Miles Davis Quintet. Live in Europe 1969. The Bootleg Series. Vol.2

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Miles Davis Quintet

Live in Europe. 1969.

The bootleg series. Vol 2.

Legacy Recordings. Columbia. Sony Music. INA. 2013.

 

Miles Davis: trompette

Wayne Shorter: saxophones ténor, soprano

Chick Corea: piano électrique, piano (CD3)

Dave Holland: contrebasse

Jack de Johnette: batterie

 

Dave Holland

 

La photographie de Dave Holland est l'oeuvre du Voyageur Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette oeuvre sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

Concerts enregistrés au Festival Mondial du Jazz d'Antibes dans la Pinède Gould à Antibes-Juan-les-Pins, Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France, le 25 juillet 1969 (CD1) et le 26 juillet 1969 (CD2), au Folket Hus de Stockholm, Suède, le 5 novembre 1969 (CD3), au festival Berlin Jazz Stage, au Berlin Philarmonie à Berlin Ouest, RFA, le 7 novembre 1969 (DVD).

Les concerts antibois sont présentés par le producteur français André Francis, né en 1925, qui oeuvre depuis bientôt 70 ans pour défendre la beauté du Jazz et de l'Electricité.

Chers compatriotes, heureux contribuables français, grâce à nos impôts, taxes et contributions, il existe en France un Institut National de l'Audiovisuel qui possède des sons et des images qui ont de quoi réjouir les mélomanes pour des siècles.

De temps en temps, après accord entre musiciens, avocats et producteurs, une merveille sort en toute légalité de ces archives. Pour l'illégal, je vous laisse trouver. Restons sur le légal. 

Miles Davis se plaignait dans son autobiographie " Miles " que son quintette de 1969 fut un lost band, Columbia ne s'y intéressant pas. En effet, les groupes avec qui Miles Davis enregistra " In a silent way " et " Bitches Brew " en 1969 n'étaient pas ceux qu'il emmenait sur scène à l'époque et la musique sur scène était passablement différente de celle en studio.

Après des années de félicité acoustique en compagnie de Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams (1964-1968) dont témoignent sur ce blog le 1er volume des Bootleg Series et une Leçon de Jazz d'Antoine Hervé, Miles Davis, influencé par sa compagne Betty Mabry (auprès de qui Madonna a l'air d'une poupée pour enfants mormons), se met à écouter Jimi Hendrix, Sly Stone, James Brown et succombe aux charmes de la Fée Electricité.

Wayne Shorter reste dans la groupe mais la rythmique a complètement changé. Miles Davis a pris Jack de Johnette à Charles Loyd, Chick Corea à Stan Getz, Dave Holland à Londres. Le pilote de l'astronef, c'est Chick Corea. Physiquement, il ressemble beaucoup à Prince. Musicalement, il est passé dans une autre dimension de l'espace temps. Quand la rythmique joue derrière Miles, elle est passablement agitée. Derrière Wayne Shorter, c'est plus fou encore. Livrée à elle-même, elle devient carrément stratosphérique. Dave Holland suit Chick Corea et Miles Davis, à la fois fasciné et perturbé, murmure à l'oreille de Jack de Johnette: " Can't You just make them play? ".

Françaises, Français, chers compatriotes, nous pouvons être fiers des enregistrements antibois pieusement conservés par l'INA et aujourd'hui révélés dans leur intégrale beauté (il existe des éditions pirates mais incomplètes et avec un son moins propre). Le concert à Stockholm est une bizarrerie car le piano électrique tombe en panne très vite, complètement largué par ce qu'exige de lui Chick Corea. Après une longue absence, Chick revient au piano acoustique mais cela ne colle pas bien avec ce genre de musique. Le DVD du concert en Allemagne est impressionnant car dans le cadre majestueux du Berliner Philarmoniker (Karajan était-il dans les spectateurs?), le public écoute dans un silence religieux cette musique.

De quelle musique s'agit-il? D'une musique de transition. Miles est une fois de plus tourné vers l'avant (" Miles ahead " est le titre d'un de ses albums) mais il est encore ancré dans la tradition. " Directions in music by Miles Davis " écrit-il sur la pochette de Bitches Brew enregistré quelques jours après les concerts d'Antibes mais qui ne sortira qu'en 1970, préparant le futur triomphe de l'été 1970: 600 000 spectateurs au concert de l'île de Wight! Directions, c'est un hommage à Duke Ellington comme l'indique le présentateur du concert berlinois.

Miles joue donc encore " Round midnight ", " Milestones ", " I fall in love too easily " qu'il jouait depus les années 50. Il joue aussi " Masqualero ", " Nefertiti ", " Footprints " du précédent quintet. Il joue enfin " Miles runs the voodoo down " qui illustre cet article, morceau qui ne sortira que l'année d'après, qu'il n'a pas encore enregistré en studio ( Bitches Brew a été enregistré en août 1969) et cin d'oeil au Voodoo Chile, Jimi Hendrix. Bref, nous avons le privilège avec ces concerts d'assister à la création d'une oeuvre, du passage chez Miles Davis du Jazz au Funk avec une liberté, une fantaisie qui disparaîtront ensuite. Dès 1970 avec l'arrivée de Michael Henderson à la basse électrique pour remplacer Dave Holland (contrebasse), le groupe commencera à se poser. Avec le départ des sorciers des claviers (Chick Corea en 1970, Keith Jarrett en 1971) puis le remplacement de Jack de Johnette par Al Foster en 1972, la musique de Miles Davis s'ancrera dans le groove, le funk. Elle creusera un sillon au lieu de décoller vers les étoiles. Autre histoire, autres plaisirs. Peut-être l'entendrons nous dans un 3e volume des Bootleg Series.

Revenons en à ce volume 2. Nous sommes dans la Pinède Gould à Antibes Juan les Pins, les étoiles au dessus de nos têtes, la Mer Méditerrannée en arrière plan, des pins centenaires nous entourent et sur scène devant nous le quintet de Miles Davis. Miles Davis est le patron, il est en grande forme (il ne se drogue plus, boxe et mange macrobiotique), Chick Corea et Wayne Shorter emmènent la musique vers des horizons interstellaires insoupçonnables au commun des mortels, Dave Holland et Jack de Johnette fournissent le carburant de la fusée. Ils passent du Jazz au Funk par le Free. Bref, ils sont barrés, perchés, défoncés à la musique et à l'électricité. C'est bon pour la santé physique et mentale. Suivons les.

 

Ce coffret ne fait pas le tour de la question. La preuve avec le même groupe en concert à Paris, Salle Pleyel en novembre 1969. Ca se trouve en CD pirate et sur youtube très facilement.  C'est toujours André Francis qui présente. La preuve ci-dessous.

 

 

 

 

 

Commenter cet article

matti 04/02/2013 20:23

Parfait article . Le concert de Pleyel dont je ne connaissais que de brefs extraits mérite d'être édité , la musique , le son et le filmage sont de très haute qualité .
Bonne soirée .

Guillaume Lagrée 04/02/2013 20:53



Le concert de Pleyel se trouve en édition pirate. Pour une édition officielle, il faut que leq avocats de Sony Columbia et de l'INA tombent d'accord. Pas facile.


Par ailleurs, les images des concerts d'Antibes se trouvent sur Youtube aussi mais en nor et blanc, par extraits.


Merci pour vos compliments, fidèle abonné.