Norma Winstone en chante les Arènes du Jazz

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

Paris. Montmartre. Festival des Arènes du Jazz.

Jeudi 22 juillet 2010. 21h.

 

Norma Winstone: chant

Glauco Venier: piano

Klaus Gesing: saxophone soprano, clarinette basse

 

Ce soir, pas de pluie mais un peu de vent qui chasse les nuages pommelés. Les vocalises de Norma s'harmonisent avec le vent. A l'évidence, cette dame a beaucoup marqué  le chanteur français Thierry Péala. C'est sa maîtresse spirituelle. La clarinette basse vient ajouter du rythme par les claquements de langue, les grognements. C'est une musique qui respire la Nature. Nous sommes à Paris mais entourés d'arbres qui se balancent doucement sous le vent. très belle maîtrise du micro qui permet à Norma d'étirer les mots. Dialogue piano/clarinette basse. Le piano est travaillé aux cordes. Le piano devient liquide, la clarinette souple. Norma chante la samba de la libellule. C'est dire si cette musique est élégante. C'est une sorte de berceuse, pure et raffinée. La lumière est allumée à la fenêtre. La belle blonde est de retour. Norma est Anglaise. Cela s'entend dans son accent et sa diction, très purs. Un(e) imbécile fait tinter son téléphone portable. On a pendu haut et court pour moins que ça. Les chansons s'enchaînent sans temps d'arrêt. Personne n'applaudit. Tout le monde écoute. Saxophone soprano. Le conte se déroule. Norma et ses hommes nous captivent. Belle montée en parallèlevoix/saxophone. La demoiselle n'a pas l'air d'apprécier Norma Winstone. La fenêtre s'est refermée. Tant pis pour elle. Beau dilaogue piano/soprano. Ca vole, grogne. Ca s'explique joyeusement. Premiers applaudissements mérités pour le saxophoniste. Fin de la première séance après 20mn d'après ma montre, beaucoup moins d'après mes impressions. C'était " Rush " (Klaus Gesing) puis un air traditionnel arménien puis je ne sais pas quoi.

 

Ensuite, si j'ai bien compris, ils ont joué des morceaux du prochain album (sortie prévue en août 2010 chez ECM). Norma et ses hommes sont très contents d'être à Paris. Ca tombe bien. Nous aussi. Surtout pour les écouter. Une ballade. Cela ressemble à une chanson d'amour mais nettement plus subtile que la moyenne. Duo piano/voix. Une femme regrette un amour perdu. Solo de piano romantissimo. La clarinette basse vient s'ajouter soufflant en arrière plan. Norma se tait. La clarinette basse hausse le ton tout en douceur. Le pianiste joue des percussions dans ses cordes. Ca africanise. Norma ajoute un joli scat très fin, très précis. Enchaînement sur une chanson plus rythmée, plus joyeuse. le pianiste s'est remis à son clavier. Ca pète bien entre clarinette et piano. Quelques gouttes de pluie viennent troubler ontre quiétude. Glauco Venier est originaire d'Udine, capitale du Frioul, au Nord Est de l'Italie entre la Vénétie, l'Autriche, la Slovénie et la Mer Adriatique. Il a harmonisé une chanson traditionnelle frioulane. Norma en a fait une histoire de sirène.

 

Chanson de Klaus Gesing sur Sisyphe. Beau son profond de la clarinette basse. Sisyphe est devenu bien mélancolique. Serait-il lassé de pousser son rocher? Fausse alerte. Après quelques gouttes, la pluie a cessé. Non, il se relève. " Slowly he rises " chante Norma.

 

Le pianiste attaque joyeusement dans le medium.Le sax soprano chantonne. Norma aussi. Les feuilles des arbres prennent une couleur mauve sous l'effet des projecteurs. Sûrement un hommage à Prince qui a sorti son nouvel album en France aujourd'hui. C'est la chanson du film " Macadam Cowboy " traitée façon Jazz contemporain. Superbe version d'une superbe chanson d'un superbe film. Joli dialogue piano/soprano. Là, je chantonne et je ne dois pas être le seul. Belle fusion voix/saxo stimulée par le piano.

