Poète, vos papiers! Léo Ferré enchanté par le sextet d'Yves Rousseau

Publié le par Guillaume Lagrée

« Poète, vos papiers ! »

Yves Rousseau et Cie 

Les Lilas. Le Triton 

Samedi 14 avril 2012. 20h30.


Yves Rousseau : contrebasse, composition, direction

Christophe Marguet : batterie

Jean-Marc Larché : saxophones alto, soprano

Régis Huby : violons

Claudia Solal : voix

Maria Laura Baccarini : voix

 

La photographie de Christophe Marguet est l'oeuvre du Resplendissant Juan Carlos HERNANDEZ. Toute utilisation de cette photographie sans l'autorisation de son auteur constitue une violation du Code de la propriété intellectuelle passible de sanctions civiles et pénales.


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J’ai assisté à plusieurs reprises et avec grandes délices à la première version de ce spectacle qui met en musique des poèmes de Léo Ferré extraits de son recueil « Poète, vos papiers ! » (1956).  Je viens enfin découvrir le nouveau programme donné par un groupe où Maria Laura Baccarini a remplacé Jeanne Added.

 

Je reconnais le premier texte trois ans après. Une œuvre si puissante ne s’oublie pas. La musique épouse la fougue du verbe de Léo Ferré, que s’approprient Claudia Solal et Maria Laura Baccarini. Maria Laura chante, Claudia vocalise. Sax soprano au son aigu, contrebasse et batterie creusent les graves alors que le violon vient se mettre au milieu.

 

Régis Huby commence en grattant son violon électrique comme une guitare. Maria Laura chante en duo avec lui. La rythmique démarre avec le batteur mains nues sur les tambours. Claudia puis Maria Laura. Chacune de ces Super Nanas prend, à son tour, la parole. Voilà qui me donne le frisson, le bon. C’est rare, précieux, sans prix sur le marché. Ce diamant là n’est pas coté. Le Jazz au féminin ce sont essentiellement les chanteuses mais il y en tant qui se ressemblent fades et pâles. Celles là, pas du tout. Elles vous remettent la musique à l’endroit comme Marx prétendait le faire de la philosophie. C’était la préface de « Poète, vos papiers ! » suivi du titre éponyme.

 

« Mendiants d’avoine ». C’est un nouveau texte par rapport au précédent spectacle. Maria Laura en duo avec le violon. Ces poèmes ne se racontent pas : ils se lisent et maintenant, grâce à ces Enchanteuses, ils s’écoutent. Duo Maria Laura/violon puis Claudia/saxophone. L groupe démarre. Ca pulse rock’n roll et passionné. Batterie puissante mais pas lourde. Les dames s’y mettent aussi et ça remue drôlement. Pour se calmer à l’instant. Un vieux monsieur s’en va. Il a eu la politesse d’attendre la fin du morceau. Cette beauté ne l’a pas saisi au vif ou trop peut-être.

 

Nouvelle chanson. Une ballade douce en hommage aux prostituées de Barbès-Rochechouart. Il y en a encore. Ont-elles encore des poètes pour écrire sur elles ? Solo de batterie où les cymbales vibrent sous les maillets.

 

Ca enchaîne sur un air swinguant avec le batteur aux balais. Sax alto. Claudia vocaliste joliment portée par la rythmique. Une nouvelle chanson sur le taxi. Le répertoire a été vraiment renouvelé. Solo de contrebasse rapide, puissant relayé par un jeu virevoltant de batterie aux balais. Le sax soprano vient doucement ajouter son chant en fusion avec le violon. Ca devient méditatif, rêveur.

 

Maria Laura entame une nouvelle chanson nocturne. Nous vivons un rêve éveillé. Les morceaux s’enchaînant, les spectateurs n’ont pas le loisir d’applaudir. Ils écoutent et l’ambiance créée n’est pas brisée. La contrebasse et la batterie assurent l’ancrage alors que les autres décollent. Une ancre qui n’empêche pas le navire de voguer, l’aéronef de voler.

Se sont donc suivis «  Barbès », « Drapeau noir », « Le hibou de Paris » (hommage à Restif de la Bretonne  ?).

