Oliver Lake remue le Sunset

Publié le par Guillaume Lagrée

Oliver Lake Trio

Paris. Le Sunset.

 Vendredi 24 février 2012.21h30.

 

Oliver Lake : saxophone alto, poésie

Peter Giron : contrebasse

Benjamin Sanz : batterie

 

Peter Giron

 

 

La photographie de Peter Giron est l'oeuvre de l'Emouvant Juan Carlos HERNANDEZ. L'utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.

 

Gros son. C’est plus aigu qu’un ténor mais ça sonne aussi puissant. Ca vibre et pulse derrière. C’est libre avec une mélodie tout de même. Ce n’est pas le genre de musique propice à emballer les minettes ou les minets au bar. Ca me rappelle le Sonny Rollins de 1963-1966 mais à l’alto. C’est dire si ça déménage. Ils nous plongent dans le shaker et ne nous laissent pas nous reposer. Oliver Lake a certainement beaucoup écouté Ornette Coleman mais son jeu est plus brutal, moins chantant. Quelle pulsation de la contrebasse ! Bien amplifiée, elle nous enveloppe, nous propulse stimulée par le cliquetis de la batterie. Oliver Lake repart avec un vibrato très étrange. Rick Margitza rejoint le public. Il n’a pas amené son saxophone ténor. Dommage. Le trio est reparti à l’attaque : le suraigu de l’alto, la souplesse de la contrebasse, le foisonnement de la batterie. Tout est fait pour que l’auditeur fuie ou perde la tête. Le public reste. Nous optons donc pour la perte momentanée de la raison. Partis comme ça, ils peuvent jouer des heures sans s’arrêter. Les mélodies s’enchaînent, les rythmes sont malmenés.

 

Ils nous laissent le temps d’applaudir et c’est reparti. Le tempo est plus lent mais l’humeur reste agitée. Le sax alto nous fait des croassements de crapauds, des grincements de dents, des rires d’oiseaux moqueurs et bien d’autres choses encore. La pulsation est bien là. Je bats la mesure des pieds. Des claquements de langue sur l’anche, contrebasse et batterie tout en douceur.

 

Maintenant, c’est la porte qui grince. Avant de passer à un chant doux et plaintif l’instant d’après. Oliver Lake joue propre quand il veut. Basse et batterie entretiennent le suspens avant le retour du saxophone. Le chant se poursuit, doux, étrange, troublant. Un instant de recueillement avant d’applaudir.

 

Tiens, il chante maintenant. Plutôt un rap rapide, un slam. Welcome to Black America ! Si un DJ passe par là, il n’a qu’à enregistrer et sampler autour . Cela me rappelle le regretté Gil Scott Heron. « What can I do ? » est le refrain. Un roulement de cymbales et la musique commence. Oliver Lake passe en un instant de la sirène d’alarme à la ballade qui tue. L’auditeur n’a pas le temps de s’habituer que la musique a déjà changé. Ca balance, ça fouette. Il y a même une allusion de 2s à « Night in Tunisia » (Dizzy Gillespie). Rythmique funk mais d’un funk très étrange. Beau duel funky basse/batterie. Beau solo de batterie funky, bien construit. Surtout sur les tambours qui roulent avec des bonnes claques de cymbales pour ponctuer. C’est reparti en trio, à fond les manettes. Ca descend doucement. La contrebasse flotte en suspens. La batterie tintinabule. Oliver Lake reprend son slam. Ca sonne. « What if ? ». Plein de rapeurs à la noix de cajou pourraient en prendre de la graine. Il repart propulsé par la rythmique souple, puissante.

 

Basse et batterie repartent sur un air funky. Je bats la mesure du pied et hoche la tête. Ca marche. Le sax reprend sa plainte aigre douce. La musique nous raconte une histoire fière et belle. La contrebasse tire sa ligne, la batterie virevolte autour et le sax plane, vole, chante. C’est dansable à condition d’avoir l’esprit aussi libre qu’eux. Pas facile. Oliver Lake se remet à parler, de sa mère. « Breaking glass ». La rythmique groove doucement et efficacement derrière. Sa mère cassait du verre avec un marteau. Je laisse les freudiens et les lacaniens se disputer sur l’interprétation de ce texte. Oliver Lake ne brise pas le verre avec son sax alto. Au contraire, il en joue doucement, chaudement pour changer. La contrebasse, seule, remplit l’espace de sa vibration. Maestro Peter Giron. Oliver Lake lit ses poèmes qui sont édités.

 

PAUSE

 

Le Free Jazz, c’est comme l’alcool, je le consomme avec modération. J’ai fait le plein d’émotions fortes pour ce concert. Je quitte ce concert ému et remué.

 

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