 

Glauco nous joue une autre chanson inspirée du folklore frioulan. Avec le piano et la clarinette, comme dit Norma, " it sounds Jewish ". En effet, ça sonne klezmer. La dame à côté de moi a dû partir. Son compagnon n'aimait décidément pas la musique et était parti bien avant la fin du morceau précédent. Certes, il faut faire des sacrifices par amour mais un  homme qui vous oblige à quitter un concert de Norma Winstone est-il fréquentable? La question mérite d'être posée. La musique est partie dans une autre direction que le klezmer. Le Frioul Vénétie Julienne est proche de la Slovénie et de l'Autriche. Il n'est donc pas étonnant de trouver une influence klezmer dans sa musique traditionnelle.

 

Le piano enchaîne seul. Klaus reprend son soprano. La musique vibre légèrement comme le vent. Discrètement, Norma se place en arrière plan de la scène pour laisser dialoguer ses musiciens. L'échange est de haute volée. La musique s'agite, s'énerve, se libère. " Every song was a prayer ": telle est la prière finale de cette chanson.

 

Klaus attaque à la clarinette basse. Cette fois-ci, c'est au pianiste de s'effacer au fond de la scène. La clarinette brame comme un cerf au fond d'un bois. Puis le son s'adoucit. Klaus marque le tempo. L'éléphant marche, barrit. La chanson de Norma se mêle langoureusement au son de la clarinette basse. Une belle chanson d'amour. Retour du piano, du Blues. " I never saw the morning until I stayed up all night . I never heard the melody until I needed the song" chante Norma. Comme me l'a dit Mme G, bien connue des lecteurs de ce blog, " La séduction n'est pas une question d'âge. C'est une question d'attitude. " Norma Winstone sait et aime séduire séduire son public.

 

Le piano accélère le tempo. Sax soprano. Une chanson entraînante. La, la, la... Je vois une femme enceinte de 8 mois dans le public. Voilà un enfant qui commence son éducation musicale tôt et bien. La voix s'est faite instrument dans une fable sans paroles. Ca monte, ça monte.

 

RAPPEL

 

Un morceau de Klaus Gesing en hommage au Café Hauser à Vienne (Autriche). Dans ce café, il n'y a pas de musique sauf des concerts à titre exceptionnel. On peut y rester une journée avec un café et ce n'est pas cher. Bref, un endroit conseillé pour les esthètes impécunieux. Vu mon ignorance totale de la langue allemande, j'ai pu écorcher le nom de ce café. Pour plus de précisions, avant de chercher ce café dans tout Vienne lors de votre prochain séjour dans la capitale autrichienne, contactez Klaus Gesing. Il vit à Vienne. Il saura vous renseigner. Dans ce café donc, il vit un vieux couple danser lentement pendant un concert. Klaus a composé ce morceau en hommage à ce café, à cette ambiance. Clarinette basse tout en douceur, en volupté. La voix se prélasse. Le piano vient ajouter quelques notes distillées. Beau dialogue tranquille piano/clarinette.

 

Deuxième RAPPEL

 

" Song for England ". Les voisins profitent un peu plus longtemps du concert. S'en sont-ils plaints? Cette chanson a été écrite par un Antillais rendu fou par le climat londonien. Norma est Londonienne depuis sa naissance. C'est dire si elle connaît le sujet. Swing léger, antillais avec la clarinette basse. " So I understand the misery of the English man ". Le " Day-O " chanté par Norma me rappelle Harry Belafonte, grand popularisateur de la musique antillaise et africaine aux Etats Unis d'Amérique. Ca finit tout en douceur pour ne pas déranger les voisins. Je suppose que, comme nous, ils ont été enchantés par Norma Winstone et ses hommes.

 

En cadeau pour vous, distingués lecteurs, honorables lectrices, un extrait du concert de Norma Winstone aux Arènes du Jazz 2010.

 

 

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Commenter cet article

Gilles 02/08/2010 13:38


Norma, toujours empreinte de délicatesse et dont la voix n’a rien perdu de sa superbe nous a fait passer des moments magiques, très pures. Dommage que keny wheller n’était pas de la partie.
Un très beau concert toute en finesse dans ce cadre enchanteur des arènes et aux premières loges grâce à Guillaume que je remercie !


Guillaume Lagrée 02/08/2010 21:49



Merci Gilles. A un prochain concert.