 

Deux textes chantés par Léo Ferré : «  A toi » puis « Mardi sur la Terre  ». La première est une chanson d’amour comme on en entend peu souvent sur les mass media. Une chanson qui est la passion même, jouée, chantée, passionnément. Bref, c’est passionnant. Maria Laura chante, Claudia ponctue rythmiquement alors que le groupe dépote sévèrement. Solo énervé du batteur aux balais. La passion l’habite mais il garde tout de même le fil de son discours. Il se calme, enchaîne sur une marche militaire, celle de « Madame la Misère  ». « Les pauvres sont si malchanceux que le jour où les gens chieront de l’argent, ils seront constipés » (Jorge Amado). Claudia Solal, Française, chante en italien alors que Maria Laura Baccarini, Italienne, se fond avec les instruments. Léo Ferré est mort dans sa maison toscane le 14 juillet 1993. C’est dire si ce Monégasque aimait l’Italie et la France. Claudia fait même les gestes de l’Italienne en colère. C’est si puissant que je souris, habité d’une joie pure, celle d’être là.

 

PAUSE

 

Ca commence par la musique. Jean-Marc Larcher joue d’un saxophone soprano, pas dtoit comme une clarinette. La voix enregistrée de Léo Ferré s’élève au dessus de la musique. Maria Laura reprend ses paroles. Ca, c’était dans le précédent spectacle. Claudia chante des sons en harmonie avec le groupe alors que Maria Laura parle. Une autre chanson d’amour fou. 

 

Rappelle toi

 

Et si tu meurs devant je suivrai à la trace

Comme le chien perdu sans collier ni pâtée
Recherche tendrement son chagrin à la place

 

Où son bonheur si bêtement s'est arrêté 


Une nouvelle chanson. Un duo entre Régis Huby au violon acoustique et Claudia Solal. Le tempo s’accélère et les paroles deviennent sardoniques. C’était « Rappelle toi » puis « Les passants ».

 

« La poésie se vend mal ». Une nouveauté. Le groupe pulse doucement mais fermement. Les deux chanteuses vocalisent comme des oiseaux déchaînés. Ca devient rock’n roll mais avec de l’improvisation, le feu sacré et deux Super Nanas propulsées par de Sacrés Mecs.

 

Reprise du précédent spectacle : « L’été s’en fout ». Contrebasse profonde, souple. La batterie est malaxée aux balais et Claudia chante légère, moqueuse. Maria Laura prend la suite en duo avec le violon acoustique. Nous sommes bercés, caressés par la musique sans qu’elle nous flatte, nous avilisse jamais. Claudia reprend en duo avec le sax soprano. Le groupe démarre. Maria Laura chante, Claudia vocalise en harmonie. C’est le « Jazz des nébuleuses » comme l’écrit Léo Ferré. Pouvoir de la suggestion : cette chanson me parle de celle qui n’est pas avec moi ce soir et que je retrouverai après le concert. Les cordes pincées du violon électrique répondent à celles de la contrebasse. Le batteur martèle doucement. Le sax alto enveloppe l’ensemble. Les Dames du chant ajoutent leur touche finale, tour à tour. Régis Huby passe au violon acoustique et à l’archet. Il revient au violon électrique pour en jouer comme d’une guitare. Les chanteuses se sont effacées, la musique disparaît doucement.

 

« Prélude à Elia », un instrumental vocal qui figurait dans le précédent spectacle. J’en profite et me tais.

 

RAPPEL

 

« L’arlequin », une nouveauté. Maria Laura commence à vocaliser avec le violon acoustique. Claudia chante et le groupe démarre. C’est une étrange ballade, au texte pas racontable. Ca balance doucement. Ca valse avec le batteur aux balais. Le sax soprano vient ajouter sa petite plainte. Claudia chante un mélodieux coucou pour sonner l’heure de la fin du concert.

 

FIN

 

Ci-dessous " Signora la Miseria " chanté par Jeanne Added et Claudia Solal dans la première version de ce spectacle (disponible en CD). Pour entendre la nouvelle avec Maria Laura Baccarini, il faut aller écouter " Poète, vos papiers! " par Yves Rousseau et Cie. Séance tenante.

 

 

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