Retour du concert du Quintette de Leila Olivesi au Studio de l'Ermitage

Publié le par Guillaume Lagrée

Leila Olivesi Quintet.

Paris.Studio de l’Ermitage

Mercredi 28 septembre 2011. 20h30 (ouverture des portes)

 

Leila Olivesi : piano, composition, arrangements

Yoni Zelnik : contrebasse

Donald Kontomanou : batterie

Manu Codjia : guitare électrique

Emile Parisien : saxophone soprano

 

Rubrique people : la pianiste et le batteur sont mari et femme. Comme Sophia Domancich et Simon Goubert, autre couple créatif du Jazz français. Ou Lenny Popkin et Carol Tristano .

 

Manu Codjia tient toujours le manche de sa guitare très haut. Ca chante. Leila Olivesi est une mélodiste dans l’âme. Cette femme est toujours aussi belle à écouter qu’à regarder. Solo de guitare froid, métallique et pourtant émouvant. C’est un secret de fabrique de Manu Codjia. La rythmique le propulse souplement. C’est un joli voyage dans une contrée douce et fleurie, au printemps. Un paysage sensuel comme la Toscane ou la Bourgogne. C’était « Danse pour Nefertiti » qui figurera dans le prochain album, autoproduit, pour lequel les fans de Leila Olivesi peuvent verser leur écot, sur son site Internet.

 

« Révolution », un inédit en hommage au printemps arabe mais pas seulement. Solo planant, froid, tranchant de Manu Codjia. Sa guitare vous tranche le cœur avant de vous le rendre revivifié. Puis le groupe démarre sur une autre belle mélodie chantante. Ce sont des romances sans paroles. Le saxo démarre. Emile Parisien bat des ailes en jouant, comme un oiseau. Ca monte en puissance, c’est impressionnant mais le sax soprano a un son agaçant pour mes oreilles à de très rares exceptions (Sidney Bechet, Steve Lacy, Steve Potts). La rythmique repart. Quel swing délicieux ! Beau duel guitare/saxo bien poussé par la rythmique : « Ra ta ta tac » font les tambours sous les baguettes.

 

Un morceau vif, joyeux s’ensuit. Manu Codjia est vif et puissant comme l’éclair. Emile Parisien joue plus mélodieux. Mes oreilles s’en réjouissent. Beau solo véloce de contrebasse au milieu de la rythmique.

 

Une ballade. Intro au piano solo. Très claire, très distincte comme un Monk au féminin. Le groupe suit dans la même bulle de douceur. Le batteur est aux maillets ce qui donne un son mat, doux. Manu ajoute des pincées de guitare. Son rêveur du soprano. Ici, Emile Parisien atteint quelque chose de beau, qui me touche. Ca monte doucement en puissance derrière lui, le propulsant comme une fusée qui s’allume étage par étage. Ca marche. Le public applaudit plus fort et c’est mérité. C’était « Elipsis » (morceau du prochain album) et « Winter Flower ».

 Manu Codjia

La photographie de Manu Codjia est l'oeuvre de l'Acrobate Juan Carlos HERNANDEZ.

 

« Paris Genova » raconte le voyage de Paris à Gênes. Si vous faites le voyage en voiture, le plus beau est à la fin lorsque vous longez la côte ligure. Solo de contrebasse bien grave, bien profond, légèrement accompagné par le piano et la guitare. Solo aérien, griffé de Manu Codjia qui est un digne disciple de Pat Metheny mais pas seulement. Le quintette repart à plein gaz. Sur un signe de la main de la patronne, tout se calme pour aller vers le final.

 

Solo de contrebasse pour commencer, ample, majestueux, profond. Ca résonne bien dans le ventre. Il nous joue une belle comptine mélancolique, aérée. Tout doucement, le groupe démarre. Personne n’applaudit de peur de casser l’ambiance. La guitare transperce l’air. Le soprano a repris sa plainte. La rythmique se met à swinguer agréablement. Batteur aux maillets. Ca marche. Des spectateurs enthousiastes battent la mesure de leurs mains. Sax soprano et batterie viennent troubler cette mécanique souple et bien huilée. Ca décolle, nom d’un petit bonhomme !

 

« African Song » dédié aux ancêtres africains. C’est sautillant, charmant. Manu Codjia vient apporter de la fraîcheur sur cette chaleur. Solo de piano grave, swinguant. C’est l’appel aux ancêtres. Après tout, le clavier d’un piano est traditionnellement composé d’ébène et d’ivoire, tous deux venus d’Afrique. Beau final. Le batteur cogne en vrai boxeur. Piano et contrebasse poussent alors que guitare et saxo s’expliquent virilement mais correctement.

 

RAPPEL

 

« Night and Day », un standard pour changer. C’est bien “ Night and Day “ immédiatement reconnaissable mais élégamment transformé. La rythmique tourne toujours aussi bien. Solo bavard du sax. La rythmique part en ballade et nous emmène dans une promenade bien agréable. La dame assise à côté de moi a préféré se lever pour danser sur place. Manu Codjia, bien poussé par la rythmique, est impressionnant de puissance contenue. Beau final groupé.

 

Le quintette de Leila Olivesi mérite d’être soutenu et connu. Des femmes pianistes, compositrices, de ce talent, ça ne court pas les rues. Vous pouvez contribuer à son rayonnement en finançant son prochain album. Certes, je ne vous garantis pas, lectrices prudentes, lecteurs avisés, que cet investissement soit déductible de l’impôt sur le revenu des personnes physiques mais cela vous coûtera bien peu pour contribuer à répandre la beauté de cette musique.

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