Michel Edelin + 2 = 9

Publié le par Guillaume Lagrée

Michel Edelin et Associés.

Paris. Le 9 Jazz Club. Jeudi 15 avril 2010. 20h30.

 

Michel Edelin : flûtes

Chris Hayward: flûtes, tambourin

Jim Funnell : piano

 

Olivier Sens est malade ce soir. Jim Funnell le remplace au pied levé. Cela change totalement le son du trio puisqu’un pianiste remplace un bassiste et illustrateur sonore. Ce n'est donc pas la Flute Machine qui a joué ce soir.

 

Avant de commencer la chronique, voici quelques précisions techniques sur l'attirail de Michel Edelin et Chris Hayward. Grand merci à Michel Edelin pour ces précisions.

 

Bonjour Michel,
avant de publier ma chronique, l'ignorant que je suis a besoin de savoir de quelles flûtes Chris et toi avez joué jeudi soir.
Pourrais tu me les classer de la plus petite à la plus grande, s'il te plaît?
Le piccolo (utilisé très brièvement) et placées verticalement sur le stand : la flûte en ut (standard flute in english) la flûte en sol ou flûte alto et enfin la flûte basse ( la dorée avec la tête recourbée).
Par ailleurs, Chris a joué aussi d'un grand tambourin.
A t-il un nom?
Un bendir (origine Afrique du Nord ).
Certains possèdent un timbre.Hamid Drake en joue également dans un duo avec ma collègue et amie Nicole Mitchell (“Bindu” chez Roguart).

D'un instrument qui m'a semblé africain avec des lames de métal sur une demie calebasse
Comment ça s'appelle?
C'est une sanza ou kalimba et cela vient d'Afrique.

Vous avez utilisé des espèces de pipeaux bizarres dont je ne connais pas les noms non plus
Nous avons trois valises de tuyaux de toutes sortes : ocarina, flûte nasale ... etc. Personnellement j’ai utilisé très ponctuellement un bansuri (Inde), une flûte guadeloupéenne...


Michel à la flûte traversière, Chris à la grande flûte. Chris nous fait un souffle prolongé par l’électronique. Ce souffle tourne en boucle. Chris joue par-dessus à la flûte traversière. Jim titille les cordes du piano. Ce n’est ni le bon soir ni la bonne salle pour cette musique. En vrais musiciens, ils jouent. Une mélopée étrange s’élève au dessus du vent. Michel prend sa grande flûte. L’ambiance s’installe. Une petite danse commence par-dessus la gravité du piano, de ce souffle en boucle. Chris coupe la boucle. Le piano commence à rouler, Michel à dérouler.  Je suis heureux de faire partie de cette beauté qui se crée. Chris joue avec un appareillage électronique qu’il commande de ses pieds, Michel avec un bidule qu’il commande de ses mains pour amplifier, déformer le son. Michel passe à une flûte plus courte, plus aigüe. Il se passe tant de choses entre ces trois là que c’est difficilement racontable. Le jeune homme est bien sage au piano. Les deux vieux Messieurs malicieux changent régulièrement d’instruments, de sons, de rythmes, de mélodies. Ce soir, on improvise. Michel cite un standard en solo. Ca repart sur une autre danse. Jim au piano, très attentif, fixe Chris. Il ne regarde pas son piano. Michel a lancé un Olé ! tout à l’heure. En effet, ça sonne espagnol. Retour à la ballade.

 

Intro en solo de grande flûte par Chris Hayward. Le piano puis l’autre flûte s’ajoutent. C’est sombre, haché, inquiétant. Le pianiste se lâche, se livre. Cela devient une danse légère sur la masse sombre du piano. Je bats la mesure du pied droit tant le piano marque bien la pulsation. Solo de Michel à la traversière. Chris cale son grand tambourin plat entre ses jambes. Il joue les yeux fermés allant du bord vers le centre. C’est chaud et mat. La flûte de Michel reprend la danse. Le piano, lui, est méditatif. C’est très beau. Duo piano/tambourin dérivé du Keith Jarrett des années 70, à l’époque où il était créatif. Chris range son tambourin. Michel est reparti avec un gros son grave sur sa grande flûte. C’est parti sur un Blues funky sans guitare, ni basse, ni batterie, ni cuivres. La classe ! Grâce à l’électronique, Chris fait un sifflement de locomotive à vapeur avec une flûte traversière. Une autre citation curieuse de standard pour finir.

 

PAUSE

 

Son répété, amplifié, déformé de la grosse flûte de Michel en solo introductif. Courte citation de Stormy Weather. Le temps est à la pluie ce soir.  Parmi les spectateurs, John Betsch, le batteur de Michel Edelin dans son trio acoustique avec Jean Jacques Avenel (contrebasse). Beau témoignage d’amitié. Chant grave, sombre du piano. Jeu très percussif du trio. Mélange de souffles et d’appuis. Ca swingue grave. Beau solo de piano d’inspiration jarrettienne mais sans abus de maniérismes. Duo très pur de flûtes traversières.

 

Michel s’amuse à marmonner dans le micro, sa voix étant triturée par l’électronique. Pendant ce temps, Jim et Chris installent le mystère. Michel scatte en fait. Ca monte doucement en puissance. Michel continue de scatter. Jim triture les cordes de son piano. Chris caresse un petit instrument africain où des tiges métalliques courbées sont posées sur une calebasse. Michel a repris sa grande flûte, la faisant souffler, chanter. Retour à un standard joué à la flûte par Michel. Je ne retrouve aucun titre de standard ce soir tant l’instrumentation est originale. Solo de piano pour finir.

 

Chris démarre seul à la flûte traversière. C’est juste magique. Michel le rejoint avec des notes longues, allongées même alors que Chris joue vif, bref. Le pianiste joue des percussions dans le corps du piano. John Betsch écoute très attentivement comme s’il découvrait cette musique. Il est vrai que Jim Funnel remplace Olivier Sens ce soir et puis, c’est de l’improvisation, une musique neuve à chaque concert. Le mélange souffle/percussions dans le jeu des flûtes est en équilibre sur un fil invisible. Duo Jim/Michel à la flûte traversière dans l’esprit du menuet, tout de grâce et de légèreté. Le pianiste amène vers autre chose. Au tour de Chris de dialoguer avec Jim. Michel repart tout seul sur un air dansant à la flûte traversière. Chris recale son tambourin entre ses jambes. Le pianiste relance. Le tambourin s’échauffe sous les mains de Chris. Je bats la mesure du pied droit. Ca swingue merveilleusement. Mon âme rêveuse appareille vers un ciel lointain. C’est un tour de magie sonore à 3.

 

Merci à ce trio d’un soir d’avoir su créer dans l'urgence. Merci à Jim Funnell d’avoir su trouver sa place au pied levé dans le trio. J'espère pouvoir assister au prochain concert de la Flute Machine avec Olivier Sens rétabli.

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