Macha Gharibian en concert au Studio de l'Ermitage: Mars attaque!

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Macha Gharibian 

Paris. Studio de l’Ermitage

Jeudi 31 janvier 2013. 21h.

 

Macha Gharibian : piano, chant

David Potaux-Razel : guitare électrique

Théo Girard : contrebasse

Aïdge Tafial : batterie

 

Démarrage à 21h20. Cela reste raisonnable. Elle commence par un poème de William Parker : «  I am not a dancer. I am a human being ». La guitare fait des petits sons pointus, étirés alors que la rythmique joue gravement, pesamment mais volontairement. Cette chanson a le potentiel pour devenir le slow de l’hiver 2013. Il me semble que TSF Jazz s’en charge. La guitare est devenue grave à son tour, vibrant avec la voix, qui monte, qui monte. L’émotion avec. Le batteur est aux balais avec une frappe lourde et sèche. Ca s’allège.

 

« Byzance ». Ses derniers grands-parents venaient d’une ville près de Byzance. Là, je reconnais le style arménien dans le jeu de piano, proche de Tigran Hamasyan. Le batteur tapote doucement, un balai dans la main gauche, une baguette dans la main droite.  Ca décolle et danse joyeusement. Bref, c’est Byzance !

 

« Passage des princes ». A Paris, il se trouve dans le IIe arrondissement entre le boulevard des Italiens et la rue de Richelieu. A Istanbul (ex Constantinople, ex Byzance), il faut prendre la mer pour arriver aux îles des Princes. De quel passage s’agit-il ? Là aussi, je reconnais un jeu de piano proche du style de Tigran, chantant, limpide, oriental mais pas si loin de l’Europe. Comme Byzance. Un peu de guitare saturée pour changer de style, que ce ne soit pas classique. Ca va car c’est fait avec goût. Le piano sonne comme des clochettes dans l’air pur du printemps.

 

Premier vrai solo avec l’intro de la contrebasse. Un air léger, subtil s’envole comme des bulles de savon qui n’éclatent pas. Un autre morceau instrumental. Un peu plus facile que les airs précédents. Des sons étranges de la guitare pour diversifier. De facile, la musique devient plus complexe, plus étrange, se tordant comme un serpent. Le guitariste s’énerve sur une guitare qui ne lui a rien fait. C’est fou comme un solo bruyant de guitare attire d’applaudissements alors qu’il suffirait de désapprouver en se taisant pour que le guitariste ne recommence plus. « Kings » ne figure pas sur l’album « Mars » de Macha Gharibian. J’approuve cette absence. 

 

Une ballade tranquille. Solo grave, bondissant de la contrebasse au milieu de la rythmique. Cela ressemble plus à du Jazz classique. 

 

Un morceau plus vif, plus entraînant démarre au piano. Macha chante en anglais comme une chanteuse de Folk tout en jouant du Jazz. C’est son charme. Le guitariste se lance dans un solo de Blues blanc pas mal du tout.

 

Macha s’installe sur un tabouret pour chanter sans jouer « l’histoire d’une mère qui dit au revoir à son fils ». Le guitariste commence tout en douceur avec des notes rares, distillées. Elle chante en anglais, une sorte de Folk Song. Belle voix grave, puissante qui vous attrape le cœur et l’âme. Ce duo guitare/voix ne figure pas dans l’album « Mars ». Belle découverte. 

 

Une composition arménienne de Khatchatour Avedissian. Ca balance tranquillement avec le guitariste qui fait durer ses notes. Contrebasse et batterie ronronnent doucement. Elle chante et nous emporte loin, loin vers l’Est. Ca marche. Je hoche la tête en mesure ou à peu près.

 

Démarrage du contrebassiste à l’archet. Nouveauté dans le jeu. « Kele Kele » une chanson arménienne qui déchire grave ! La rythmique ronronne, la guitare grince doucement. Nom de Zeus, c’est beau ! Ils montent en puissance par paliers, nous emmenant avec eux.

 

Un morceau azéri dont le titre m’a échappé. Belle ouverture d’esprit pour une Arménienne ! Cela veut dire « Attrape-moi ! Viens ! » Une chanson d’amour a priori. Ca devient de la pop orientale dansante de qualité. C’est de la musique azérie, pas des propos de marchand de tapis. Solo funky de guitare sur de la musique azérie et cela fonctionne.

 

« Il n’y pas la mer en Arménie mais un beau lac, le lac Sevan » (Macha Gharibian). « Le Lac Sevan est un morceau de ciel tombé sur terre au milieu des montagnes » (Maxime Gorki). Duo piano/contrebasse entrecoupé par une voix enregistrée parlant une langue étrangère. Je reconnais le morceau mystérieux qui clôt l’album. Il n’y pas la mer mais il y a les mouettes que la guitare imite très bien. La contrebasse ponctue doucement et solidement. La batterie est muette. Une grande vague de mystère nous emporte vers des terres lointaines. 

 

A moins que ce ne soit cette ballade chaloupée qui close l’album. Le piano nous refait les petites clochettes dans l’air pur de la montagne au printemps. Je n’y résiste pas. Cela masse le cerveau. Il en a besoin après une journée de labeur. Vibration de la guitare alors que la contrebasse grogne sous les doigts de Théo Girard.

 

Un morceau dédié au trompettiste, compositeur, improvisateur, éducateur Ralph Alessi auprès de qui Macha Gharibian a pris des cours à New York. Ca sonne plus occidental, plus Jazz mais ce n’est pas chanté en anglais. Ca réveille pour une fin de concert.

 

Je n’ai pas pris de notes pour le rappel. Le Studio de l’Ermitage était rempli et fournissait un bel écrin au diamant que constitue ce groupe. Macha Gharibian est la fille de Dan Gharibian, fondateur du groupe Bratsch en 1972. Théo Girard est un ami d’enfance de Macha Gharibian, contrebassiste du groupe Bratsch depuis 2011. Une histoire de famille donc mais une identité sonore évidente pour cette jeune femme qui paraît enfin au devant de la scène avec son groupe, sa musique après des années dans l’ombre. Il lui reste à acquérir un peu plus d’assurance en concert, à ajouter quelques morceaux plus enflammés pour chauffer la salle. Etant donné ce qu’elle produit déjà comme pianiste, comme chanteuse, comme meneuse de groupe, cette jeune femme n’a pas fini de nous surprendre et de nous émerveiller. Longue et belle vie à Macha Gharibian et ses amis.

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