire ce fut ce concert mémorable, explosion orgiaque et dyonisiaque du Jazz classique.

 

Quand des Jazzmen français se retrouvent pour improviser, ils font le boeuf en hommage au Boeuf sur le toit, brasserie du quartier de Montparnasse à Paris où ils se retrouvaient dans les années 1920. Les Jazzmen américains font eux une Jam Session. Celle ci est de la confiture pour les gourmets, de l'ambroisie pour les dieux de l'Olympe.

 

Le casting parle de lui même. Certes il manque Lester Young et Sidney Bechet mais, tout de même, quel orchestre! Il y avait de quoi faire un festival. Leonard Feather, producteur avisé, en fit une soirée, organisant savamment l'alternance des musiciens pour varier les plaisirs et éviter la cacophonie. Il y a là les deux pianistes qui marquèrent le plus  Martial Solal, Art Tatum (Chopin devenu fou selon Jean Cocteau) et Teddy Wilson, le contrebassiste virtuose Oscar Pettiford, un des géants de la batterie Swing annonçant déjà le Bebop Sidney Catlett, le deuxième inventeur du saxophone ténor, Coleman Hawkins, la sublime Lady Day malheureusement trop peu présente, les vibraphonistes Red Norvo et Lionel Hampton absolument déchaînés, Roy Eldridge, trompettiste trop souvent oublié entre Louis Armstrong et Dizzy Gillespie.

 

Je ne saurais les décrire tous. J'insisterai donc sur Louis Armstrong, le Roi du Jazz, qui ici est, pour une fois, entouré de musiciens à sa hauteur ce qui le pousse vers des sommets inaccessibles de Swing. Louis avait le plus beau contrat du show business américain. En échange de tout cet argent, il souriait tout le temps, ne choisissait ni ses morceaux ni ses accompagnateurs. Ici, il s'éclate, pétarade, explose, virtuose, pyrotechnique, magique, unique. 67 ans après avoir été enregistrée, cette musique vous soulève de Terre, fait danser les paralytiques et chanter les muets. Le Flying Home de Lionel Hampton est monstrueux de puissance. Le Billie's Blues de Lady Day vous fait passer des frissons de désir dans l'échine. La voix et le son de trompette de Louis Armstrong sonnent comme les anges de Jericho ( un gospel qu'il chanta d'ailleurs). En période de guerre, ce concert se termine par l'hymne national américain joué par tous les musiciens réunis et vous n'entendez que le son de la trompette de Louis qui domine l'ensemble." A la trompette, vous ne pouvez rien jouer, même dans les trucs les plus modernes, qui ne vienne pas de Louis Armstrong " (Miles Davis).

 

Les morceaux sont brefs sauf un " I got rhythm " et un " Flying Home " d'anthologie, oscillant entre l'excellent et le sublime. Pour ceux qui croient que le Jazz avant le BeBop était mou du genou, cet album est une belle claque. A tous, il donnera joie, lumière, énergie sans gourou ni effets secondaires indésirables. Un seul risque à prendre: bien des musiques vous paraîtront fades, pâles et molles après celle là. Surtout en concert.

 

  L'album n'est pas facile à trouver dans le commerce en 2010. Voici une piste.

En voici une autre. Bonne écoute lectrices raffinées, lecteurs distingués.

 

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