Pierre Durand NOLA Improvisations. 4e concert à l'Improviste

Publié le par Guillaume Lagrée

 

Pierre Durand

" NOLA Improvisations "

Paris. L'improviste.

Vendredi 22 février 2013. 21h30

 

Pierre Durand: guitare électrique

Patrick Laroche: contrebasse

Esteban Pinto Gordim: saxophone alto

Le guitariste français Pierre Durand est en résidence à l'Improviste jusqu'à avri 2013. Un concert par mois. Chaque programme, chaque groupe est différent. Le point de départ, c'est son album " Chapter one: NOLA Improvisations ". J'étais seul au 2e concert, me voici au 4e en compagnie de Monsieur G et Madame N, un couple d'amis.

Un groupe de Japonaises a débarqué à l'Improviste. 5 jeunes filles japonaises se taisent en mangeant pour écouter le concert. Pierre Durand commence seul. Il joue note après note, faisant onduler le manche pour les faire durer. Ca y est, Pierre Durand est photographié au Japon. Sera t-il embauché dans un club de Jazz tokyoite? Il continue de distiller note après note, utilisant l'électro pour entretenir un bruit de fond. Il joue bluesy, glissant sur le manche. Souvenir de La Nouvelle Orléans. Il produit un son proche de la basse. Il a mis un tube de métal sur l'auriculaire gauche. Un truc typique de bluesman jouant slide. Les Japonaises ont fini de dîner et écoutent, fascinées, comme nous tous. D'une péniche à Paris, nous glissons sur le bayou louisanais. Le Mississipi, trop humide pour marcher, trop solide pour naviguer comme disaient les pilotes de bateaux à vapeur (steamboat pour les anglophones). Il arrête l'effet électronique pour jouer un jeu plus classique, toujours bluesy. Les notes s'étirent, le temps se ralentit. Ca devient de plus en plus low down. Bien joué pour un Français blanc de peau comme le chantait Claude Nougaro.

Ce soir, c'est un programme standards de Jazz. Superbe blues. De sa guitare électrique, Pierre Durand sort un son proche du piano, du tuba, de flûte. Etonnant, non? Maintenant, c'est de la guitare avec des effets pour tenir une note en arrière plan alors qu'il improvise de façon assez rock à l'avant-scène. Il me semble reconnaître un morceau de l'album mais bigrement transformé. Il calme tout pour jouer à l'espagnole, sonnant comme une guitare sèche. Tout est doux et calme. La ventilation me fait une berceuse en plus de la musique. Les Japonaises s'en vont après avoir écouté et applaudi. Manifestement, leur programme de visite en France ne leur autorisait que 2 morceaux de Pierre Durand ce soir. 

Un morceau de l'album particulièrement funky " Who the damn is John Scofield? " en hommage à ce fameux guitariste américain, accompagnateur de Miles Davis dans les années 1980. J'imagine bien un rappeur ou une rappeuse poser son flow sur cette musique. A condition que le gars ou la fille soit bon parce que ce n'est pas simple rythmiquement. Pierre Durand fait tourner en boucle les figures rythmiques alors qu'il improvise par dessus. Tant pis pour les Japonaises. Nous nous régalons. C'est superbement funky, mordant, classieux. Ca devient plus méchant, plus rock'n roll, revient au fonque. Il arrête la machine, revient à la ligne mélodique de bas(s)e.

Saxophoniste et contrebassiste rejoignent Pierre Durand sur scène. Ils jouent un morceau de Frank Zappa qui ressemble à un standard de Jazz " Twenty small cigars ". Une ballade. Ca berce doucement. Un peu trop sage, trop calme par rapport au morceau précédent. 

Solo de contrebasse pour commencer. Très Jazz. Ca travaille tranquille, sautille doucement. Le trio entame un standard du Jazz que je ne reconnais pas. La contrebasse pose les bases, les élans de la guitare et ceux du sax alto sont bien synchrones. Ils montent ensemble dans l'aigu. Duo contrebasse/guitare où l'aigu de la 2e répond au grave de la 1ère. Pierre Durand se prend pour Glenn Gould ou Keith Jarrett. Bref, il grogne ce qu'il joue. Beau solo de contrebasse, grave, souple, bondissant. Le trio repart, chantant joliment. C'était " All of You ", un hommage de Pierre Durand à l'école de Lennie Tristano et Lee Konitz. Cela s'entendait dans le jeu du sax alto.

" Very early "  (Bill Evans). Un morceau doux, calme comme l'aurore. Guitare seule pour commencer. Son feutré. Le trio enchaîne. C'est l'ambiance du lever de soleil, de la ville qui s'étire, baille et se réveille. L'eau du canal de l'Ourcq est agitée par le vent du Nord. Dehors, il fait froid. Ici, il fait bon. Dialogue subtil, fin, léger, rapide entre les instruments à cordes, eh! Le trio se dirige tranquillement vers le final. A l'instant, le trio est touché par la Grâce. Ca décolle vraiment. Ils atterrissent doucement.

PAUSE

Le trio repart ensemble. Duo de cordes. Ces deux là se connaissent et cela s'entend. Le sax alto aussi les connaît. Ca ondule de partout. C'était " Cyclic Episode " (Sam Rivers).

" Au bord " seul morceau de l'album solo "  NOLA Improvisations " de Pierre Durand accompagné d'un choeur, joué ici en trio.Une ballade. Il est presque minuit. Je m'assoupis bercé par la musique. La climatisation gargouille au dessus de ma tête. Curieux contraste avec le solo de contrebasse.

Ils ont décidé de nous réveiller. La guitare attaque, le sax aussi. Ca vibre et ça va vite. La contrebasse gémit à son tour. Ils se lancent dans " Boogie Stop Shuffle " de Charles Mingus (album " Ah Um ", Columbia Records, 1959).Très belle version. Somptueux duo de cordes. Le sax alto ajoute sa sauce aigre-douce pour relever le plat. Ca claque.

" I remember You ", un standard de chez standard. Joué et chanté par Chet Baker notamment. Une version joyeuse, agitée, secouée même. Retour au calme avec le solo de contrebasse. La guitare l'accompagne tout en douceur et le sax alto la relance. Nouvel instant de Grâce à 3 (les Trois Grâces au masculin pluriel!) pour finir.

Le 4e concert de Pierre Durand en résidence semestrielle à l'Improviste est terminé. Madame N et Monsieur G sont si enchantés qu'ils s'offrent l'album de l'artiste en sortant. Je sais qu'il leur plaît. Pierre Durand sera de retour à l'Improviste, dans un nouveau programme, avec le Roots Quartet le vendredi 22 mars 2013 à 21h30. Gravez cette date sur vos tablettes de marbre, lectrices gallo, lecteurs romains.

Si, comme moi, vous manquâtes, superbes lectrices, magnifiques lecteurs, le 3e volet des " NOLA Improvisations " de Pierre Durand à l'Improviste avec Sébastien Texier (clarinette, sax) et Christophe Marguet (batterie) en janvier 2013, en voici un extrait.

 

 

 

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