Prince vu par Médéric Collignon et Sébastien Llado

Publié le par Guillaume Lagrée

 

 

 

Cet article est dédié à mon frère préféré, Benoît, avec qui j'allai voir Prince en concert au Palais Omnisports de Paris Bercy le 1er septembre 1993.  RIP Brother Ben.

 

Entretien avec Médéric Collignon et Sébastien Llado au sujet de Prince.

 

mederic collignon 040

La photographie de Médéric Collignon est l'oeuvre du Superfunkycalifragisexy Juan Carlos HERNANDEZ.

 

«  ¨Prince est le Duke Ellington des années 80 » (Miles Davis)

«  Je suis un fan invertébré de Prince » (Michel Petrucciani)

« Prince est le Mozart du Rock’n roll » (Serge Gainsbourg et Nina Hagen)

« Prince est l’incarnation vivante de ce qu’il y a mieux dans la musique » (Eric Clapton)

«  Prince est le guitariste le plus sous estimé que je connaisse » (Carlos Santana)

« Prince a pris à James Brown, à Jimi Hendrix et à Charlie Chaplin. Avec tout ça ensemble, comment voulez vous vous planter ? » (Miles Davis).

 

Des trois superstars mondiales nées en 1958, Michael Jackson est mort, Madonna fait des affaires et Rogers Prince Nelson dit Prince continue une œuvre unique de créateur d’univers sonores. Voici comment il présente son œuvre : « On a à peu près tout fait en musique. Ce qu’il reste à faire, ce sont des nouvelles alliances de sons. C’est ce que j’essaie de faire ». « Je fais de la musique parce que si je n’en faisais pas, j’en mourrais. J’enregistre parce que c’est dans mon sang. C’est presque un sort de savoir que vous pouvez toujours faire quelque chose de neuf ». « Créer une nouvelle musique, c’est comme rencontrer un nouvel ami. C’est toujours ce à quoi je pense quand je compose. »

 

Médéric Collignon, Sébastien Llado et moi sommes tous nés vers 1970. Cela fait  plus de 30 ans que le petit génie de Minneapolis, Minnesota, USA (la ville natale de Robert Zimmerman dit Bob Dylan qui, lui , en est vite parti) nous plonge dans son bain pourpre. Cela méritait bien un entretien dans un café parisien le samedi 22 janvier 2011. Café où Médéric retrouva une amie actrice qui partait le lundi 24 pour Minneapolis. Etonnant, non ?

 

Médéric Collignon :

Prince est le seul qui contrôle tout, tout seul depuis le début depuis l’écriture de la musique jusqu’à sa distribution dans le commerce. Depuis le début de sa carrière en 1978, plus il est bizarre, plus ça excite les gens. Il s’appelle Prince Rogers Nelson, le nom que son père John L Nelson, plâtrier et pianiste de Jazz, portait sur scène et lui a donné. Prince a toujours une fibre de Jazzman. Il a commencé à travailler en studio à 16 ans. Parfois il passe en 24h en studio pour enregistrer un morceau, trois ingénieurs du son se relayant en 3*8 face à lui. Prince enregistre piste, par piste, couche par couche, ajoutant et éliminant pour donner de la fraîcheur. Il a ainsi déclaré à propos du double album « Sign o’ the times » (1987) qu’il avait travaillé l’album de façon à lui donner l’apparence d’une démo. 

 

Prince est une des rares stars qui laisse place à l’improvisation sur scène, y compris pour ses musiciens. Il suffit d’aller l’écouter en concert pour s’en apercevoir. Il a toujours un contrat spécial lui laissant toute liberté pour créer. 

 

Sébastien Llado :

C’est un musicien très exigeant, perfectionniste. Un workaholic comme disent les Américains. Quant tu penses qu’il n’est pas satisfait de l’album « Parade » (1986) qui est un chef d’œuvre. Sur « Kiss », il n’y a pas de basse. C’est la grosse caisse qui fait la ligne de basse.

 

Médéric :

Il y a des cimes et des m… dans ses albums. Sur scène, il déménage toujours. 

 

A New York, en décembre 2010, il jouait avec Esperanza Spaulding et Cassandra Wilson. Un autre signe de son lien avec le Jazz. Prince est Témoin de Jéhovah depuis 2004. Il ne chante plus certaines chansons de son répertoire. Rappelons que c’est parce qu’elle a découvert sa fille de 12 ans écouter « Darling Nikki » (album « Purple Rain » (1984) qu’une mère de famille américaine a créé une association qui a abouti à ajouter sur certains albums l’autocollant « Parental advisory : explicit lyrics ».

 

Sébastien :

Pour les gens de notre génération, nés vers 1970, Prince est une énorme influence. Par exemple, quand j’étais l’élève du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, un camarade a pris le tutti de cuivres de « It’s gonna be a beautiful night » (album « Sign o’ the times », chanson enregistrée en concert au Zénith de Paris en 1986) et l’a présenté comme son travail à l’examen de sortie. Le jury n’a rien vu et a trouvé cela excellent. Prince ne faisait pas partie des musiciens « légitimes » que les jurés connaissaient.

 

Adolescents, Sébastien Llado et Médéric Collignon voulaient être bassistes de Prince. Pour compenser cet échec relatif, Médéric s’est mis à faire la human bass avec ses cordes vocales et Sébastien  à jouer du tuba. Tous deux remarquent qu’il y a une marque de fabrique, le Minneapolis Sound qui a séduit, en France, des musiciens aussi divers que France Gall, les Rita Mitsouko et Michel Portal.

 

Pour Médéric, même les musiciens classiques sont impressionnés par Prince, son perfectionnisme, son insatisfaction perpétuelle. Sa place sera reconnue plus tard, après sa mort peut-être.

 

Sébastien , lui, joue dans Purple House, un groupe de 14 musiciens et chanteurs, venus du Jazz, qui ne joue que du Prince.

 

Parlons musique. Qu’apporte Prince ? «  Mon truc, c’est d’attaquer dès la première mesure » dit-il.  Exemple : « Erotic City » en tête de cet article.

 

Médéric :

Prince capte l’auditeur. La caisse claire est sur l’afterbeat. La grosse caisse est un miroir, décalée d’une croche. Prince fait bouger latéralement un élément. C’est très sexuel. On n’en attend pas moins de lui. Il écrit avec deux basses ou un effet de basse avec un delay

 

Sébastien :

Prince a aussi une utilisation particulière du synthétiseur, et notamment du son insupportable de Hit Orchestra  (« Housequake », « It » , tous deux dans « Sign o' the times »).Il utilise aussi sur scène le SPD 8, une batterie électronique mais sans mauvais goût, ce qui est très difficile vu l’instrument.

 

Médéric :

Prince joue avec les sens comme Mahler dans sa 8e symphonie lorsqu’il ajoute au milieu de l’orchestre une guitare et une mandoline.

 

Finalement, malgré son image sulfureuse, Prince n’a jamais eu d’histoire de mœurs, d’alcool, de drogue.

 

Pour Sébastien, Prince a un rapport religieux au travail. Il n’a ni le temps ni l’envie pour autre chose

Médéric ajoute qu’il a eu une enfance propre qui lui a transmis des valeurs saines. Il peut avoir mauvais goût, faire des mauvais albums. Il a soixante albums en réserve. Il calcule tout, veut être le maître du jeu. Quand Prince fait un funk ultra noir et des ballades mielleuses, il est monstrueux. Le problème est que la religion le bride actuellement.

Pour Sébastien, Prince est proche de Frank Zappa (un des musiciens favoris de Prince d’ailleurs) qui lui aussi voyait la chute de l’industrie du disque. C’est un animal scintillant et défricheur. Dans la Pop des années 1980, il n’y avait pas grand-chose à part Prince.

 

Quels sont vos albums favoris de l’Artiste ?

 

Sébastien :

« Parade » et « Sign o’the times » tournent en boucle sur mes écouteurs depuis des années. 

Médéric :

« New Power Soul » (1998). « N.E.W.S », 4 morceaux instrumentaux de 14mn chacun. « Rave un2 the joy fantastic » : il met en même temps le son live et le son studio et c’est presque identique avec ce petit truc en plus du live. 

 

Sébastien :

Prince est un multi instrumentiste monstrueux. Personne dans la jeune génération ne dégage autant. C’est un perfectionniste. Ca doit être dur de jouer avec lui.

 

Quelle est l’influence de Prince sur votre musique ?

 

Médéric :

Je m’inspire de certaines rythmiques de Prince. Par exemple, pour jouer du Miles Davis. Prince a le souci de la grosse caisse sur la caisse claire, le souci du rajout, le souci de la charleston et de son ouverture. Prince est plus intelligent que le Rock, plus fin.

En résumé, pour Médéric, Prince est un grand cuisinier.

Ajoutons d’ailleurs qu’il a été jugé le Végétarien le plus sexy au monde.

 

Avec sa complice Sheila E, batteuse et chanteuse, en 1986, " Love Bizarre ". Sheila Escovedo est la fille de Peter Escovedo, batteur de Carlos Santana, le guitariste préféré de Prince, né d'un père Noir américain et d'une mère Latina.

 

 

 

Commenter cet article

M´do 26/01/2011 11:58


C'est de la bonne "Cream",on est proche de l"Orgasm","Sexy Mother Fucker"!Ca fera plaisir à "Papa",et surtout "Baby,don't cry",on aurait pu faire plus "My Name is Prince" dans cette "Erotic City"
parisienne,mais sommes restés "Cool",et non "Housequake",plus près de "La Ballad of Dorothy Parker".Sans diplôme de "Musicology",peut-être un "Act of God",dans notre "little Corvette",nous nous
imaginions en tant que bassistes de cette "Fury"..."Sometimes it's snow in April",certes,et les "Girls and Boys" du café le savaient,surtout cette "Batdance"-euse partant pour "Minnéapolis" qui
était fort "Adore"-able; déjà en "1999"..."Kiss" et "Get Wild"!!!


Guillaume Lagrée 26/01/2011 21:17



Le tout est édité, diffusé, lu grâce au " Computer Blue " bien sûr.





Merci Médéric et Sébastien